L’index de l’innovation, publié par la base données TheGlobalEconomy.com, classe la France au douzième rang mondial avec 55 points. Ce n’est pas si mal. Juste devant le Japon et derrière la Chine, notre pays occupe une place honorable. Il n’est guère étonnant qu’il soit loin derrière les Etats-Unis (2ème), le Royaume-Uni (4ème) ou l’Allemagne (8ème). En revanche, il est plus inquiétant qu’il soit à la traîne de petits pays comme la Suisse (1ère), la Suède (3ème), les Pays-Bas(5ème), Singapour (7ème), la Finlande (9ème) et le Danemark (10ème).
La note que vient de publier La Fabrique de l’Industrie confirme en partie ce classement. Elle ne traite pas de l’innovation dans son ensemble, mais s’intéresse aux brevets déposés dans 12 innovations de rupture – c’est-à-dire des innovations de produit, de procédé et d’organisation qui bouleversent les usages et créent de nouveaux marchés. Ces 12 domaines sont : l’hydrogène pour les transports, les batteries pour véhicules électriques, le photovoltaïque, les éoliennes en mer, le recyclage des métaux stratégiques, les carburants durables pour l’aérien, la nanoélectronique, la spintronique, l’ordinateur quantique, l’ARN messager, l’acier bas carbone et le recyclage biologique des plastiques.
L’Asie et les Etats-Unis dominent les dépôts de brevets
Le schéma (voir ci-dessous) qui présente les quatre premiers pays déposants de brevets dans chacune des 12 technologies choisies est particulièrement édifiant. Les Etats-Unis sont présents sur la totalité des technologies, le Japon sur 10. Viennent ensuite la Chine (8 technologies), l’Allemagne (7) et la Corée du Sud (6).
Parts mondiales cumulées des quatre premiers pays déposants de brevets, par technologie (2010-2020)
Le plus marquant dans ce classement, nous semble-t-il, est que les leaders mondiaux, dans chacune des technologies retenues, sont largement dominants. Sauf dans l’éolien en mer, ils détiennent toujours au moins la moitié des brevets déposés dans le monde. Pour huit des innovations de rupture, les quatre premiers pays s représentent même entre 70% et 85% des brevets mondiaux. Autant dire qu’il ne reste que peu de place pour les suivants.
La France décroche
L’Europe est peu présente dans le classement. Les pays européens n’apparaissent que huit fois sur douze dans le top 4, dont six fois où ils ne sont représentés que par l’Allemagne. Il n’y a que dans les domaines de l’éolien en mer et des carburants durables pour le secteur aérien que trois autres pays européens se distinguent parmi les quatre premiers déposants de brevets : le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas.
Si l’on considère l’Union européenne (UE) dans son ensemble, le classement prend une autre allure. L’UE figure, en effet, systématiquement parmi les quatre premiers déposants mondiaux de brevets. Elle occupe même la première place du podium dans quatre domaines : éoliennes en mer, recyclage de métaux stratégiques, acier bas carbone et recyclage biologique des plastiques.
Quant à la France, elle est totalement absente !
Si l’étude s’était intéressée non pas aux quatre premiers déposants, mais aux cinq premiers, la France serait apparue une fois à la cinquième place (pour l’hydrogène décarbonée).
On nous rétorquera, non sans raison, qu’au regard de son PIB, la France n’est que la septième économie mondiale. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ne figure pas dans les quatre premiers pays déposants de brevets. Oui, mais il y a un mais : la Corée du Sud qui n’a que le 13ème PIB mondial apparaît dans le classement pour 6 des 12 innovations de rupture ; les Pays-Bas, 18ème économie mondiale, y figurent à 2 reprises.
Et quand on considère l’UE dans son ensemble comme nous venons de le faire, force est de constater que la France ne joue aucun rôle significatif. Non seulement, elle occupe une position défavorable dans la compétition technologique mondiale, mais aussi européenne.
Emmanuel Macron se fait fort d’installer des éoliennes partout au large de nos côtes, mais ce seront les industriels étrangers qui en profiteront. De même, alors que la France abrite des leaders mondiaux de l’aéronautique, avec Airbus, Dassault et leurs sous-traitants (Safran, Thales, Lisi, Figeac Aero, Latécoère, etc.), elle est absente de la recherche sur les carburants durables pour le secteur aérien.
Alors quand l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) affirme que la France est le deuxième déposant européen de brevets et le cinquième mondial, il trompe tout le monde. Non pas que l’organisme mente, mais il prend en compte la totalité des brevets déposés par des organisations françaises – et par conséquent pas seulement ceux qui concernent les 12 innovations de rupture étudiées – y compris ceux déposés dans un seul office qui ont alors souvent un rôle purement projectionniste. C’est pourquoi, d’ailleurs, la note de La Fabrique de l’Industrie ne s’intéresse qu’aux brevets déposés dans au moins deux offices nationaux, c’est-à-dire ceux qui ont une vraie portée inventive reconnue.
Si la France est à la traîne, c’est en partie parce qu’elle ne consacre que l’équivalent de 2,2% de son PIB à la recherche quand la moyenne des pays de l’OCDE est à 2,7%. Ce demi-point d’écart représente 10 milliards d’euros (Md€).
Les grandes entreprises manquent à l’appel
L’étude met en avant l’importance de la recherche publique en France. Les laboratoires français représentent, pour sept des technologies dont on dispose de données détaillées, entre 9% et 14% de l’ensemble des brevets issus de la recherche publique dans le monde. Ce qui les place le plus souvent au quatrième rang mondial.
