Plus des deux tiers de la population aisée américaine votent pour le Parti démocrate. Un changement d’électorat qui pousse ce dernier vers des réformes de moins en moins favorables aux classes populaires. Une situation désavantageuse pour les valeurs libérales, critiquées par les deux camps.
Plus des deux tiers de la population aisée américaine votent pour le Parti démocrate. Un changement d’électorat qui pousse ce dernier vers des réformes de moins en moins favorables aux classes populaires. Une situation désavantageuse pour les valeurs libérales, critiquées par les deux camps.
Pour l’opinion publique véhiculée par les médias, le Parti républicain est celui des classes aisées et des grandes fortunes, et le Parti démocrate, celui des populations défavorisées. Pourtant, un grand nombre de données montrent que ce n’est plus le cas et que la tendance s’est totalement inversée. A l’heure où l’administration Biden souhaite mener la politique la plus interventionniste depuis Franklin Roosevelt, cette nouvelle répartition des forces électorales a son importance. D’autant plus qu’elle affecte aussi bien les démocrates que les républicains. Force est de constater qu’elle est défavorable au libéralisme et au marché libre.
Un inversement électoral entre les riches et les pauvres, qui influence l’économie
Selon les statistiques pré-pandémie de l’Internal Revenue Service, 65% des contribuables jouissant d’un revenu familial de 500 000 $ ou plus votent désormais démocrate. En se référant aux données sur le revenu des ménages du Bureau du recensement, le media Bloomberg a fait remarquer qu’en 1993, la dernière fois qu’un président a demandé au Congrès de voter pour une hausse importante des impôts, le district parlementaire typique représenté par un républicain était 14% plus riche que son équivalent démocrate. Et en 2020, les districts du GOP étaient désormais 13% plus pauvres. Une véritable inversion électorale s’est accélérée ces 15 dernières années.
En 2008, le PIB par district électoral démocrate était de 35.7 milliards de dollars contre 33,3 milliards dans les districts républicains. En 2018, ces montants étaient de 49.0 milliards pour les démocrates et 32,6 milliards pour les républicains. L’écart s’est largement creusé en faveur des démocrates. Là où en 2008, le revenu médian des ménages était identique (53000 dollars) dans les circonscriptions des deux camps, il a augmenté de près de 17% dans les districts démocrates (63000 $) et a baissé de 3% chez les républicains (50000 $) en 10 ans.
En 2008, dans les districts républicains comme dans les districts démocrates, les professions étaient représentées dans les mêmes proportions. C’est de moins en moins le cas. Désormais, le Parti démocrate dirige les districts comprenant les plus grands groupes d’emplois qualifiés comme la finance ou la haute technologie. Cela inclut les pôles technologiques autour de la Silicon Valley et de Boston. Près des trois quarts des emplois des industries numériques (71,1% en 2018 contre 63% en 2008) s’y trouvent. Les districts républicains, en revanche, détiennent une part croissante des emplois nationaux dans l’agriculture, les mines (60% en 23018 contre 53,9% en 2008) et le secteur manufacturier.
Des programmes politiques impactés
Cette situation a des impacts sur les programmes politiques des deux partis. Selon le Manhattan Institute, l’agenda politique actuel du Parti démocrate vise à redistribuer les revenus des Américains les plus riches vers les populations aisées. L’assurance-maladie pour tous (Mediacare for all), l’annulation de la dette des étudiants et l’université gratuite avantageraient principalement les ménages de la classe moyenne supérieure et très instruite. Dans le cas d’un programme d’université gratuite tel que le conçoit actuellement le Parti démocrate, l’Institut estime que seulement 8% des avantages profiteraient aux étudiants issus de familles gagnant moins de 35 000 dollars. Les familles gagnant plus de 120 000 $ bénéficieraient par contre de 38% des prestations. De la même manière, dans le cas de la mise en place de taxes carbone, les ménages verraient leurs factures d’électricité grimper de 14% et celles de gaz naturel de 32%. Une hausse que les familles à faible revenu peuvent difficilement supporter.
Néanmoins, du côté de l’électorat républicain, la situation n’est pas non plus libérale. L’opinion publique américaine est de plus en plus favorable à la taxation des millionnaires : si 80% des démocrates sont pour, 50% des républicains le sont aussi (contre 25% contre). Les données du Pew Research Center montrent que la droite, traditionnellement plus favorable au libre-échange que la gauche, est devenue beaucoup plus critique (57% des républicains pour en 2008, mais 43% en 2018). Cette perte de valeurs libérales est liée à un électorat ne se retrouvant pas dans le système actuel, accusé de favoriser des personnes aisées désormais proches de la gauche.
Une situation similaire en France ?
Ce phénomène de classe aisée votant à gauche et de classe populaire votant à droite n’est pas sans rappeler le paysage politique français avec le duopole LREM et RN. Certes, Emmanuel Macron est différent des dirigeants démocrates et Marine Le Pen tient des positions opposées à celles de Trump dans un certain nombre de domaines. Mais les tendances au niveau de la population présentent des similitudes.
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