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vendredi 13 février 2026

L’Argentine, entre cinq siècles de turbulences et le pari Milei

Temps de lecture : 2 minutes

Dans un article publié le 21 décembre 2024 dans le Journal des Libertés, Nathalie Janson, professeure associée à Neoma Business School et enseignante à Sciences Po, s’intéresse à l’Argentine, pays d’Amérique latine riche en ressources naturelles, et souligne l’importance capitale des institutions dans le destin d’une nation. L’histoire de l’Argentine, qui s’étend sur plus de cinq siècles, est marquée par une succession de périodes de prospérité et de phases de déclin, dont la qualité des institutions constitue souvent la clé d’explication.

Dès le XVIe siècle, avec la colonisation européenne, l’Argentine fut un territoire stratégique, mais son organisation institutionnelle demeurait rudimentaire. Ce n’est qu’après la déclaration d’indépendance en 1816 que le pays tenta de bâtir un système politique propre. Cette tentative fut rapidement compromise par des luttes internes, notamment sous la domination du caudillo Juan Manuel de Rosas, qui dirigea un régime autoritaire entre 1829 et 1852. Ces décennies d’instabilité freinèrent la construction d’institutions solides, pourtant indispensables au développement économique.

La Constitution de 1853, largement inspirée du modèle américain, représenta un tournant majeur. L’influence intellectuelle de Juan Bautista Alberdi, fervent défenseur de la liberté économique et politique, contribua à poser les bases d’un système stable. Ce cadre institutionnel favorisa les investissements étrangers, notamment britanniques, permettant à l’Argentine de devenir l’une des économies les plus dynamiques du monde à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. La croissance soutenue encouragea la montée d’une classe moyenne et une amélioration notable du niveau de vie, plaçant le pays parmi les nations les plus prometteuses de son temps.

Pourtant, cette stabilité institutionnelle et économique s’éroda progressivement dès les années 1930. Une série de coups d’État militaires, conjuguée à la montée de politiques populistes, fragilisa les fondements mêmes de la démocratie. Le péronisme, en particulier, incarna cette époque : il contribua aussi à affaiblir les institutions, à multiplier les interventions étatiques dans l’économie et à creuser les déséquilibres budgétaires.

Ce cycle infernal se perpétua tout au long du XXe siècle, avec des crises économiques récurrentes, hyperinflation, dévaluations et endettement croissant. Les institutions démocratiques furent fréquemment suspendues ou affaiblies, ce qui entraîna une perte de confiance des citoyens et des investisseurs. La période 2013-2023 symbolise tragiquement ce déclin : la pauvreté explosa, passant d’environ 10 % à plus de 45 %, tandis que l’inflation atteignit des sommets hyperinflationnistes, dépassant 300 %. La fragmentation institutionnelle et le clientélisme aggravèrent ce cercle vicieux.

Dans ce contexte de crise profonde, l’élection en décembre 2023 de Javier Milei est une tentative de rupture. Sa promesse de reconstruction repose sur une réforme radicale des institutions et de l’économie, incluant une réduction drastique des dépenses publiques, une dérégulation importante et la proposition audacieuse de dollariser l’économie afin de restaurer la stabilité monétaire. Si ces mesures séduisent certains partisans en quête de changement profond, elles suscitent bien sûr des interrogations quant à leur faisabilité et leurs conséquences sociales. Mais elles sont porteuses de grandes promesses.

L’Argentine illustre combien la qualité des institutions est un pilier fondamental de la prospérité et de la stabilité d’un pays. La réussite économique et sociale ne peut être durable sans un cadre institutionnel solide, transparent et respecté. La trajectoire argentine constitue un exemple saisissant des risques liés à la fragilité institutionnelle : une promesse de grandeur vite contrariée par la décadence, et un défi permanent pour chaque nouvelle génération de dirigeants. Pour le moins, Milei semble avoir conscience des enjeux.

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12 réponses

  1. C’est une manipulation, le mot socialisme n’est mentionné une seule fois. C’est le socialisme qui a ruiné l’Argentine et c’est le libéralisme de Milei qui est la rupture. Ce n’ets pas seulement « une diminution drastique des dépenses publiques ». C’est la destruction de l’état socialiste.

      1. Le fascisme est une forme de socialisme, sans conteste. En témoignent les expériences du troisième Reich et de l’Italie mussolinienne.

    1. Étonnant cet exemple de la langue de bois utilisée par l’université française : le mot populisme qui dans ce cas précis masque de manière adroite la faillite du socialisme.

      Un autre professeur pourrait nous expliquer les raisons de ces séries de coup d’état militaire dans ce pays ?

