Journal d'actualité libéral
|
samedi 11 avril 2026

L’affaire Legrand-Cohen : quand l’éléphant (socialiste) est dans la pièce

Temps de lecture : 3 minutes

Dans une actualité politique déjà très agitée, ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Legrand-Cohen » a fait une irruption fracassante. La preuve manifeste de la partialité de journalistes éminents de France Inter a suscité un grand émoi sur les réseaux sociaux et dans certains médias privés. Après un moment d’occultation, le service public et ses soutiens ont réagi avec virulence. Mais force est de constater que ces parades n’ont pas fonctionné pour une raison rhétorique impérieuse : on ne peut ignorer longtemps « l’éléphant dans la pièce ». Même quand cet éléphant est socialiste.

Les propos du journaliste Thomas Legrand, tenus dans une conversation avec des représentants du Parti socialiste dans un bistro parisien, ont posé de façon crue la question de l’impartialité du service public de l’audiovisuel : ils expriment en effet l’engagement clair et net de cet éditorialiste de France inter – qui y associe, sans contradiction, son collègue Patrick Cohen – contre Rachida Dati dans le cadre des prochaines municipales à Paris.

Que dit l’État de droit ?

Voilà qui va diamétralement – ce qui est fort ennuyeux chez des champions inlassables de « l’État de droit » – à l’encontre de la réglementation en la matière, fixée aussi bien par les lois de 1986 et de 2021 que par la jurisprudence du Conseil constitutionnel (décisions de 1986 et 2013). Elle impose au service public « impartialité » et « neutralité ». Et il est à noter, pour une juste appréhension des arguments échangés, que cette obligation ne s’impose qu’à lui, à la différence de celle du « pluralisme » qui s’applique aux chaînes privées. Et ce, pour une double raison : le service public appartient à tous les Français et ne saurait donc être mis au service d’une partie d’entre eux ; il est financé par l’argent des contribuables et son instrumentalisation par tel ou tel constituerait un véritable détournement de fonds publics. C’est donc bien dans cette affaire la question de l’impartialité du service public de l’audiovisuel, financé par les contribuables, qui constitue le cœur du débat. Un débat lourd de conséquences pour lui car il y va de sa crédibilité et de son existence même.

Cadrages défensifs

La gravité de l’enjeu se mesure à la virulence avec laquelle ont réagi les protagonistes et leurs soutiens. Ils y emploient toutes les ressources de la rhétorique – qu’ils maîtrisent parfaitement – pour imposer un « cadrage » alternatif : la pratique courante et  légitime des rencontres informelles entre journalistes et politiques, invoquée par Thomas Legrand qui déclare avoir simplement « pris un café avec deux socialistes » ;  ou bien, réflexe pavlovien de la gauche quel que soit le sujet, la dénonciation, de « l’extrême droite », de ses « manœuvres » et autres « instrumentalisations » ; ou encore, le « mythe de la neutralité journalistique », avec force considérations épistémologiques puisées dans l’abondante littérature de la « déconstruction » ; enfin – et assortie de poursuites judiciaires – l’allégation du caractère « privé » de la rencontre, l’avoir captée et diffusée sans le consentement des intéressés constituant donc un délit.

L’éléphant dans la pièce

Mais voilà : tous ces cadrages – dont l’accumulation même est suspecte et l’argumentation, contradictoire – se heurtent à une considération fondamentale : la dissonance cognitive ressentie par tout un chacun, y compris dans la gauche extrême, au vu des propos tenus par Thomas Legrand face à ses interlocuteurs. Il n’est pas possible en effet, du moins dans une démocratie, d’occulter, de contourner ou de minimiser avec succès ce qui relève de l’évidence pour tous : en l’occurrence, la partialité assumée de journalistes payés par nos impôts. C’est le syndrome bien connu de « l’éléphant dans la pièce » (en l’occurrence, plusieurs éléphants socialistes) : à savoir le fait majeur en cause que l’on s’efforce de masquer mais qui se paie d’une rapide disqualification. Comme l’a fort bien résumé un post sur « X » : Monsieur Legrand, tout le monde a vu. Ça ne sert à rien de nous dire qu’on n’a pas réellement vu ce qu’on a vu. On a vu ».

Cette force impérieuse (et rassurante) de l’évidence permet de comprendre la suspension immédiate de Thomas Legrand et son rapide renoncement à son émission sur France Inter. Cet incident constitue donc un utile rappel, dans une ère de post-vérité, que ce que l’on dit a du sens et des conséquences.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


20 réponses

  1. L’éléphant, c’est l’emblème de la droite. Les Américains le savent bien.
    A gauche, c’est l’âne.
    Et là, dans ce bistrot, il y en avait même deux !

  2. L’audiovisuel public, coûteux et sur-financé par milliards simultanément par l’État et la publicité, ce qui constitue une concurrence déloyale, propulse la propagande d’une caste qui gouverne en niant les votes du peuple depuis le référendum de 2005. Privatisation.

