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vendredi 6 février 2026

L’apprentissage de la lecture : le talon d’Achille de l’éducation nationale française

Temps de lecture : 4 minutes

apprentissage de la lecture

Plus de sept ans après la mort (toute théorique) de la méthode globale, le niveau des élèves français en lecture continue de se dégrader, atteignant des niveaux dramatiquement bas. La méthode syllabique n’est d’ailleurs pas vraiment appliquée par les professeurs des écoles, qui la combinent souvent avec la méthode globale dans un fouillis préjudiciable à l’enseignement.

Durant l’été 2017, dans la foulée de la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, le tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait jeté un pavé dans la mare en critiquant vertement la méthode globale d’apprentissage de la lecture et en annonçant que la méthode syllabique serait désormais généralisée.

Les neurosciences ont prouvé ce qu’un esprit censé aurait déjà pu constater intuitivement : les pédagogies issues de mai 68 sont un échec et ont leur part de responsabilité dans la baisse de niveau des élèves français.

Schématiquement, apprendre à lire, c’est faire le lien entre des lettres et des sons : la méthode syllabique part de la syllabe pour aller vers le mot, la méthode globale fait l’inverse. La première assemble les lettres en syllabes et ensuite en mots, la seconde se base sur leur reconnaissance visuelle.

En janvier 2024, deux députés chargés d’une mission d’information, Annie Genevard et Fabrice Le Vigoureux, ont publié un rapport confirmant la chute abyssale du niveau de compréhension écrite de nos écoliers et l’urgence d’y remédier.

Oui, le niveau baisse dans l’éducation !

Au mois de juin de l’année dernière, déjà, la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) avait sorti une étude sur les résultats des tests de la journée de défense et de citoyenneté (JDC). Il s’agissait d’évaluer les capacités de toute une génération à sa sortie du système scolaire, dans plusieurs domaines[1].

Les résultats pour l’année 2022 étaient édifiants : le niveau n’était satisfaisant que chez 65 % des élèves, il était moyen pour 13,9 %, médiocre pour 10 % et les 11,1 % restant étaient illettrés ou proches de l’illettrisme.

Contrairement à ce qu’on a entendu dans les débats publics, le niveau d’expression écrite décroît régulièrement depuis 40 ans. La DEPP observe depuis 1987 les résultats d’une dictée, toujours la même, effectuée chaque année par des élèves de CM2 : le nombre de très mauvaises copies (+ de 25 fautes) a quadruplé et les mauvaises copies (+ de 15 fautes) sont désormais majoritaires (63 %) alors qu’elles ne représentaient qu’un tiers de l’ensemble les premières années, ainsi que le montre le tableau suivant :

niveau entre 1987 et 2021

En classe de CE1, c’est à dire un an après avoir commencé à apprendre à lire, 47 % des élèves sont incapables de déchiffrer 50 mots à la minute comme ils seraient censés de le faire. Après la fin de l’école élémentaire, en classe de sixième, c’est à peu près la même chose : 45% peinent à lire un texte sans trébucher sur les mots.

L’enquête PISA 2022, c’est-à-dire la dernière en date, confirme ce constat : avec 474 points en compréhension de l’écrit, le niveau des petits Français a perdu 19 points depuis 2018 et 32 points en dix ans. Même si, globalement, le score des pays de l’OCDE est en recul, l’Hexagone se distingue par de plus mauvais résultats que ceux des pays occidentaux disposant d’une économie comparable, comme le Royaume-Uni ou le Canada (494 et 507 points) et fait même moins bien que certains pays moins développés, comme la Pologne (489 points).

Au mois de juin, le haut-commissariat à la stratégie et au plan découvrait l’eau chaude et se demandait s’il fallait s’inquiéter de la baisse de niveau des élèves. Concernant la compréhension de l’écrit (littératie) la chute est nette à partir de la génération née en 1995 comme le montre le graphique suivant :

La méthode globale continue d’infecter insidieusement l’enseignement du français.

La très grosse majorité des études scientifiques s’accordant sur la supériorité de la méthode syllabique, l’administration avait édité en 2019 un guide, dit « guide Orange », pour l’expliquer et en faciliter l’application. C’est un semi-échec, puisque seuls 3,4 % des enseignants l’utilisent telle quelle, la majorité lui préférant des méthodes mixtes. Ils sont encore 94 % à travailler avec des mots-outils, issus de la méthode globale, que les enfants mémorisent sans devoir les déchiffrer ; et 31,9 % d’entre eux se servent de textes faisant fortement appel à la mémorisation par l’image.

