Accueil > Chroniques de livres > « Nos présidents et nos diplomates passent leur temps à s’excuser de tout en Afrique. Il faut en finir avec cette repentance permanente ! »
Entretien avec François-Xavier Freland, auteur de La grande repentance. Afrique-France : les infortunes de la vertu
Il a réalisé un documentaire de grande qualité sur Milei, le président à la tronçonneuse, diffusé par Public Sénat que nous avons commenté lors d’une émission télé. François-Xavier Freland est un journaliste atypique. Il est anti-wokiste, anti-indigéniste contre le politiquement correct et préfère la vérité des faits à l’hypocrisie et aux clichés journalistiques. Son dernier livre – La Grande repentance. Afrique-France : les infortunes de la vertu paru aux éditions Intervalles – en constitue une belle preuve. Il est question de la colonisation et de la décolonisation sans auto-flagellation, de l’esclavage et de l’islam, des vraies causes de l’échec politique français en Afrique et aussi des gaspillages publics terribles, là-bas. Tout est dit, sans faux-fuyants, et prouvé par des exemples et des arguments probants. Beaucoup de bobards ont été racontés sur l’Afrique et les Africains, y compris – mais est-ce étonnant ? – par des intellectuels et des politiques. Freland, ancien correspondant de France 24 au Mali et ancien Grand Reporter de Jeune Afrique, les cite et enfonce le clou, dénonçant leur ignorance ou pire leur malhonnêteté intellectuelle. Il faut en finir avec le prêt-à-penser sur l’Afrique ! La réalité est bien différente. Pour comprendre, ce livre anticonformiste tombe à pic. Voici pourquoi.
1) Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ? De votre expérience du terrain africain ? Ou des bêtises de ce que vous appelez le journalisme « contreproductif » qui n’a pas compris ce continent ?
Après plus de vingt ans à couvrir l’Afrique, j’avais envie d’écrire un livre pour rétablir quelques vérités sur la relation de la France à l’Afrique après des années de culpabilisation post-coloniale. Journaliste moi-même ayant vécu comme correspondant à Bamako pour France 24 puis travaillé en indépendant en Afrique pour divers médias privés (Jeune Afrique), ou de l’audiovisuel public extérieur (RFI- TV5 Monde), j’ai pu observer notamment combien la couverture des médias français était en effet « contre-productive ». Après avoir couvert entre autres les opérations militaires franco-africaines au Sahel contre le djihadisme entre 2013 et 2022, j’ai souvent constaté que depuis Paris, le traitement de nos actions au Sahel était presque toujours négatif. Une couverture très critique, parfois marquée par une grille de lecture misérabiliste, post-coloniale simpliste teintée d’autoflagellation. Par exemple, à l’époque des opérations militaires françaises, les journalistes ou les néo-spécialistes parlaient d’une armée néo-coloniale, histoire de caricaturer. Or sur le terrain, je constatais que nos militaires étaient des hommes et des femmes de toutes origines, souvent d’ailleurs franco-maliens, loin du cliché du petit blanc au casque colonial. Idem, mes collègues insistaient souvent sur les rares bavures de l’armée française, pas toujours bien prouvées au passage, ou sur les premières manifestations anti-françaises qui ne rassemblaient au-début pas grand monde mais qui, à la loupe grossissante de RFI devenaient « le sentiment général ». Je l’ai souvent constaté. Le problème, c’est que nos médias influencent ou influençaient largement l’opinion publique africaine qui écoutent RFI ou regardent France 24 plus que leurs propres médias. C’est ça le sentiment de « grande repentance » très français, dont je parle dans mon livre : ce mea culpa permanent et contre-productif face à notre histoire en commun, notamment face au passé colonial, qui a fini par créer de toutes pièces ce ressentiment à notre égard. Pour résumer, la France s’est auto-sabordée en Afrique.
2) Vous écrivez que la France a perdu la main en Afrique. Depuis pas mal d’années. Quelles en sont les causes ?`
C’est tellement français de critiquer son propre pays. Un pays que le monde entier nous envie pourtant, sinon comment expliquer que tant de migrants, et pas seulement africains, frappent à notre porte plus qu’ailleurs ? C’est une posture aisée de généraliser l’histoire occidentale à ce qu’elle a de plus mauvais. Lorsque j’étais correspondant au Venezuela, j’ai ressenti la même chose. Vu de Paris, Chavez et Maduro étaient de grands libérateurs, proches du peuple face au méchant Satan américain. En réalité, c’est une dictature qui a fait fuir plus de 8 millions de vénézuéliens dans le monde qui ont applaudi lorsque les forces spéciales américaines ont capturé Maduro le 3 janvier dernier. Avec l’Afrique, c’est pareil, quoique fasse la France, nos intellectuels, journalistes et médias ont passé leur temps à critiquer ce que nous y faisions.