  3. J’ai 75 ans ,dans mon enfance, le « service public « ne l’était pas plus qu’aujourd’hui…
    Les responsable de la propagande socialo-sovietique ont utilisé le social et la culture comme outils de prise du pouvoir depuis qu’ils existent et nous voyons les résultats aujourd’hui dans le monde
    Religions et idéologies (c’est pareil) doivent être combattus et les biais qui sont chers a l’espèce pour protéger ses incroyables croyances également …

  4. Bjr / n’étant pas résident en france j’avoue ne pas baigner dans ces sujets franco français, mais d’abord je ne comprends pas le pb qui n’est pas exposé je pense / car je lis qu’un journaliste discute avec des personnes et émet des opinions personnelles, dans un bistro / tout le monde fait ça … quel est le pb ? la discussion était publique ? si c une discussion privée qui a été enregistrée (?) à l’insu des interlocuteurs, c plutot ces derniers qui devraient être des victimes non?
    bref, l’exposé du pb aurait dû être mentionné en tete de l’article/ Merci pour vos publications en tous cas

    1. Il y a beaucoup de missions de service public qui exigent une neutralité parfaite exigeant de ne pas être influencé par ses goûts, croyances ou préférences personnels qu’on doit réserver à son cadre privé où l’on retrouve sa liberté.
      Cette liberté a-t-elle été respectée? Non!
      Leur objectivité professionnelle est-elle garantie? Non plus!

    2. Effectivement vous n’avez pas compris, ces gens travaillent pour des entreprises d’état payés par nos impôts et ne peuvent pas intervenir sur les antennes publics pour faire de la politique pour un parti quel-qu’il soit.

    3. Ils travaillent pour le public, donc payés avec les impôts des français, ce faisant ils sont tenus à l’impartialité. Or ce sont en fait des militants de gauche qui roulent pour le PS.

  5. A remarquer que malgré le flagrand délit Madame Ernotte soutient Cohen et la qualifie même de journaliste impartial. L’Arcom ne fera rien comme d’habitude envers les gauchistes!

  6. Patrick Cohen, enfin pris les doigts dans le pot de confiture ! Sa « propagande insidieuse » , et son sourire de fourbe sont insupportables. J’espère qu’il sera mis au placard… sa comparse, de fait, se calmera peut-être aussi en terme de prise de position politique…

  7. Il a été reproché au parti RN de détourer l’argent de L’UE pour rémunérer les assistants parlementaires travaillant pour ce parti et non pour l’UE.
    Les personnels de l’audiovisuel public font la même chose dans la mesure où leur rémunération sert à défendre les idées d’un parti politique et non le pluralisme des idées.

  8. Cette histoire revèle à quel point ce pays est gangréné par le socialisme. Voila deux tenors de la radio et de la télévision d’Etat qui rencontrent deux caciques du PS, (ce parti représentant 2% de l’électorat!!!)pour déterminer la stratégie future de l’information en vue des prochaines échéances électorales. Mr Legrand en outre éditorialiste dans le journal d’extrème gauche (Libération lui aussi tenu a bout de bras par le contribuable) annonce qu’il va « s’occuper de Rachida Dati!!!Un tel propos aurait dû entrainer le licenciement immédiat du journaliste qui n’est que!! suspendu. Quant à cohen il continue à sévir à la Télévision. Question quand l’Arcom va-t-elle intervenir? Dernière remarque, quant deux journalistes rencontrent des caciques d’un parti dans un cafe, ils pratiquent une activité professionnelle et non Privée!!!

  9. Bonjour,
    Il n’est pas question de savoir si une discussion entre des responsables politiques et des journalistes est de nature privée ou publique. Ne faisons semblant de ne pas comprendre !
    Un éclairage apparaît nécessaire à certains, il s’agit d’entendre des propos tenus par deux journalistes qui Å“uvrent sur des chaînes du service public.
    Il est peut-être utile de rappeler que les radios et télés du service public sont tenues, par la réglementation, à la neutralité.
    Pourquoi donc ? Parce qu’elles vivent des deniers publics, c’est-à-dire de fonds du contribuable qui apporte environ 4 milliards d’euros par pour notamment payer les journalistes. N’étant pas, semble-t-il, contribuable en France, vous ne vous sentez pas concerné !
    J’espère que cette explication a permis de vous éclairer sur la problématique exacte…
    Cordialement.

  10. Les pratiques sont apparemment tolérées par leur direction, voire encouragées dans le cas où elles sont « de gauche » : Elise Lucet le fait en permanence en prétendant faire de l’information alors qu’elle fait du militantisme gauchiste et verdâtre, dénigrant des personnes et des entreprises.
    Ce qu’il faut, c’est privatiser toutes les chaînes publiques radio et télé pour n’en conserver éventuellement qu’une seule sans publicité et sans politiciens, consacrée de manière transparente à l’information institutionnelle.
    Vive le libéralisme !

  11. Il n’y a que les sourds et les aveugles qui peuvent-être surpris par les orientations politiques et sociétales des présentateurs des chaines de radio et télévision publique. Monsieur Demorand n’a t’il pas été directeur du journal Libération, P Aski n’est-il pas journaliste au Nouvel Obs, etc. Tout cela se reflète aussi dans le choix des invités, par exemple lorsqu’il y a un conflit social, on invite plutôt un représentant syndical qu’un membre de la direction de l’entreprise. Dans un autre domaine, la directrice de radio France qui répondait à la question d’un auditeur qui se plaignait de l’absence de formation scientifique des journalistes tout en reconnaissant ce fait, annonçait que pour y remédier allait être envisagé un stage de 2 semaines auprès du GIEC. Tout est dit, circulez, il n’y a rien à voir.

  12. Dans l’idéal les journalistes de médias publics seraient impartiaux et désintéressés. Mais à fréquenter le pouvoir et la jouissance, la tentation est grande de s’en affranchir et c’est tellement plus gratifiant pour leur égo.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.