Jérôme Deauviau, auteur d’une étude évaluant ces méthodes mixtes, constate pourtant qu’elles sont moins efficaces que la méthode syllabique : le nombre de mots lus à la minute par l’enfant est inférieur de 10 à 15 % et le degré de compréhension écrite, de 12 à 17%.

Malgré l’évidence, le gros du corps enseignant s’obstine à défendre les restes d’une pédagogie post soixante-huitarde forgée en dépit du bon sens, et l’exécutif, malgré sa volonté affichée, n’a  pas été capable d’y mettre un terme. L’échec de politiques publiques peu ambitieuses, sans cesse entravées par les syndicats d’enseignants, est naturellement plus général, mais particulièrement grave en matière d’éducation : si les écoliers français ne s’améliorent pas, c’est tout le pays qui en subira les conséquences.

A défaut pour l’école publique de savoir rétablir la méthode syllabique, que pour le moins l’Etat favorise la création d’écoles privées en instituant des bons scolaires. Si elles veulent garder leurs élèves, la concurrence obligera bientôt les écoles publiques à faire ce que le ministère n’a pas obtenu d’elles.


[1] A savoir : la capacité à effectuer un traitement complexe d’un texte, l’automaticité de la lecture et le niveau de vocabulaire.

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18 réponses

  1. Il est proprement stupéfiant de voir le temps que mettent chez nous les impostures et les imposteurs à être démasqués . Notre pays n est pas celui de la raison mais bien celui du culte de la déraison. Les anglais ont arrêté ces méthodes ubuesques en 2005 . Pour plus de détails : lire-ecrire.org/methode-de-lecture-angleterre-usa-australie/
    Une telle obstination dans l erreur, un tel aveuglément, une telle lâcheté chez nos dirigeants est révoltante et espérer quelque chose d eux est tout simplement grotesque.

  2. Et encore, la statistique part de 1987 ! Si elle débutait en 1960, ce serait encore pire !

  3. Oui, concurrence entre les établissements, assortie de la suppression de la carte scolaire, liberté de choisir son école, responsabilité du chef d’établissement de choisir et encadrer ses professeurs et publication des résultats, école par école…

  4. Mais non tout va bien….
    Pourquoi s’inquiéter ?
    Le fait de le reconnaître c’est mettre le nez dans leurs erreurs. Ils préfèrent donc fermer les yeux et continuer sur leur belle lancée de fabrique d’ignorants ! Les ânes braient et ne réfléchissent pas trop ! En vrai que les gueux soient un peu bête et serviles arrange bien leurs affaires non ?
    Ils se rejeteront la faute et rien ne leur sera imputé. Aucun compte à rendre. Et hop ça passe crème comme on dit.

  5. Et c’est sans compter sur la résolution de problèmes mathématiques simples. Allez résoudre un problème en lecture globale sans savoir décomposer son énoncé….il faut d’abord réapprendre à lire. C’est ce que nous avons dû faire avec une de nos filles.
    De même pour l’analyse grammaticale et l’analyse logique…..On peut aussi supposer une baisse de l’esprit critique….pour en faire des moutons ?

  6. L’éducation nationale et ses dogmes, La méthode globale pour la lecture, la téhorie des ensembles pour les maths, la phonétique si rébarbative dans les débuts d’apprentissage des langues…..ect. Ou comment mettre en échec un grand nombre d’élèves.

  7. Malgré des résultats toujours plus mauvais, notre Education Nationale continue de sommeiller forte de ses personnels bien teintés à gauche. Le niveau est bas ? Qu’importe il suffit de hausser artificiellement les notes, il suffit de voir les lauréats du baccalauréat.

  8. La méthode globale, post soixante-huitarde, c’est une plaisanterie. J’ai soixante quatorze ans et j’ai appris avec cette méthode, pour le meilleur et pour le pire. Je ne crois pas que le problème soit seulement la, les groupes de niveau et une pédagogie plus active et plus personnalisée, et libérée pourraient faire beaucoup plus.

