Le 23 juin, la BCE a franchi un cap : elle a obtenu le soutien du Parlement européen pour le lancement de l’euro numérique, une monnaie de banque centrale destinée aux particuliers et aux entreprises pour leurs paiements de détail. Les discussions entre les gouvernements de l’UE et la Commission européenne devraient avoir lieu le mois prochain.
À toute objection, ses promoteurs répondent « fake news », « complotisme » et « extrême-droite ». Puisqu’une décision américaine a pu priver le juge Nicolas Guillou de carte bancaire et que Trump convoite le Groenland, il faudrait nous affranchir des cartes Visa et Mastercard. La députée « extrême-centriste » Aurore Lalucq assure que la BCE « n’aura absolument pas accès à vos transactions », que l’euro numérique serait « du cash digital ». Sauf que les documents techniques de la BCE prévoient l’identification obligatoire de l’utilisateur, l’extension des procédures Know Your Customer à n’importe quelle entreprise indépendamment de ses activités, ou encore la transmission d’informations confidentielles aux cellules de renseignement en cas de « suspicion d’activité illégale ». L’architecture proposée parle d’elle-même : plafonds de détention fixés par la Commission, interdiction pour les entreprises de conserver des euros numériques plus de 24 heures… La monnaie devient programmable. On peut lui assigner une durée de vie, un plafond, des conditions. Techniquement, rien n’empêcherait par exemple la BCE d’imposer des quotas d’achats ou des restrictions fondées sur des objectifs environnementaux.
La plupart des arguments en faveur de l’euro numérique ne tiennent pas debout : le fait qu’une banque privée puisse bloquer une transaction ne justifie pas la création d’un système dans lequel la BCE disposerait d’une visibilité sans précédent sur les paiements des citoyens européens et de moyens techniques pour limiter ou suspendre arbitrairement certaines transactions. Quant aux frais prélevés par les banques, l’euro numérique ne les fera pas disparaître : ils seront simplement déplacés vers le contribuable et/ou les banques. Selon la BCE, la création de l’euro numérique devrait coûter entre 4,7 et 7,1 milliards d’euros aux banques européennes, sur quatre ans. Un autre chiffre est donné par celles-ci : 18 milliards d’euros. Ce serait environ 300 millions d’euros par an pour les coûts opérationnels. Contrairement à ce qui est avancé, l’euro numérique ne sera donc pas moins cher que les autres systèmes de paiement. Ni plus rapide : les Européens peuvent déjà payer par carte, téléphone ou réaliser des virements instantanés.
Par ailleurs, l’expérience chinoise montre qu’une monnaie numérique de banque centrale n’est jamais neutre. Le yuan numérique repose sur le principe de « l’anonymat contrôlable » : les transactions restent traçables par les autorités et la monnaie peut être intégrée à des mécanismes de contrôle administratif. Même si les défenseurs de l’euro numérique promettent qu’il n’y aura aucune surveillance, ils demandent aux citoyens de faire confiance à des institutions qui disposeront, pour la première fois dans l’histoire monétaire, de l’infrastructure technique permettant une capacité de surveillance et de contrôle inédite sur les transactions. Une démocratie libérale devrait pourtant faire l’inverse : limiter les risques d’abus, qu’importe les intentions de ceux aux manettes.
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