Pour soutenir son industrie et lutter contre l’inflation, Washington a déclenché un plan massif de subventions : l’Inflation Reduction Act (l’IRA). Promulgué en août, il prévoit une enveloppe de 430 milliards de dollars.
En pratique, l’IRA consiste à subventionner la production nationale (automobile électrique, batteries, énergies renouvelables), et à verser des crédits d’impôt aux industriels du monde entier pour les inciter à s’installer sur le sol américain. Bruno le Maire, ministre de l’Économie, évalue les pertes pour la France à 10 milliards d’investissements et des milliers d’emplois industriels.
Les répercussions sur l’industrie européenne sont telles que Bruxelles considère cette initiative comme une atteinte au libre-échange, et envisage de conclure un accord entre les pays membres de l’UE pour permettre aux entreprises de bénéficier des mêmes avantages.
Un exode sur fond de crise énergétique
L’offre américaine est d’autant plus alléchante que, parallèlement, les industriels européens subissent les conséquences de la guerre en Ukraine. « Les industriels voient un signal prix qui les conduit à arrêter leurs usines, à déplacer des productions dans d’autres régions du monde » explique Jean-Pierre Clamadieu, PDG d’Engie. En réponse à ces signaux, la première option consiste à baisser la production – en particulier dans les secteurs à forte intensité énergétique tels que la chimie, la métallurgie ou le raffinage de produits pétroliers ; la seconde, à fermer purement et simplement les usines, comme dans la chimie allemande qui fait les frais d’une grande dépendance au gaz.
Et pourquoi ne pas traverser l’Atlantique ? L’énergie est cinq à six fois moins chère aux États-Unis qu’en Europe. Les États-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole et de gaz depuis 2017 (17 % de la production mondiale en 2020). Les réserves de gaz de schiste leur permettent de produire de grandes quantités à bas coût. Un facteur qui contribue à l’exode de l’industrie européenne, bien que la crise énergétique n’explique pas tout.
L’industrie européenne en perte de vitesse par rapport aux Etats-Unis
En réalité, il existe une autre tendance de fond. Entre 2019 et 2022, la part des IDE (investissements directs à l’étranger) ayant les États-Unis pour destination est passée de 20 % à 30 % – contre 50 % pour la destination Asie et seulement 13 % pour l’Europe. Un retard qui se confirme lorsque l’on examine le détail des grands secteurs technologiques, à savoir l’électronique et les semi-conducteurs, les équipements électriques, l’extraction minière et les métaux, et l’automobile. Entre 2016 et 2022, l’Europe n’a capté que 7 % des investissements mondiaux dans le secteur des semi-conducteurs – contre 30 % pour les USA et 63 % pour l’Asie.
Si l’UE peine tant à attirer les investisseurs étrangers et à garder ses propres industries, c’est notamment du fait de l’environnement réglementaire et fiscal. L’adoption récente de la taxe carbone européenne en est un bon exemple. Censé lutter contre les délocalisations industrielles, ce dispositif semble pour l’instant avoir exactement l’effet inverse – en plus d’assommer les industries de nouvelles normes environnementales. Quoi qu’il en soit, cette perte d’attractivité se répercute nécessairement sur la croissance de l’UE, comme nous pouvons le voir dans le graphique ci-dessous.
Croissance du PIB de l’UE, de la zone euro et des États-Unis de 2000 à 2022 (The Economist)
Les risques d’une réponse protectionniste de l’UE
Aujourd’hui, les Européens tentent péniblement d’infléchir la position américaine. Les ministres des Finances français et allemand – d’ailleurs attendus à Washington en février – tentent également de convaincre leurs homologues européens d’adopter un plan visant à renforcer l’industrie de l’UE. D’ores et déjà, la Commission européenne a annoncé la création d’un fonds de souveraineté européen qui devrait assouplir les règles relatives aux aides d’État.
Une gabegie qui représente « un financement autour de 2 % du PIB de l’Union européenne, soit environ 350 milliards d’euros » selon Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur. Une telle réponse à la politique américaine est d’autant plus inadaptée qu’elle risque d’entraîner une course aux subventions entre États membres – probablement au détriment des plus petits d’entre eux – et ainsi s’éloigner un peu plus de l’idéal d’un marché unique et équitable.
Si l’UE souhaite rattraper son retard sur les Etats-Unis, une meilleure piste consisterait à lever les freins à l’investissement industriel, comme les droits de douane sur les importations en provenance de pays qui n’ont pas l’intention de réduire leurs émissions de carbone. Et, pourquoi pas, renouer avec l’idéal d’une assemblée de nations autonomes coopérant les unes avec les autres, embrassant une véritable économie de marché, de concurrence et d’innovation.
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2 réponses
A la différence de l’Europe, les États Unis ne comportaient pas de Nations, uniquement des États.
La France ne risque pas grand chose, n’ayant pratiquement plus d’industries. Du reste les seules restant performantes vont sûrement délocaliser sous peu, car on n’a jamais vu des entreprises dignes de ce nom perdurées en pays bolchevique.
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A la différence de l’Europe, les États Unis ne comportaient pas de Nations, uniquement des États.
La France ne risque pas grand chose, n’ayant pratiquement plus d’industries. Du reste les seules restant performantes vont sûrement délocaliser sous peu, car on n’a jamais vu des entreprises dignes de ce nom perdurées en pays bolchevique.