Dans le cadre de son plan pour l’arrosage de subventions, la ville de Paris avait soutenu l’année dernière deux associations des 11e et 13e arrondissements afin de lutter contre les « tags sauvages sur les rideaux de commerce » au moyen de fresques (site de la ville de Paris, 17 juillet 2024). Le Parisien (8 juillet 2025) nous apprend qu’elle s’apprête à lancer un nouveau dispositif aux mêmes fins : inciter les commerçants à faire réaliser sur leurs devantures des œuvres artistiques ou des fresques.
Selon un élu socialiste, « s’il y a de l’art, cela incitera les tagueurs à ne pas venir amocher le rideau métallique qui aura été magnifié avec l’art urbain ». A cet effet, une aide financière de 80 % au plus du montant du projet, dans la limite de 1.000 euros, sera octroyée. D’après une source interne, « seuls les projets satisfaisant des conditions définies par la délibération (du conseil municipal) pourront bénéficier de l’aide ». Et les commerçants devront justifier « avoir subi ou risquer de subir » des dégradations, ce qui apparaît pour le moins vague.
Il ne semble pas que cette initiative, officiellement justifiée par le coût annuel de l’enlèvement des graffitis, soit 6,9 millions d’euros en 2024, fasse l’unanimité. Le Parisien cite cette graphiste dont l’œuvre n’a pas tenu trois semaines… On peut en effet fortement douter du caractère dissuasif des fresques face aux élans « artistiques » des tagueurs qui ne se contentent plus du canapé de leur salon ou des murs de leurs chambres pour exercer leurs talents d’exception.
On peut aussi supposer que cette promotion par la Ville de Paris de « l’art urbain », du moins, si l’on comprend bien, d’un bon art urbain (les fresques) face à un mauvais (les tags), fera plaisir à certaines associations, à quelques graphistes et à des commerçants. Et ce, sûrement par le plus grand des hasards, à l’approche des élections municipales de 2026.
Un mauvais esprit se dirait qu’il serait peut-être préférable de poursuivre et de sanctionner les « tagueurs », mais, tout bien considéré, nous conseillerons plutôt de recouvrir le budget de Paris et ses abyssales impasses d’une fresque à la gloire d’Anne Hidalgo.