C’est un pari bien réussi que réalise l’auteure : faire revivre la très grande bibliothèque disparue de Poméranie. Au XVIIIème siècle dans son château de Plathe, Friedrich Wilhelm von der Osten constitue une bibliothèque de livres anciens, que plusieurs générations continueront à enrichir. Malheureusement le 3 Mars1945 l’Armée rouge envahit cette partie orientale de l’Allemagne nazie et fait voler en éclat ces trésors inédits. Seul subsiste un meuble à tiroirs, hérité de sa belle-famille, qui inspire l’auteure. Il s’agit d’un fichier répertoriant seize mille ouvrages disparus dans les décombres de l’ Europe d’après-guerre. Vanessa de Senarclens est consciente qu’un tel inventaire est le travail de toute une vie, celle de Ferdinand von Bismarck-Osten, son propre beau-père. Alors elle remonte le temps en traçant le portrait des ancêtres qui ont contribué à une telle collection, interroge les bouquinistes du monde entier, découvre l’authenticité d’une tabatière offerte par le roi Frédéric II et ressuscite des chefs-d’œuvre historiques tels qu’un volume interdit de Voltaire, un Aristote préfacé par Erasme …
« Ces hommes travaillaient pour l’éternité. On avait tout prévu, tout sauf la folie des dévastateurs » dira Goethe. Et c’est là que l’auteure réalise les souffrances de Karl von Bismarck-Osten, père de Ferdinand, qui ne put rien faire pour sauver ses amis bibliothécaires juifs, avant que lui-même subisse la destruction de ses Å“uvres par les communistes. Cet essai, plein de douce ironie pour ce culte familial des livres, révèle l’importance de l’écrit sur la pensée, son infaillibilité sur le temps et son rôle de sentinelle pour la transmission d’un humanisme sans pareil.
Une réponse
Je ne suis pas un admirateur de Bismarck… Qui a précipité la France dans le désastre de 1870… Mais je conçois qu’il soit intéressant de retrouver l’écrit préservé malgré la bête brutalité de l’homme!… Merci de ce clin d’oeil à l’Histoire.