Le professeur François Facchini depuis des années explore le thème de l’État, de la bureaucratie, des dépenses publiques et des impôts. Déjà en 2021, chez le même éditeur, il nous a donné un ouvrage important « Les dépenses publiques en France ». De livres en articles, de revues françaises en prestigieuses revues étrangères, il est devenu au fil de ses travaux incontestablement le spécialiste français de la question. Son dernier ouvrage sera pour longtemps la référence sur les questions de la fiscalité. C’est un travail d’une très grande qualité. Il est complet, savant, lisible, engagé, utile.
Complet. Dans son introduction « dodue » l’auteur montre l’actualité du propos, explique son parti pris scientifique, puis la nature de l’impôt, son usage, et des notions de base sur sa répartition. Le propos introductif se poursuit par des considérations sur la notion de taux de l’impôt, celle d’assiette, puis de sa collecte avant la justification du plan jalonné en sept chapitres. Le chapitre Ier examine l’impôt sur la dépense. Le suivant l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le chapitre trois est consacré à l’impôt sur les sociétés. Le chapitre quatre à l’impôt sur l’héritage. Le chapitre cinq réfléchit à l’impôt sur la fortune immobilière. Les deux derniers chapitres sont dédiés pour le chapitre six au coût de la collecte de l’impôt mais aussi aux coûts politiques et pour le chapitre sept à la justification selon l’auteur d’ une baisse de la pression fiscale qui entraînerait à coup sûr une accélération de la croissance et de la création de richesses.
Savant. Rien ne manque dans la partie descriptive. La connaissance approfondie du système fiscal par l’auteur est impeccable, digne d’un professeur ou d’un professionnel du droit fiscal, ce qui n’est pas toujours le cas lorsque les économistes discutent de l’impôt privilégiant trop souvent les discussions idéologiques au détriment de la vérité de la réalité. Les chapitres, ce qui rend la lecture agréable, sont structurés à l’identique examinant d’abord l’histoire de l’impôt étudié, puis les conséquences des choix qui sont faits permettant de dessiner par avance les contours des solutions proposées par l’auteur dans le chapitre sept et dans la conclusion générale.
Lisible. Un ouvrage d’économie et d’économiste, particulièrement sur la fiscalité, doit surmonter deux écueils. Le trop et le trop peu. Le trop consiste à noyer le lecteur, en particulier novice, sous une avalanche de courbes, de formalisations mathématiques, d’aucuns imaginant que pour paraître savant il est nécessaire d’être obscur. Le trop peu est de donner dans la facilité des formules toutes faites et d’une simplification erronée, particulièrement dans un domaine comme la fiscalité qu’il est nécessaire de parfaitement maîtriser avant que d’en discuter. François Facchini contourne habilement les deux écueils. Les économistes professionnels universitaires ont face à eux un ouvrage de la rigueur attendue et espérée. Le lecteur, même novice, moyennant une lecture attentive , pourra comprendre l’intégralité du propos. Les phrases sont simples, mais précises. Le langage judicieusement choisi.
Engagé. Il est une erreur, presque universelle, d’imaginer que l’objectivité n’est atteinte que si l’auteur ne prend pas parti. Étrange conception qui consiste donc à penser qu’après avoir consacré plusieurs années de sa vie à un sujet, on n’aurait donc pas d’opinion à proposer. Sur le plan méthodologique François Facchini ne nous cache pas qu’il pense infiniment plus fécond de raisonner hors de l’idée d’égalité totale. Sa formule est saisissante : « l’idée libérale est qu’une société juste est une société qui traite les inégaux de manière égale….» ( p.9 ). Il s’oppose clairement aux dirigistes pour qui « il faut traiter les inégaux de manière inégale » ( idem ). Les préconisations de l’auteur sont audacieuses et radicales. Il propose de déplacer la charge de l’impôt au maximum possible sur la consommation. Mais également un taux proportionnel sur l’impôt sur le revenu , un taux uniforme sur les sociétés à 15 % , et la suppression complète des impôts sur l’héritage et la fortune immobilière. Évidemment en accompagnant ce programme très détaillé dans les chapitres précédents par une baisse des dépenses publiques afin de ne pas creuser encore la dette publique abyssale. Scrutant les expériences hors la France menée depuis trois décennies, que l’auteur connaît parfaitement, il en attend les mêmes résultats : une croissance spectaculaire et des incitations dopées tant du côté du travail, que du versant de l’épargne pour irriguer les investissements de production.
Utile. Cela fait plusieurs années que François Facchini réfléchit au biais de la connaissance en expliquant que le régime de production étatique des idées en France ne donne pas le même résultat que lorsqu’il est pluraliste et privée ( États-Unis ) ou corporatiste ( Allemagne) .
Un regret minime de forme avec l’absence tant d’index des thèmes que des noms propres. Un regret de fond : ne pas s’être interrogé sur l’extraordinaire rationalité des bureaucrates qui plument l’oie suffisamment pour accroître les recettes, mais point trop pour qu’elles aient envie de continuer à produire. ( On se permettra de renvoyer à notre ouvrage Théorie de la Révolte Fiscale : enjeux et interprétations, 2014, Presses Universitaires d’Aix -Marseille. ) De même François Facchini ne s’est pas servi du prestigieux colloque Éthique et Fiscalité organisé par le Centre d’Éthique Économique de Jean-Yves Naudet. L’ouvrage, fort éclairant et savant, de 320 pages comporte une cohorte impressionnante de très grands noms en philosophie, droit fiscal et Finances Publiques, analyse économique.
Espérons que ce très bel ouvrage connaisse le succès et rééquilibre les débats sur la fiscalité qui sont pratiquement unilatéraux, adossés trop souvent au paradigme de l’inégalité comme colonne vertébrale, interprétée évidemment immédiatement comme une injustice.
Par une heureuse coïncidence l’ouvrage sort juste avant un prestigieux colloque organisé par L’IREF le 9 avril à Paris intitulé « Repenser nos prélèvements obligatoires. » J’ai fait un rêve : les entrepreneurs politiques non socialistes ont lu François Facchini. En un seul ouvrage ils accompliraient leur chemin de Damas. Miser 22,90 € le placement est minuscule, le retour sur investissement inespéré.
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