  9. Pas de panique, vous allez vous entendre que ce n’est pas grave, « l’intelligence artificielle » comblera les lacunes à défaut des capacités réelles ! C’est désolant !

  10. Pour avoir aidé des enfants à lire autrement qu’avec cette méthode invraisemblable, j’ai eu tout loisir d’en apprécier les défauts ! Mais au fait, les enseignants refusant d’abandonner la méthode globale n’auraient-ils pas eux même appris à lire selon cette méthode ?
    Le niveau de nos « PROFESSEURS DES ECOLES » est-il à la hauteur des diplômes qu’ils sont censés avoir ?

    1. La différence entre un instituteur et un professeur des écoles, c’est tout simplement qu’un instituteur s’exprimait dans un français correct, voire élégant et écrivait sans faute d’orthographe (j’ai 73 ans).

  11. Bonjour Mr recoupé,
    Ce n´est pas parce que certains ont réussi à ré0chapper d´un poison qu´il n est pas toxique .
    J´ai 69 ans , scolarité normale jusqu´ en seconde C (mathématiques) que j´ai redoublé assez brillamment avec un autre prof, retombé sur le premier en première C .j´ai été exfiltré en terminale A4 poubelle du lycée.
    Viré de philo en février par une prof nulle qui est devenu documentaliste l´année suivante après 10 de candidature l´agrégation j´ai eu le bac avec 15en philo apprise tout seul sur un manuel datant de l´occupation où les cours étaient aléatoires par endroit et les manuels pas si mal faits apparemment…
    19 en math et en Histoire Geo, j´ai fait médecine puis l´internat et une spécialité de radiothérapie assez dépendante de la physique.
    J´ain69 ans, retraité, je croule sous les demandes de remplacements que j´honore par compassion pour mes collegues débordés et les patients en déshérence…
    Je bosse pour le plaisir grassement payé comme ´mercenaire ´ par les hôpitaux qui me chipoter une note d´hôtel à 61 € nuitée et petit déjeuner car les textent plafonnent a 57.8€…
    Actuellement je n´aurai pas le droit de m´inscrire en médecine.
    Ce qui me sert le plus c’est l´anglais appris en 3 ème avec une prof motivée et motivante…
    Ce n´est pas parce que certains arrivent à s´en tirer dans un système déliquescent qu´il faut continuer dans gabegie!
    Bien cordialement à tous

  12. Le tableau n’est pas homogène : la méthode de lecture donnée pour 2021 ne fonctionne pas pour les autres années. Il faut le rectifier. Dommage, le papier est intéressant.

  13. « leur part de responsabilité » ? C’est la part à 50% et les 50 autres sont dus à l’import en flux tendu d’enfants dont les parents ont, au mieux, une notion approximative de la langue de ce pays ouvert à tous les vents .

  14. Ancien Instituteur, j’ai eu durant deux ans une classe de CE2 (1969-70) puis j’ai vécu à l’étranger avec mes 4 enfants qui n’allaient pas à l’école locale . Je leur ai montré à lire et écrire. Ils avaient de 7 à deux ans. En Octobre 70 ils ont été mis en Bretagne dans des écoles où ils se sont d’emblée sentis à l’aise. Les deux ainées ont sauté une classe. C’était juste les prémices de la méthode globale à laquelle ils ont eu chance d’échapper.

  15. Tout le monde sait depuis des lustres que cette méthode globale est une des raisons principales de l’échec scolaire. C’est une fabrique à dyslexiques et ça fait la fortune des orthophonistes. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai mis ma fille dans le privé car l’apprentissage de la lecture se fait avec la méthode syllabique. Certes c’est un peu plus long au démarrage et cela demande aussi plus de travail aux parents car tous les soirs il faut entraîner l’enfant à lire une ou deux pages mais par contre le résultat est excellent. À 6 ans ma fille était capable de lire correctement des notices de médicaments (je me servais de ça pour tester ses capacités de lecture) evidemment elle ne comprenait pas mais par contre elle lisait sans faire de fautes … faites le test avec un gamin qui a appris à lire avec la globale …. Mais les instits sont majoritairement de gauche et n’accepteront jamais d’une, de reconnaître leurs torts et de deux, que le privé a raison … Ah l’idéologie….

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