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jeudi 5 mars 2026

Éric Zemmour a raison et tort de se réclamer de Raymond Aron

Temps de lecture : 2 minutes

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Le 17 octobre 1983, s’éteignait le grand philosophe et intellectuel  Raymond Aron, qui reste l’une des principales figures de l’intelligentsia française de la seconde moitié du XXe siècle qui sut s’opposer avec force et courage au totalitarisme communiste.

À cette occasion, Éric Zemmour vient de saluer en lui, dans un article du Figaro, un modèle d’honnêteté, de courage et de lucidité dans son combat contre le totalitarisme, modèle que nous serions bien avisés de (re)découvrir.

La charge qu’Aron mena contre la gauche révolutionnaire dans son Å“uvre la plus connue, L’Opium des intellectuels (1955), conserve en effet toute son actualité dans la mesure où – et Zemmour a ici encore raison – le wokisme a désormais pris le relais du communisme et du tiers-mondisme. « À l’époque, écrit l’ancien candidat à la présidentielle de 2022, le marxisme était « l’horizon indépassable de notre temps ; désormais, l’islamo-gauchisme impose sa loi d’airain à tous les prétendus progressismes ».

Mais un peu plus loin dans son texte, Éric Zemmour ajoute : « Libéral, Aron l’était à la française, en émule de Montesquieu et Tocqueville, qui ne rejette pas l’État et chérit la nation. Le libéralisme aronien n’est pas un libéralisme à l’anglo-saxonne ni un mondialisme ».

C’est à la fois vrai et faux. C’est vrai, car le libéralisme d’Aron est « fondé sur l’autonomie et le primat du politique » (Dictionnaire du libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine, Paris, Larousse, p. 61). Favorable au libéralisme politique, Aron a en effet exprimé certaines réserves à l’égard du libéralisme économique. Il écrit ainsi en 1966 dans Trois essais sur l’âge industriel : « Libéralisme politique et libéralisme économique ne vont pas de pair ». (Cité dans Alain Laurent et Vincent Valentin, Les Penseurs libéraux, Paris, Belles Lettres, 2012, p.746.) Libéral-socialiste pendant des années, Aron s’était même initialement opposé à Hayek, qu’il avait qualifié de « dogmatique » et d’ « extrémiste du libéralisme » (Démocratie et totalitarisme, 1965).

Mais Éric Zemmour ignore peut-être qu’Aron s’était rapproché d’une vision plus cohérente du libéralisme vers la fin de sa carrière : il créera en effet la revue Commentaire, libérale, et il présida au CIEL (Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés). Dans Le Spectateur engagé (1981), il reniera même ses anciennes convictions social-démocrates, redoutant l’avènement d’un « État tutélaire » (cf. Penseurs libéraux, p. 747).

Les libéraux sont opposés non à l’État mais à l’étatisme. Or, Zemmour reste avant tout un étatiste, dont le « libéralisme » bien timide est fortement mâtiné de colbertisme. Il semble par ailleurs méconnaître le fait que la tradition libérale française s’inscrit au moins autant dans le domaine économique que dans le domaine politique : que fait-il des Boisguibert, Quesnay, Turgot, Condorcet, Jean-Baptiste Say et Frédéric Bastiat ?

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