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mercredi 28 octobre 2026

Israël : le libéralisme économique à l’épreuve de son environnement

Temps de lecture : 3 minutes

La réussite technologique d’Israël évoque un modèle de capitalisme. Pourtant, l’entrepreneur qui cherche des capitaux à l’étranger et le ménage qui fait ses courses ne rencontrent pas la même économie. Le premier bénéficie d’un secteur intégré aux marchés mondiaux ; le second fait face aux prix élevés d’un marché intérieur dont l’ouverture demeure incomplète.

L’indice Fraser 2026, fondé sur les données de 2024, classe Israël au 51e rang sur 165 pays et territoires. Il mesure des institutions et des politiques favorables à la liberté économique. Un décalage apparaît : comment un pays capable de vendre ses innovations au monde entier peut-il rendre si coûteuse la vie quotidienne de ses habitants ?

1. Une réussite tournée vers le monde

Selon l’Autorité israélienne de l’innovation, la haute technologie représentait 58 % des exportations en 2025. La capacité à attirer des capitaux et à conquérir des marchés traduit une culture de l’initiative particulièrement vigoureuse. Ces entreprises affrontent des concurrents étrangers et doivent convaincre des clients libres de choisir leurs produits.

La solidité institutionnelle contribue à cette réussite. Dans son étude de 2025, l’OCDE relève le rôle de la gestion monétaire, de la résilience du système financier et de la situation budgétaire antérieure à la guerre dans la résistance de l’économie aux chocs. La liberté d’entreprendre s’appuie sur des règles crédibles et sur des institutions capables de préserver la confiance.

2. La concurrence au quotidien

L’économie intérieure bénéficie moins de cette pression concurrentielle. L’OCDE décrit des formalités administratives lourdes, des obstacles aux importations et une concentration importante dans l’alimentation comme dans la banque. En 2025, elle indique que cinq groupes bancaires détiennent 98 % des actifs du secteur. Une telle concentration ne prouve pas, à elle seule, un abus ; elle rend essentielle la possibilité d’entrer sur le marché et de changer facilement de fournisseur.

La multiplication des autorisations favorise ceux qui disposent déjà des équipes et des moyens nécessaires pour les obtenir. Pour une petite entreprise, le temps passé à satisfaire des exigences administratives représente un coût avant même la première vente. Une réglementation peut donc protéger une position acquise tout en affichant un objectif légitime de sécurité ou de qualité.

Les réformes des importations et le rapprochement avec les normes européennes vont dans le sens d’une ouverture accrue. Leur efficacité dépend cependant de la concurrence entre les acteurs qui importent et distribuent. Comme le souligne l’OCDE, une baisse des coûts d’importation peut accroître les marges sans réduire les prix lorsque l’entrée de nouveaux concurrents reste difficile. La réforme doit être appréciée à ses résultats pour les consommateurs.

3. Des droits réellement exécutés

La sécurité juridique appelle la même exigence d’efficacité. Israël occupe le 49e rang dans la rubrique Fraser consacrée au système juridique et aux droits de propriété. Cet indicateur agrège plusieurs dimensions : sa note doit être décomposée pour apprécier la protection de la propriété. Il faut distinguer la reconnaissance d’un droit, la possibilité de le défendre devant un juge et les moyens de faire exécuter la décision obtenue.

L’exécution des contrats désigne la possibilité d’obtenir le respect d’un engagement, notamment le paiement d’une créance, au besoin par la justice puis par des mesures d’exécution. Pour une entreprise, une facture impayée immobilise de la trésorerie. Si les démarches deviennent trop longues ou trop coûteuses, le droit conserve sa valeur juridique mais perd une partie de sa valeur économique.

Cette question concerne les petits acteurs, dont les moyens de négociation et de financement sont limités. Une justice accessible, des procédures prévisibles et une exécution efficace permettent de contracter au-delà des partenaires connus. Elles élargissent les échanges en réduisant le risque que chacun doit intégrer dans ses prix ou dans sa décision d’investir.

4. La sécurité et la réforme

L’environnement stratégique impose enfin une lecture prudente des comparaisons internationales. L’indice Fraser attribue une note moins favorable aux pays qui pratiquent la conscription, selon sa durée. Il mesure une restriction au libre choix professionnel sans évaluer sa nécessité pour la défense. En Israël, cette contrainte doit être appréciée à la lumière des menaces auxquelles le pays est confronté.

La sécurité mobilise des ressources publiques et du temps de travail ; elle assure aussi la continuité sans laquelle aucun investissement durable n’est possible. Reconnaître cette nécessité oblige à être plus exigeant dans l’emploi des ressources restantes. Les contraintes de défense ne justifient pas les obstacles administratifs évitables ni les protections qui limitent la concurrence sans bénéfice suffisant pour la collectivité.

L’enjeu israélien est d’étendre les possibilités de l’économie innovante à l’ensemble de la société. Simplifier l’entrée sur les marchés et rendre les droits effectifs donnerait aux entreprises plus de moyens pour produire, et aux ménages davantage de choix. À deux semaines des élections législatives, ces réformes ne semblent pourtant pas constituer un enjeu électoral majeur. La prospérité quotidienne des Israéliens mérite, elle aussi, une place dans le débat.

 


Sources

Fraser Institute, Economic Freedom of the World 2026, données de 2024, chapitre 1 et annexe.

Autorité israélienne de l’innovation, Overview: Israeli High-Tech in 2025, rapport publié en 2026.

OCDE, Études économiques d’Israël 2025, chapitres 1 et 4.


Maître Johann Habib est avocat fiscaliste franco-israélien

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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