    2. La politique de Milei appellera à plus ou moins brève échéance un retour de balancier car le libertarianisme est généralement le faux nez de la vieille droite, on le voit bien avec l’auteur du meme « Nicolas qui paie » qui se déclare « minarchiste identitaire », ce qui revient à vouloir à la fois une chose et son contraire…

    3. Depuis 1 siècle les difficultés de l Argentine sont dues essentiellement a un modèle étatique et bureaucratique avec un fort corporatisme que ce soit sous la forme du peronisme qui a navigue du fascisme au socialisme, de dictatures militaires……
      Le clientélisme et la démagogie conduisent toujours dans le mur!!!!!

  2. C’est une lecture bien lointaine de la complexité de l’histoire politique et économique de l’Argentine. Puis vouloir dire que les mesures de restriction économique sont en soi une stabilisation du pays revient à croire que l’économie prévaut par dessus le Developpement du pays au sens large. Il est en train de détruire le tissu économique des PMEs et il est en train de couper « à la tronçonneuse » tous les institutions de recherche et de développement durable nécessaire plus que jamais pour un pays qui ne fait que produire des matières premières dérivées de l’agriculture et de l’élevage. Un non sens total. L’Argentine bascule systématiquement et dramatiquement entre une gauche populiste et une droite qui vend tout au meilleur prix (souvent étranger). Rien de nouveau avec le président actuel. Ni la gauche ni la droite argentines ont été capables, depuis des décennies, de construire une économie et une démocratie fortes avec un projet pays à long terme. Seul Peron a essayé de développer l’industrie lourde (avec tous les excès qu’on lui connaît en matière de corruption et de populisme). Et ça a été combattu par la droite des années 70 (la dictature), qui a cru bénéfique de confronter l’agriculture et l’industrie, comme si elles devaient être forcément antagonistes. Un désastre qui se perpétue. Aujourd’hui c’est l’antagonisme entre ceux qui veulent préserver la seule source économique (le sol) et ceux qui veulent l’exploiter sans se soucier de ce qui viendra. Le « court-terme » dans les idées continue d’être présent et de nuire à un pays qui en principe avait tout pour réussir.

  3. Frédéric Bastiat ou Jacques Rueff en leurs temps, ont montré que la démagogie électorale démocratique conduisait à l’inflation étatique. Le peuple accepte les période de croissance mais refuse les périodes de récession, et exige donc que les politiciens « lissent » les cycles économiques. C’est la porte ouverte à la démagogie. Pour être élu, les politiciens n’ont d’autre choix que de faire des promesses fallacieuses. Parvenus au pouvoir, il leur reste deux solutions : répudier une partie des promesses, et réaliser l’autre partie sous forme de planche-à-billets. Cela entraîne « l’âge de l’inflation » comme l’a écrit Rueff et conduit à un « totalitarisme lent ». Et nos démocraties ne peuvent hélas pas sortir de cette ornière car la conscience économique y est trop faible. Et quand je lis la presse prétendument libérale (Le Figaro, L’Opinion, Les Echos, etc.) je me dis que ce n’est pas près de changer ! Les « milieux économiques » dominants se complaisent dans le capitalisme de connivence, en parfaite symbiose avec les démagogues keynésiano-marxistes en face. D’ailleurs, Javier Milei s’est fait élire par le petit peuple à la fois contre la nomenklatura socialiste et contre les capitalistes de connivence. C’est regrettable… j’aurais rêvé que les grands capitalistes français prennent en main le combat libéral dans l’intérêt de tous et de la paix civile. Mais il faut croire que cela n’intéresse pas grand monde en-dehors des gens isolés comme nous.

  4. Absolument d’accord avec anibal: l’auteur tourne autour du pot au lieu d’appeler un chat un chat: « Plans économiques quinquennaux, réglementation lourde du travail et de l’économie, État redistributeur » = dirigisme socialiste chimiquement pur. Il provoque “toujours et partout (…) un phénomène d’appauvrissement. Les pays qui l’ont expérimenté ont échoué, économiquement, socialement et culturellement. Il a aussi tué plus de cent millions d’êtres humains. À l’opposé, non seulement le capitalisme de libre-entreprise est le seul système capable de mettre fin à la pauvreté dans le monde, mais il est aussi …le seul système pour y parvenir qui soit satisfaisant moralement. » C’est le discours que Xavier Milei a tenu au sommet de Davos de 2024, rivant leur clou aux anti-libéraux, partisans de l’économie planifiée et collectiviste.
    JF Revel écrivait la meme chose dans La Grande Parade, essai sur l’utopie socialiste, en 2000. 25 ans plus tard les mêmes causes produisent les mêmes effets.

  5. N’en déplaise aux gauchistes bien pensants, Milei, largement élu avec 55% des voix et toujours aussi populaire, est en passe de réussir son pari. Depuis son arrivée à la présidence, le pays a enregistré son premier excédent budgétaire et l’inflation, qui atteignait 25 % par mois, est tombée à 2,7 %. La pauvreté n’a que faiblement augmenté, alors que les dépenses publiques ont été réduites de 30% et le chômage est en baisse.

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