Journal d'actualité libéral
|
mercredi 10 juin 2026

Le collapsologue Paul R. Ehrlich, qui s’est trompé sur tout, est mort à l’âge de 93 ans

Temps de lecture : 2 minutes

Biologiste, démographe et professeur à l’université de Stanford, Paul R. Ehrlich a rendu l’âme le 13 mars 2026 à l’âge de 93 ans. C’est en 1968 qu’il publia The Population Bomb (La Bombe P), l’ouvrage qui l’a fait connaître et dans lequel il prédisait une famine inévitable d’ici 1980 à cause de la croissance de la population mondiale. Une thèse qui s’est révélée fausse, encore plus avec le recul. Entre 1970 et 2022, la population mondiale est passée de 3,69 milliards à 8,02 milliards d’êtres humains, soit une augmentation de plus de 117 %. La part vivant dans une pauvreté extrême (et donc plus susceptible de mourir de famine) n’était plus que de 10,8 % en 2022, contre 43,39 % en 1990. Autrement dit, l’humanité n’a jamais été aussi nombreuse, riche et n’a jamais autant consommé, sans qu’il en résulte pour autant un effondrement civilisationnel.

Ce n’est pas tout. On observe une baisse de la natalité dans presque tous les pays du monde depuis au moins les années 50, sans que des politiques criminelles de type stérilisation forcée n’aient été mises en œuvre (ce que défendait Ehrlich dans Ecoscience: Population, Resources, Environment).

La vision d’Ehrlich était simpliste parce que linéaire, quand elle ne tombait pas dans le scientisme. La réalité des chiffres était-elle suffisante pour la remettre en cause ? Quarante ans après la publication de son ouvrage, et après avoir perdu définitivement son pari sur l’épuisement des ressources, Paul R. Ehrlich était toujours persuadé d’éclairer, d’une manière ou d’une autre, la « crise alimentaire, énergétique et environnementale ». Selon lui, il fallait décider entre « un maximum de personnes sur terre (…) avec un niveau de vie minimum ou bien une population beaucoup plus restreinte qui permette aux individus d’avoir le choix entre plusieurs styles de vie ».

Voilà toutefois un facteur qu’il a sous-estimé : l’ingéniosité humaine permettra toujours à l’homme de trouver des solutions et d’optimiser l’usage des ressources à sa disposition. C’est la raison pour laquelle considérer l’être humain comme une simple bouche à nourrir est une erreur fondamentale – en même temps si fréquemment répandue chez les partisans contemporains de la théorie de l’effondrement ou de la décroissance.

De l’économiste Thomas Malthus au XVIIIème à l’anatomiste Georges Cuvier au XIXème, chaque époque connaît son collapsologue. Les thèses d’Ehrlich étaient probablement plus révélatrices de sa misanthropie que d’un réel souci du bien-être des hommes sur Terre, ou d’une volonté d’améliorer leur condition tout en préservant l’environnement.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


16 réponses

  1. « l’ingéniosité humaine permettra toujours à l’homme de trouver des solutions et d’optimiser l’usage des ressources à sa disposition »

    En effet et une des façons d’optimiser les ressources de la planète est de réduire la natalité ce qui est en cours depuis des années, sans que l’on en connaisse vraiment les causes qui semblent diverses et largement hors d’un contrôle conscient de l’humanité.

  2. On ne peut pas mieux dire. Merci pour votre article que je me permettrai de diffuser dans mon entourage dans lequel il y a un paquet de gens anxieux justement à cause de ce sale type mais qui le vénèrent comme ils vénèrent un autre imposteur notoire en la personne de René Dumont (qui n’a pas eu la francisque comme notre rescapé de la quatrième qui a fini sa carrière à l’EHPAD de l’Elysée mais qui la méritait tout autant).
    Sincères salutations.

  3. Son livre était distribué à tous les étudiants dans l’université américaine à la rentrée scolaire en 1969 où je suis arrivé en tant que graduate student en chimie.
    Le msg était d’encourager les étudiants de contrôler les naissances.
    J’avais lu ce livre mais je n’ai gardé en mémoire que ce msg.
    C’était sûrement pessimiste mais malgré tout notre terre a un réservoir de ressources naturelles qui est fini, donc ce type d’interrogations est légitime.

    1. Personne ne sait si le réservoir de ressources naturelles est fini…On en découvre tout le temps..

      1. Par exemple, il y a x tonnes de pétrole naturel sur terre. On ne connaît pas bien x. Mais x existe. C’est comme ça et pas autrement.

      2. Ce que vous dites est une négation profondément absurde des règles élémentaires de la physique, monsieur Lecaussin…

  4. je suis un peu surpris qu’on puisse dans un même mouvement déplorer le « scientisme » de Paul Ehrlich et écrire quelques lignes plus loin: « l’ingéniosité humaine permettra toujours à l’homme de trouver des solutions… », conviction qui traduit elle-même un attachement viscéral aux mérites de la science.

  5. En 1968 Ehrlich traduisait la grande peur de l’époque, la surpopulation. Heureusement la Nature a résolu le problème d’elle-même : la population mondiale n’a pas atteint les 10 milliards mais semble se diriger vers 8 milliards d’humains (sans que les démographes ne l’explique clairement), de plus, le CO2, essentiellement d’origine naturelle, a boosté les récoltes, et le risque de voir débarquer des réfugiés de la faim a quasiment disparu.
    Gageons que Dame Nature trouvera aussi une solution de rafraîchissement pour nous sauver du cruel dérèglement climatique qui nous menace à son tour…😊

  6. Il a sans doute fait des projections fondées sur des tendances passées, on fait tous cela (c’est dans la nature de l’homme de tout anticiper à partir de relations linéaires). Ses conclusions se révèlent fausses mais ont permis sans doute de la réflexion.

    1. Oui, mais le problème n’est pas tant de se tromper que de s’entêter même quand la réalité vaut donne tort.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.