Journal d'actualité libéral
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mardi 21 avril 2026

Le « moment Lisnard », pour sortir du désordre ?

Temps de lecture : 3 minutes

Sur le grand toboggan des finances non maîtrisées, la France croise chaque jour les nations qui prouvent, à l’inverse, que le déclin n’est pas une fatalité. C’est la France qui tombe de Nicolas Baverez (dès 2003), la France défaite du Toujours plus ! de François de Closets (2006), celle dont les finances en désordre sont la marque d’une nation qui s’abandonne (P. Mendès France). C’est la France d’Emmanuel Macron. On pense ici à cet humoriste qui faisait dire à un homme politique : « l’an dernier, nous étions au bord du gouffre ; depuis, nous avons fait un immense pas en avant ».

La France est aujourd’hui à un de ces moments critiques dont son Histoire fut parsemée. Critiques, aux deux sens du mot. Si on ne fait rien, la situation peut basculer, et le pire n’est pas exclu. Si on agit, il faut être prêt à trancher, et à braver l’impopularité, inévitable dès que les privilèges et rentes catégorielles entrent en résistance. Ainsi a-t-on connu un « moment Turgot » (1774-1776) ou, plus tard, un « moment Rueff » (1958).

Au lendemain des élections municipales, quel « moment » vivons-nous ? Chaque jour qui se lève voit s’allonger la cohorte des candidats qui ne pensent qu’à 2027, indifférents au test de leur pré-admissibilité : « où étiez-vous et qu’avez-vous fait entre 1981 et 2026 ? ». Mêlés à ces élections, dans leur partie la plus médiatique, ils ont ignoré les applaudissements les millions de Français qui avaient choisi leur maire au premier tour ! Parmi ces maires, il y a David Lisnard. Réélu à Cannes pour la deuxième fois, il est le maire le mieux élu de France (villes de plus de 30.000 habitants). En 2023, il fut déjà réélu président des maires de France, une fonction qui exige sens du dialogue et tolérance. David Lisnard publie aussi, ici et là, ses analyses sur tous les grands sujets qui sont au cœur du déclin national : retraites, école, risques climatiques, droit de propriété, insécurité, autorité de l’Etat… Tout cela est porté par une pensée authentiquement libérale, celle de Montesquieu, Turgot, Tocqueville. Et si le moment présent était un « moment Lisnard » ?

1774, 1958, 2027 : certes, les époques sont différentes. Les hommes aussi. Mais il y a des points communs. Dans les trois cas, le désordre des finances menace de muter en drame politique. Dans les trois cas, le secret de la réussite n’est pas dans la technique, mais dans le courage politique. Celui-ci fit défaut au roi en 1776 : au bout du chemin il y eut 1793. Il fut au rendez-vous en 1958, et ce fut globalement un succès. Le bon sens libéral était du côté de Turgot. La leçon est claire pour 2027. Turgot et Rueff ont dit la vérité aux français et au chef de l’Etat : sur l’état des lieux, sur sa dangerosité, sur le chemin du redressement.

Pour l’un, sa lettre au roi (1774) est un monument historique. Elle vaut acceptation de la fonction risquée de contrôleur général des Finances. Elle porte aussi un discours de la méthode pour remettre les choses à l’endroit. L’essentiel de ces quatre pages tient en dix lignes. « Point de banqueroute… Point d’augmentation d’impôts… Point d’emprunts… (pour cela), il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette (…) C’est donc surtout de l’économie que dépend la prospérité de votre règne, le calme dans l’intérieur, la considération au dehors, le bonheur de la nation et le vôtre ». Non, ce message très « actuel » n’a pas été écrit en 2026. Dans les allées du pouvoir, les petits marquis marchaient trop vite pour l’entendre. Puis manqua la volonté de faire, et aussi le courage de dire non. On connaît la suite.

Pour l’autre, s’il y eut un « moment libéral » dans le retour du général de Gaulle, ce fut bien l’installation discrète du comité Rueff, à l’automne 1958. C’était un comité restreint et discret, bien loin des festivals mondains que l’on connaîtra plus tard. En 1934, Jacques Rueff expliquait « pourquoi, malgré tout, je reste libéral ». Vingt-quatre ans plus tard, il confirme : à ses yeux, et vu la gravité de la situation, c’est la seule manière de remettre les choses à l’endroit. A de Gaulle qui estime que « sur tous les postes à la fois, nous sommes au bord du désastre » et lui dit : « en somme, l’alternative, c’est le miracle ou la faillite … J’adopte le projet des experts », Jacques Rueff répond sobrement : « j’accepte que l’opinion que vous aurez de moi à l’avenir dépende entièrement du résultat obtenu ». En une ligne, c’est, en quelque sorte, sa « lettre de Turgot ».

