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mercredi 11 mars 2026

Jeff Bezos contrarie la gauche : il veut que le Washington Post soit lu !

Temps de lecture : 4 minutes

La gauche américaine est en deuil. Un tiers des employés du Washington Post sont licenciés. Comment la démocratie américaine va-t-elle survivre à ce « bain de sang » ? La revue The Atlantic parle de « crime ».

Le concert de hurlements du monde woke médiatique américain est amplifié par les plus fidèles copieurs de son catéchisme : la presse européenne. Au premier rang de laquelle on trouve toujours The Guardian, porte flambeau du progressisme infaillible. Tout près derrière, le temps de la traduction, une bonne part de la presse française accro aux aides publiques et en manque chronique d’audience.

Jeff Bezos, fossoyeur de la liberté de la presse ?

On veut nous faire croire que le propriétaire du quotidien de la capitale américaine est en train de saboter la publication qu’il a achetée 250 millions de dollars en 2013 et dans laquelle il a investi depuis des centaines de millions supplémentaires.

Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, qui ne dirige plus l’entreprise depuis 2021, serait le fossoyeur de la liberté de la presse, le complice de Donald Trump dans la destruction de ce pilier indispensable au bon fonctionnement des institutions. Il ferait cela pour maximiser les faveurs fiscales qu’il peut extorquer à la Maison-Blanche, ainsi que pour augmenter les chances que son empire, avec AWS, leader des services informatiques dans le cloud, et Blue Origin dans le transport spatial, décroche des contrats du Pentagone. Tuer le « Post » serait le meilleur moyen pour lui d’apprivoiser Donald Trump une fois pour toutes.

Le Washington Post se recentre sur ce qui intéresse ses lecteurs 

On se calme. D’abord, le Washington Post n’est pas mort. Jeff Bezos démontre certes qu’il n’a pas compris qu’on n’applique pas à une entreprise de presse des méthodes de gestion du personnel en vogue dans la technologie sur la côte ouest. Pour autant, il a simplement chargé l’éditeur, Will Lewis, d’arrêter l’hémorragie financière : 77 millions perdus en 2023, 100 millions perdus en 2024. Probablement davantage l’an dernier…

Le Washington Post va se recentrer sur les questions politiques et diplomatiques. Il continuera de couvrir l’actualité scientifique, technologique, économique et culturelle. Il abandonne ce qui est peu lu ou écouté : les podcasts, le sport, les critiques de livres. Certains bureaux à l’étranger seront fermés, à Rome et au Caire par exemple.

Il arrive hélas un moment où le principe, cher aux progressistes, selon lequel il importe peu que la presse perde de l’argent car elle joue un rôle essentiel dans un pays démocratique, doit se confronter à la réalité. Ce n’est pas parce que Jeff Bezos pèse 220 milliards de dollars qu’il doit se résigner à subventionner durablement une entreprise qui passe son temps à dire du mal de lui.

En France, Bernard Arnault et Vincent Bolloré adoptent la même démarche. Ce sont des capitaines d’industrie. Il faut les comprendre. Le syndicat des journalistes du quotidien de la capitale fédérale ne l’admet pas. Il exige la vente du journal à un autre milliardaire philanthrope et masochiste.

La « mission » du journal change de camp

La violente restructuration annoncée le mercredi a provoqué trois jours plus tard la démission de l’éditeur du quotidien. Will Lewis, britannique, ancien collaborateur de Rupert Murdoch, était tellement détesté par la rédaction qu’il n’a pas osé se montrer le jour où il a fait partir 300 emails, remarquablement indécents, expliquant : « Votre emploi est éliminé dans le cadre de changements organisationnels décidés aujourd’hui […] dus à l’évolution des besoins de notre entreprise. » Reçu par des journalistes dans le monde entier, y compris en zone de guerre en Ukraine, le message glacé démontre une volonté « d’aller au clash » avec une rédaction très imbue de sa mission.

Après six jours de silence, Jeff Bezos a fini par prendre la parole, tout en restant loin des salles de rédaction qu’il a luxueusement rénovées et équipées au cours des dernières années. « Le Post a une mission journalistique essentielle et une opportunité extraordinaire… Chaque jour, nos lecteurs nous montrent la route de la réussite [de notre mission]. Les données nous disent ce qui a de la valeur et où nous devons nous concentrer ».

