Le Professeur Bertrand Blancheton est en poste à l’Université de Bordeaux et plutôt spécialiste d’histoire économique. Son dernier livre porte sur un sujet d’actualité, la dette publique. Il s’organise autour de douze chapitres, chacun abordant une question relative à la dette publique : la mesure de la dette (Chapitre 1), les caractéristiques de la dette française (Chapitre 2), la hausse plus forte de la dette française par rapport à ses principaux concurrents et partenaires (Chapitre 3), la justification de la dette publique (Chapitre 4), la montée de la dette publique en France depuis 1970 (Chapitre 5), la critique de l’idée que la dette publique française serait la conséquence de la loi de 1973 sur la Banque de France (Chapitre 6), la relation qu’entretient la dette et la construction européenne via les critères de convergence (Chapitre 7), les liens qu’entretiennent la dynamique de la dette et la politique monétaire (Chapitre 8), la soutenabilité de la dette (Chapitre 9), les expériences de désendettement (Chapitre 10), les liens entre la dette publique et la hausse des dépenses publiques (Chapitre 11) et pour conclure l’élaboration d’une feuille de route pour réduire la dette et équilibrer le solde budgétaire (Chapitre 12). Le propos est peu technique, et soutient que la France devra rembourser sa dette par une réforme des impôts et une baisse des dépenses. Il défend, en ce sens, une position plutôt non keynésienne et que ne renierait pas les économistes classiques. Le livre ne fait, cependant, aucune référence aux travaux des économistes libéraux qui ont travaillé sur la dette publique comme James Buchanan et Richard Wagner[1]. La plupart des solutions proposées à la dette publique se placent d’ailleurs dans un cadre institutionnel inchangé, sans modification du partage des compétences entre le privé et le public.
Cette note se propose de résumer le propos et de montrer pourquoi le recours aux travaux des économistes, qui traitent de la liberté économique comme un facteur de croissance et une dimension morale qui devrait inspirer les choix de politique économique, aurait permis de poser un autre diagnostic et de soutenir une feuille de route sensiblement différente pour réduire la dette publique.
Les caractéristiques de la dette publique française
La manière la plus simple de poser la question du livre est de rappeler le montant de la dette publique française. Le Professeur Blancheton rappelle à maintes reprises le chiffre de 2813 milliards d’euro qui était en effet le montant de la dette publique de la France fin décembre 2021. Fin 2022, ce chiffre atteignait 2950 milliards d’euros (INSEE) ce qui représente 111,6% du PIB, en légère baisse par rapport aux 112,9% de 2021. Le seuil symbolique des 3000 milliards d’euros sera bientôt atteint. Ce chiffre est même probablement sous-estimé (Chapitre 1). Lorsque l’on prend le ratio dette publique sur PIB de l’OCDE, la dette brute des administrations publiques de la France en 2021 n’est pas de 112,9% mais de 138%. Ce qui évidemment est très différent d’un point de vue symbolique. Ce chiffre ne devrait pas, cependant, susciter la peur et l’anxiété (p. 15). Cette dette publique est de plus pour l’essentiel
négociable,
détenue pour moitié par des investisseurs étrangers (p. 45),
ses taux ont tendance à diminuer depuis plusieurs années (p. 37) et
sa maturité a tendance à s’allonger. La France a émis en janvier 2021 une obligation à cinquante ans, la quatrième de cette durée (p. 134).
i) La nature essentiellement négociable de la dette publique rend la dette publique plus dangereuse (p. 39), car elle oblige le gouvernement via France Trésor à renouveler à chaque fois sa dette et à rassurer de manière permanente ses créanciers (p.39). ii) La détention de la dette par des non-résidents pose la question de la souveraineté. La détention par des acteurs étrangers constitue une contrainte plus forte pour l’émetteur de la dette. Cela renforce la contrainte induite par la nature négociable de la dette. iii) La dette française grâce à la politique monétaire du quantitative easing (QE) de la Banque centrale européenne (Chapitre 8) a, cependant, vu son coût baisser. Le taux des obligations assimilables du Trésor (OAT) a baissé régulièrement depuis 2012 (graphique 2.1, p. 41 Source : Agence France Trésor). Ils ont même été négatifs entre 2020 et 2021, ce qui a permis une baisse de la somme versée au titre des charges d’intérêt de la dette publique (p. 42). La politique du QE avait été pensée pour que les États baissent leur niveau d’endettement à la suite de la crise grecque. La France, contrairement aux pays du Nord de l’Europe, en a plutôt profité pour augmenter sa dette et même justifier sa stratégie par les bas coûts de la dette (p. 53). Elle s’est plus inspirée du Japon (p. 60) et de l’Italie (p. 56) que de l’Allemagne qui a fait des réformes structurelles dans les années 2003- 2004 et réduit son taux d’endettement.
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