Ils sont même au troisième rang pour le photovoltaïque. Pourtant, la France ne compte aucune entreprise majeure dans ce domaine. Saint-Gobain qui s’était lancé sur ce marché l’a abandonné après y avoir perdu 500 millions d’euros (M€). Pour La Fabrique de l’Industrie, « la transmission de connaissances entre laboratoires publics et entreprises n’est pas suffisante ».
Elle fait même remarquer que « les grandes entreprises figurent très souvent comme les pourvoyeuses leaders d’innovations de rupture, dans tous les domaines et dans tous les pays… sauf en France ».
Il est clair que la France n’offre pas un écosystème favorable à l’innovation et à la production. Et ce ne sont pas les grands plans de réindustrialisation qui y changeront quelque chose. Si mieux articuler les relations entre recherche et industrie pourrait nous faire progresser, cela ne sera pas suffisant.
Nous l’avons répété maintes et maintes fois, il est indispensable de réduire les normes, de baisser les prélèvements obligatoires, de restreindre le pouvoir de nuisance des associations écologistes et des administrations et de laisser les entrepreneurs entreprendre plutôt que de distribuer des milliards d’euros. Sans doute faudra-t-il aussi réformer le système scolaire en profondeur et s’attaquer au principe de précaution.
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7 réponses
Excellent papier qui passe bien en revue les problèmes expliquant le manque d’innovations en France. « Il n’y a que dans les domaines de l’éolien en mer et des carburants durables pour le secteur aérien que trois autres pays européens se distinguent parmi les quatre premiers déposants de brevets ». Bien mais secondaire quand on connait toutes les réserves qu’il y a à développer et multiplier les éoliennes en mer ou sur terre. Et les carburants durables dans le domaine aérien est-ce vraiment prioritaire?
Vôtre commentaire reflète exactement le visage de la France malheureusement , et avec ces écolos qui bloquent toutes innovation ce n’est pas prêt de s’arrêter.
Nous devenons un pays du tiers monde,nos aïeux doivent ce retourner dans leurs tombes
Quand la propagande n’est pas organisée à Paris la dure réalité du décrochage ; le mieux serait
de supprimer la propagande car le rattrapage n’est pas pour demain !
Témoignage:
J’ai obtenu un brevet français pour un moyen de déplacement innovant. J’ai contacté les principaux acteurs de la mobilité en France… et n’ai intéressé pratiquement personne. L’extension de mon brevet aux USA est en cours, peut être que, là bas, j’aurai plus de chance.
Si vous voulez en savoir plus: https://fly-aroa.webflow.io
Bonjour,
Posez vous la questions des normes émises par nos éminents fonctionnaires qui sont plus soucieux de respecter les directives de l’UE que d’encourager les innovations.
L’analyse sur le retard français en matière d’innovation de rupture est assez frappante, surtout concernant le poids de la bureaucratie. On sent bien que le manque de flexibilité empêche l’émergence de projets vraiment audacieux par rapport aux États-Unis. J’avais lu sur khosim des réflexions sur l’importance de la réactivité numérique pour rester compétitif, et cela rejoint totalement votre point sur la nécessité de réformer nos structures. Pensez-vous qu’une décentralisation plus forte du financement pourrait aider les startups à franchir ce cap ?
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7 réponses
Excellent papier qui passe bien en revue les problèmes expliquant le manque d’innovations en France. « Il n’y a que dans les domaines de l’éolien en mer et des carburants durables pour le secteur aérien que trois autres pays européens se distinguent parmi les quatre premiers déposants de brevets ». Bien mais secondaire quand on connait toutes les réserves qu’il y a à développer et multiplier les éoliennes en mer ou sur terre. Et les carburants durables dans le domaine aérien est-ce vraiment prioritaire?
l4EU en tête dans tous les domaines qui ne rapportent pas d’argent et qui coûtent aux contribuables. Est-étonnant ?
Vôtre commentaire reflète exactement le visage de la France malheureusement , et avec ces écolos qui bloquent toutes innovation ce n’est pas prêt de s’arrêter.
Nous devenons un pays du tiers monde,nos aïeux doivent ce retourner dans leurs tombes
Quand la propagande n’est pas organisée à Paris la dure réalité du décrochage ; le mieux serait
de supprimer la propagande car le rattrapage n’est pas pour demain !
Bien à vous
Témoignage:
J’ai obtenu un brevet français pour un moyen de déplacement innovant. J’ai contacté les principaux acteurs de la mobilité en France… et n’ai intéressé pratiquement personne. L’extension de mon brevet aux USA est en cours, peut être que, là bas, j’aurai plus de chance.
Si vous voulez en savoir plus: https://fly-aroa.webflow.io
Bonjour,
Posez vous la questions des normes émises par nos éminents fonctionnaires qui sont plus soucieux de respecter les directives de l’UE que d’encourager les innovations.
L’analyse sur le retard français en matière d’innovation de rupture est assez frappante, surtout concernant le poids de la bureaucratie. On sent bien que le manque de flexibilité empêche l’émergence de projets vraiment audacieux par rapport aux États-Unis. J’avais lu sur khosim des réflexions sur l’importance de la réactivité numérique pour rester compétitif, et cela rejoint totalement votre point sur la nécessité de réformer nos structures. Pensez-vous qu’une décentralisation plus forte du financement pourrait aider les startups à franchir ce cap ?