J’ai connu un journaliste de France 24 présenté comme le spécialiste djihadiste en Afrique qui n’avait jamais mis un pied au Mali, ni au Niger, ni ailleurs, et parlait depuis Paris en leur nom, sans connaître les ethnies, les subtilités de la réalité du terrain. Au passage, il passait son temps à critiquer l’armée française. Contrairement à ce qui a été dit, la France restait plutôt populaire au Mali même à l’époque des interventions militaires françaises, notamment à Gao ou dans les villes du nord où l’on craignait le retour des jihadistes. Et les Russes en ont bien profité certes ! Au passage, ma critique de la responsabilité de nos médias public dans la construction de cette mauvaise image en Afrique est partagée par certains confrères de France 24 et RFI avec lesquels j’échange, et qui entretiennent tout bas des liens avec le député Charles Alloncle, en charge de la commission parlementaire critique vis-à-vis de l’audiovisuel public. Pour ma part, je ne me suis pas caché, je n’ai même jamais eu de contact avec lui.
3) Vous dénoncez le discours de repentance de la France (et aussi des Occidentaux en général). Pourquoi ?
La France est tombée dans l’autodénigrement permanent, bien souvent de façade, dans le cynisme des rédactions ou des salons intellectuels parisiens. Nos présidents, nos diplomates passent leur temps à s’excuser de tout en Afrique. C’est le discours de la déconstruction. On refait l’histoire, au passage en nous faisant passer pour des « salauds ». Et en face, certains régimes comme celui d’Alger restent dans la position victimaire et en profitent pour nous humilier régulièrement et nous demander toujours plus de réparations, surtout économiques… C’est la grande repentance permanente ! Bien-sûr, il faut reconnaître les pages sombres de cette histoire. Mais la colonisation n’a pas commencé dans l’histoire du monde avec les Français. En Afrique, les Turcs, les Arabes, les Romains etc, ont colonisé tour à tour une partie de l’Afrique, pire les africains se sont colonisés entre eux. Idem pour l’esclavage, on sait grâce à certains historiens, que la traite existait au temps des arabes, et que certains africains participaient déjà au système. Pourquoi cette volonté de culpabiliser la France ? C’est le seul ex-empire colonial à devoir rendre autant de comptes, avec le résultat qu’on connait : le retrait de nos militaires, la fuite de nos investisseurs, le grand vide, la fin d’une influence. A force de faire notre auto-critique, les africains nous ont répondu : Bah puisque vous êtes si mauvais, bien partez alors! »
4) Médias, intellectuels, politiques (un chapitre est consacré à Jean-Luc Mélenchon)… tous coupable d’avoir imposé une image déformée de l’Afrique et d’avoir culpabilisé la France. Quelles sont les réalités ?
Cette Grande repentance n’est qu’une posture facile de l’entre-soi des milieux progressistes, bien souvent paresseuse qui a fait vendre des livres, des documentaires. Des historiens engagés et très à gauche, comme Pascal Blanchard ou le franco-camerounais Achile Mbembé, d’ailleurs très proche du président Macron, en ont fait une véritable marque de fabrique, en en tirant un certain profit en terme médiatique, littéraire, et disons-le, économique… Toute cette littérature à charge à fait vendre. On ne trouve qu’eux en librairie de Paris à Dakar qui, au passage, sont trustés par les livres de la bien-pensance wokiste écrits, publiés à Paris. Il y a encore peu, les journalistes français n’écrivaient que sur la Françafrique avec toujours ce prisme critique vis-à-vis de ce qu’avait pu faire la France en Afrique, pendant et après la colonisation. En gros, les Français avaient esclavagé, pillé les ressources naturelles, maltraité. Or notre histoire en commun est plus complexe que cela. La France a aussi participé à bâtir l’ébauche d’états modernes, à travers infrastructures routières, l’éducation, la médecine. J’en sais quelque chose, j’ai écrit et réalisé un film sur une grande tante bretonne Germaine Le Goff qui en 1938 a créé au Sénégal la première école normale d’institutrices africaines du continent, d’où sortirent les élites féminines des indépendances. Sékou Touré, le dictateur guinéen communiste et pro-soviétique, qui avait décidé de rompre avec la France dès 1958, avait même récupéré une de ses élèves Madame Jeanne Martin Cissé pour en faire la première femme ministre de son pays. La France avait même formé des intellectuels qui se retourneront contre elle. Y a pire comme héritage !
