Ne partez pas en vacances sans le dernier livre de Marc Nexon ! Journaliste au Point, il a accompli un véritable exploit : faire un semblant de reportage en Corée du Nord. Depuis des années, il essayait d’y entrer et c’est seulement en 2018 qu’il a trouvé l’astuce pour le faire.
Ne partez pas en vacances sans le dernier livre de Marc Nexon ! Journaliste au Point, il a accompli un véritable exploit : faire un semblant de reportage en Corée du Nord. Depuis des années, il essayait d’y entrer et c’est seulement en 2018 qu’il a trouvé l’astuce pour le faire.
Comme il n’aurait jamais été reçu en tant que journaliste, il est passé par un tour opérateur afin de participer au marathon de Pyongyang. Il cache sa véritable identité avec la complicité des organisateurs occidentaux, se fait passer pour un sportif amateur et, finalement, arrache au régime l’autorisation de venir participer. Pour le grand reporter Marc Nexon, c’est l’occasion idéale de raconter ce qui se passe dans ce pays totalitaire. Son ambition se fracasse rapidement contre le mur érigé par les «guides» nord-coréens. Il ne peut rien faire seul, ni se déplacer, ni entrer en contact avec quiconque, ni voir autre chose que ce qu’on a le droit de lui montrer. On l’oblige même à observer certains rituels à la gloire du dictateur Kim Jong-un. Lors de son arrivée à l’aéroport, on lui explique qu’il ne faut surtout pas plier les journaux à l’emplacement de la photo du leader nord-coréen. Sa figure doit toujours être visible et intacte ! Exercice difficile, pratiquement impossible car le journal contient, à chaque page, au moins deux ou trois photos officielle. Bienvenue au pays du délire communiste !
Les exemples absurdes comme celui-ci sont légion dans l’ouvrage. L’auteur est pris de fous rires au début, ensuite, c’est l’exaspération mais aussi la peur. De nombreux faux ou vrais touristes ont été arrêtés par le régime, torturés et enfermés. Le jeune Américain Otto Warmbler a été arrêté en 2015 pour avoir détaché une affiche de propagande d’un mur d’hôtel. Condamné à quinze ans de travaux forcés, il est «libéré», dans le coma, en 2017 mais mourra six jours seulement après son retour aux Etats-Unis. Marc Nexon le sait, tout dépend des informations dont disposent les services de l’ordre. S’il est démasqué, il sera forcément arrêté. Tout ce qu’il peut voir du pays c’est la grisaille généralisée. Pas ou peu de voitures, pas d’animaux ni d’oiseaux dans la capitale, à croire qu’on les a tous exterminés comme avait fait Mao avec les moineaux lors de la Révolution culturelle. Bien entendu, il n’y a pas d’Internet, sauf une sorte de Web local donc contrôlé. Envoyer un simple mail coûte 5 dollars ! La télé de la chambre d’hôtel propose trois chaînes locales avec des émissions consacrées au dictateur,et… Al-Jazeera. La radio ne marche pas et le porte-savon de la salle de bains ressemble au… dentier de sa grand-mère.
Au bord de la route, il voit deux sortes de personnes, les officiels avec leurs képis, qui surveillent, et quelques êtres humains qui baissent la tête lors du passage du car avec les étrangers. Il y a des check-points militaires à intervalles réguliers. Les habitants ont besoin d’une autorisation pour se déplacer, même pour quitter leur village. On ne les voit pas, ils ont reçu l’ordre de ne pas se montrer aux (rares) passages de cars touristiques. Les coiffures des hommes et des femmes leur sont imposées. Les tenues, fortement recommandées…
Mais ce qui intrigue et fascine le plus notre reporter c’est l’absence du cinquième étage à son hôtel qui en compte vingt-cinq. Cet étage n’existe pas, n’apparaît pas dans les ascenseurs et on ne peut y accéder. C’est sûrement l’endroit réservé à la surveillance.
Non, la Corée du Nord ne s’est pas ouverte au monde et la «realpolitik» n’a servi strictement à rien, contrairement à ce que soutiennent certains «experts» ou journalistes. Marc Nexon fait partie des journalistes à l’ancienne, qui ne se laissent pas embobiner par la propagande locale et font leur travail avec courage. Si tous étaient comme lui, beaucoup de dictateurs seraient beaucoup plus importunés qu’ils ne le sont maintenant… Acheter le livre
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