Le « moment Lisnard » serait un retour à Condorcet : « (la dépense publique a pour limite) le point où l’utilité de la dépense devient égale au mal produit par la contribution » ; un moment apaisé pour un peuple énervé qui n’aime pas que, par gros temps, le capitaine ne sache pas où il va ; une mise en ordre des comptes pour que la France reprenne la maîtrise de son destin. Prévoir ne suffit pas. Gouverner, c’est préparer.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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10 réponses

  1. La France est dans le pétrin ou les mêmes, réélus de mandats en mandats, l’ont conduite. Pour l’en sortir il ne faut pas compter sur les médiocres qui l’y ont mise! Il faut les virer et pour cela il n’y a que Knafo et Lisnard.

    1. De Gaulle (et Rueff avec lui) n’est pas venu au pouvoir avec un discours de simple rigueur économique… Je le déplore, mais c’est ainsi… Nous risquons simplement de nous retrouver avec un second tour RN-LFI.

  2. Je soutiens Lisnard, mais pour qu’il monte dans les sondages avec un discours rationnel qui sera dépeint par les médias comme d’austérité ça ne va pa être facile. Il va falloir que rapidement il puisse élargir son cercle de soutiens.

  3. Les français vont devoir choisir entre:
    A gauche, un ravin.
    Au centre, un mur.
    A droite un route.
    Ce n’est pa compliqué !

  4. Il n’y aura malheureusement pas de « moment Lisnard » car sa candidature n’a pas été bien préparée et ce départ de LR est bien trop tardif.
    Une candidature qui ne sert pas qu’à monnayer le soutien de 2% de l’électorat se prépare très en amont. Bien plus en amont.
    De plus, ceux qui connaissent son parti de l’intérieur savent bien que cette ambigüité qu’il dénonce à LR existe aussi au sein de son parti Nouvelle Energie qui recycle énormément d’anciens macronistes, énormément de gens qui n’ont aucun intérêt à une véritable rupture.
    On parle de Knafo/Lisnard mais Reconquête et Nouvelle Energie sont deux partis qui n’ont pas du tout la même sociologie électorale, et pas du tout la même structuration. Cette association est assez ridicule car la sociologie électorale de Reconquête est sur une ligne d’union des droites. Or sur ce point, David Lisnard n’est pas raccord. Son utopie reste celle au sein de laquelle dans un an, par un miracle que personne n’est capable d’exprimer, une force qui ne serait ni macroniste, ni RN, ni de gauche, une force qui occuperait l’espace actuel de LR (mais sans LR) arriverait à se qualifier au second tour face au RN, puis à l’emporter.
    Ce n’est pas sérieux

  5. La multiplication de candidatures qui n’ont aucune chance de créer une majorité conduira à un second-tour RN-LFI… Le libéral Jacques Rueff est venu aux affaires dans le sillage du national-colbertiste Général de Gaulle… La politique est aussi l’art des réalités humaines… Je vois mal M. Lisnard, quel que soit le respect que je lui porte, provoquer un engouement de masse tel que Milei et emporter la présidence à lui tout seul. L’incapacité de s’unir (donc des compromis avec une certaine diversité de courants) est une machine à perdre. … J’achève en disant que nous verrons, en outre, un grand nombre de prétendus libéraux appeler à voter Mélenchon au second tour « contre le socialisme du RN » ! La mauvaise foi n’ayant pas de limites… Bref… on va nous refaire le coup du « barrage ». Et on se retrouvera avec Mathilde Panot à l’Economie, Sébastien Delogu à l’Intérieur et Rima Hassan aux Affaires étrangères. Voilà ce qu’on va avoir en 2027 si on continue comme cela.

    1. C’est un mauvais procès fait à David Lisnard car sa candidature ne sera pas maintenue si il y a une primaire « de la droite et du centre » (avec toutes les limites qu’impose un exercice qui n’inclue pas le principal parti de droite actuel : le RN et probablement pas LR, puisque les adhérents vont être consultés et que les adhérents LR, majoritairement hostiles à la Macronie, choisiront la consultation interne, comme ils l’ont fait en 2022)
      En tout état de cause, si une primaire du centre parvient à se mettre en place, plusieurs options :
      -soit il s’agit d’une primaire du centre avec la participation des favoris centristes (Attal, Philippe) et alors, DL, bien conscient du décalage entre sa doctrine et celle de la sociologie électorale centriste, se servira de son score pour monnayer quelque chose en échange de son retrait/soutien au vainqueur.
      -soit il s’agit d’une primaire du centre sans la participation des favoris centristes, et alors le résultat, si une telle primaire est maintenue, n’aura quasiment aucune portée réelle.
      Plus probablement, cette primaire n’aura jamais lieu, les macronistes s’arrangeront entre eux, Philippe serait alors probablement le candidat du centre, avec le maintien d’une candidature LR.
      La finalité serait alors effectivement un second tour LFI/RN, ce qui serait en un sens logique. Cela correspondrait à un affrontement entre les deux seuls groupes politiques à avoir un projet clair et identifié pour le Français moyen.

  6. La multiplication des candidatures et l’incapacité à faire émerger un candidat commun conduira à un second tour RN-LFI.

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