Ce message adressé aux journalistes révoltés veut dire : nous savons exactement, grâce à la technologie derrière notre site internet, qui nous lit, ce qui est lu, quand et pourquoi. À l’heure de l’intelligence artificielle (IA), Jeff Bezos constate que déjà la fréquentation du Washington.com recule. Il voit que les internautes lisent de plus en plus de résumés d’articles faits par des modèles d’IA. Un redéploiement des ressources du journal pour répondre aux changements de comportement des lecteurs a du sens.

La gauche médiatique se rebiffe… au nom d’illusions déjà perdues

La révolte de la gauche contre la stratégie du Washington Post choisie par Jeff Bezos résulte de deux erreurs fondamentales de jugement. Première illusion : le quotidien qui a fait tomber Richard Nixon en révélant ses mensonges en 1974, serait plus que jamais indispensable aujourd’hui au vu de l’autoritarisme de Donald Trump.

Or en 1974, le paysage médiatique américain était totalement différent. Le « Post » n’avait guère de concurrent à Washington. Aujourd’hui les publications rivales sont légion. Les pages washingtoniennes du New York Times et du Wall Street Journal sont solides. Leurs sources, leurs analyses, sont excellentes. À ces piliers du « quatrième pouvoir » s’ajoutent de multiples médias numériques très bien informés, hautement critiques de la Maison- Blanche et plus ou moins ouvertement « progressistes » : Axios et Politico, par exemple. La théorie selon laquelle seul le « Post » brandir « le flambeau de la vérité » pour reprendre l’image de la prétentieuse devise du Washington Post, « La démocratie meurt dans l’obscurité », ne tient pas debout.

Deuxième faute grossière, qui révèle le nombrilisme chronique de la gauche dominant les médias : le « Post » a complètement raté l’occasion de brandir très haut le « flambeau de la vérité » durant les années Biden. La mission du quotidien semblait au contraire être de défendre systématiquement les initiatives ruineuses et inflationnistes d’un président gâteux, manipulé par des anciens de l’administration Obama. On attend toujours le mea culpa de la rédaction sur son incapacité à dénoncer la détérioration cognitive du vieux politicien usé qu’était Joe Biden.

De bonnes intentions mais mal mises en oeuvre

Jeff Bezos cherche peut-être à faire quelque chose d’impossible : transformer en journal centriste un quotidien résolument de gauche. Son intention était louable, lorsqu’il a empêché son journal d’appeler à voter pour Kamala Harris en octobre 2024. Hélas, la méthode qu’il emploie pour dégauchiser le Washington Post et en faire un journal idéologiquement plus libéral, est maladroite.

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9 réponses

  1. Avant l election présidentielle de 2020 pas un mot de la tres grande majorité de nos médias sur l incapacité chronique de J Biden a gouverne ….
    Les progressistes américains ont elu un homme dont les facultés physiques et cognitives étaient en berne
    En france Mitterand a été élu 2 fois avec un cancer avéré
    Vive la transparence de goche….😂😂😂😂😂

  2. Un quotidien qui essayerait de définir les faits avec objectivité et qui serait ne serait animé que pour un regard réaliste ; ni religions ,ni ideologie .

  3. En France, Le Monde ou Libé et bien d’autres comme Voici ou Gala ne risquent pas pareille aventure, leur peu de lecteurs est compensé par le contribuable.

  4. Jeff Bezos voit loin : il sait qu’il doit aller au choc pour opérer le changement de son journal. Les chiens aboient et la caravane passe… Bolloré a fait la même chose quand il a repris I-TV et Canal +. C’est pareil dans n’importe quelle entreprise. Bientôt, Bernard Arnault devra en faire autant dans son journal économique Les Echos qui est bien trop social-démocrate et wokiste. L’économie social-démocrate est en train d’être liquidée. Trump « l’éléphant dans le magasin de porcelaine » sert à cette transition. Les entrepreneurs savent bien qu’il n’est plus possible de rester dans cette configuration « dette et immigration » qui entretient artificiellement les canards boiteux de la grande distribution, du service à la personne et du bâtiment. Nous ne produisons plus assez de richesse, et il faut revenir aux bases du libéralisme.

    1. On peut se réjouir que des propriétaires exercent leurs droits et changent la ligne de leurs médias : la propriété privée fait partie du libéralisme. Mais le libéralisme, ce n’est pas remplacer une hégémonie idéologique par une autre.
      Ce qui compte, ce sont l’État de droit, la concurrence des idées et pas la mise au pas des médias par quelques grands patrons ou un homme providentiel.

  5. Critiquer le fonctionnement concret de l’état de droit peut être libéral.
    Contester son principe, la soumission du pouvoir au droit, ne l’est pas.

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