Plus étonnant, et jamais mis en avant, la France a même parfois permis de protéger et de mettre en valeur les cultures et ethnies locales, comme ce fut le cas avec les anthropologues Marcel Griaule, Michel Leiris, ou Jean Rouch avec le peuple Dogon au Mali par exemple. Les Dogons qui au passage avaient leur propre cosmogonie ou religion et avaient combattu contre la propagation de l’Islam.
5) Et la diaspora africaine en France ? On vient d’assister à plusieurs élections au niveau local de maires issus de l’immigration africaine. Qu’en dites-vous ?
C’est la même chose à l’envers. Beaucoup d’africains ont quitté leur pays pour fuir la misère, la famine, les guerres, les dictatures. Ils ont été accueillis en France certes pas toujours dans des palaces, mais a priori, pas si mal, puisque beaucoup si sont implantés, y sont restés, ont fait des enfants etc. Au mieux, grâce à leurs salaires, ils se sont construits des maisons au pays d’origine, et vivent des jours heureux au village à la fin, en touchant leur petite retraite française. A la limite, c’est humain. Ce qui est plus gênant, c’est quand ces mêmes franco-africains avec tout ce passif, j’aurais même envie de dire, toute cette générosité, en arrivent à critiquer ce pays d’accueil, à imposer leurs coutumes sans respect pour celles de ceux qui leur ont offert le gite et le couvert et parfois même le salut. Il y a une forme d’ingratitude qui me dépasse. Moi quand je vivais au Mali, j’étais discret le vendredi ou jour de la prière à Bamako. J’ai toujours respecté les us et coutumes des pays où j’ai vécu. Et si le régime ne me plaisait pas, comme ce fut le cas au Venezuela, je partais.
Je ne dis pas que c’est la majorité. Beaucoup de gens de la diaspora font leur vie tranquillement, sans être dans l’imposture. Mais une minorité réclame sans arrêt, refuse les lois républicaines, s’impose, traite les autochtones de « racistes » quand ces derniers essayent juste d’exister, de rappeler les règles, leur identité. C’est certes un problème d’éducation parfois, c’est aussi une posture très française de réclamer en permanence, de braver les interdits, mais je trouve ça choquant. En Afrique, les africains – qui ont une autre mentalité – sont eux-mêmes choqués par cette mentalité. Je ne vous parle pas des franco-africains retournés au pays, je vous parle de ceux qui n’ont jamais quitté l’Afrique. Ils ne s’aiment pas beaucoup d’ailleurs entre eux. Combien de fois ai-je entendu dire d’amis africains de Bamako ou Niamey : « mais pourquoi ne vous faites-vous pas respecter dans votre pays ? ». Ou pire, ils se moquent de nous gentiment en disant : « votre équipe de foot là, elle est africaine ! ». Je leur réponds, voyez, on n’est pas si racistes en France. Imaginez une seconde que la sélection nigérienne ou malienne soit à 90 % blanche… LFI joue sur une corde populiste et sectaire qui a créé un poison durablement inscrit dans les mentalités. C’est triste, car cela a détruit le contrat social qui faisait la force de notre modèle républicain et laïc d’assimilation. Mais après tout, c’est notre faute, à force d’auto-culpabilité, on a accepté d’être fouetté en permanence, et on en redemande. C’est aussi cela la Grande repentance !
Honte à la politique d’Hubert Védrine (le pendant navrant, pour les affaires étrangères, de ce que fut Robert Badinter pour la Justice) et de ses successeurs qui, en y introduisant la moraline, a ruiné l’influence dans le monde de la France ; en Afrique en particulier.
Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral
Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
Gérer le consentement
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
2 réponses
Honte à la politique d’Hubert Védrine (le pendant navrant, pour les affaires étrangères, de ce que fut Robert Badinter pour la Justice) et de ses successeurs qui, en y introduisant la moraline, a ruiné l’influence dans le monde de la France ; en Afrique en particulier.
Malheureusement c est une longue suite de la diplomatie française depuis mitterand que ce soit chirac, jospin, Sarkozy Holland macron…..