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jeudi 17 septembre 2026

Les enseignants français sont-ils réellement sous-payés ?

Temps de lecture : 4 minutes

Selon les statistiques de l’Éducation nationale, les enseignants ont un salaire mensuel moyen de 3 090 € nets. Pour les syndicats, qui déplorent la paupérisation du métier, c’est un déni de leur situation réelle. Mais de quels enseignants s’agit-il et combien d’heures travaillent-ils ? Sont-ils moins favorisés que leurs collègues européens ? Entrons dans les détails. 

La rémunération moyenne des enseignants fonctionnaires ou assimilés était de 3 090 € nets par mois en 2024, selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) – le service statistique de l’Éducation nationale. « Trompeur », nous dit le SNES-FSU, qui fait semblant de ne pas comprendre ce que signifie une moyenne. La rémunération d’un enseignant varie effectivement en fonction de son niveau (certification ou agrégation), de son grade (classe normale, hors-classe, classe exceptionnelle), du fait qu’il soit à temps complet ou à temps partiel, de ses heures supplémentaires, ou encore de la réalisation de missions spécifiques qui conditionne certaines primes (Pacte enseignant…).

Dans le second degré par exemple, la rémunération mensuelle nette de base d’un professeur certifié de classe normale, premier échelon et à temps plein, est de 1 862 €. C’est 2 096 € pour un agrégé. À l’échelon 9, ce qui correspond à environ 18 ans d’ancienneté, elle est de 2 520 € nets pour un certifié, et de 3 172 € pour un agrégé. En toute fin de carrière, un certifié de classe normale gagne en moyenne 2 816 € nets, et 3 394 € s’il est hors classe. Ces montants ne sont pas mirobolants, mais nous sommes loin de la paupérisation brandie par les syndicats.

Contractuels et agrégés en classe préparatoire : les deux extrêmes

Tout est bien différent pour les enseignants contractuels, qui représentent 8 % du total des enseignants et qui sont le plus souvent en CDD : ils gagnent en moyenne 2 130 € nets par mois et n’ont pas de grille de rémunération unique, contrairement aux enseignants titularisés. Les leurs sont variables selon les académies (jusqu’à 18 niveaux différents), avec des rémunérations proches du SMIC.

À l’autre bout de l’échelle, les enseignants de classe préparatoire (le plus souvent agrégés) constituent une catégorie très particulière. Ils gagnent 28 % de plus, en moyenne, que les agrégés hors classe prépa et peuvent être payés jusqu’à 80 € bruts de l’heure pour effectuer des interrogations orales – les fameuses « colles ». Sans oublier l’indemnité de 1 117,92 € par an s’ils enseignent au moins 8 heures par semaine devant plusieurs groupes. La Cour des comptes avait estimé, en 2013, que leur rémunération nette moyenne était de 49 296 € nets par an entre 10 et 20 ans d’ancienneté (63 470 € pour les chaires supérieures).

Moins payés que leurs voisins européens, mais plus de vacances

La différence avec les autres pays est souvent mise en avant pour illustrer l’argument de la paupérisation. En France, le salaire statutaire annuel brut des enseignants en 2024 était de 34 945 € en début de carrière au lycée, 54 861 € en fin de carrière ; c’était respectivement 48 975 € et 99 994 € aux Pays-Bas ; 69 293 € et 92 819 € en Allemagne. Bien sûr, de tels écarts ne veulent pas dire grand-chose en l’état brut. Sont-ils principalement liés au coût de la vie ? Eurydice montre qu’ils persistent lorsque l’on prend en compte le standard de pouvoir d’achat (SPA), une unité monétaire qui permet de comparer les pays à niveau de vie équivalent. Reste que la rémunération ne se dissocie pas du temps de travail.

Les heures de travail hebdomadaires sont chez nous appelées « obligations de service », auxquelles l’OCDE applique les règles de durée légale de droit commun. Les enseignants français en ont autant, si ce n’est plus, en général, que leurs voisins européens. Au lycée, le nombre net d’heures d’enseignement en 2023 était de 620 heures par an en Allemagne, 638 heures en Suisse, 720 heures en France et aux Pays-Bas (moyenne de 618 heures au sein de l’UE). Au collège, il était de 642 heures en Allemagne, 720 heures en France et aux Pays-Bas, et de 750 heures en Suisse (moyenne de 632 heures au sein de l’UE).

Cependant, globalement et rapporté à la durée légale de référence, qui n’est qu’une norme générale de la fonction publique, le temps de travail des enseignants français est inférieur à celui de leurs homologues européens : 1 607 heures par an dans le secondaire supérieur, contre 1 659 aux Pays-Bas, 1 778 en Allemagne, ou encore 1 810 en Suisse. Ces chiffres ne mesurent pas le travail réel des enseignants : ils reprennent la durée de référence de chaque fonction publique, alignée en France sur les 35 heures, et supposent que les tâches hors classe (préparation, corrections, conseils, réunions) la remplissent.

Le temps effectivement travaillé est plus difficile à établir. Les enseignants à temps plein déclarent travailler 1 635 heures par an en moyenne, un chiffre qui intègre le travail accompli pendant les vacances scolaires et qui dépasse donc la durée légale. Ces heures sont concentrées sur un calendrier singulier : les vacances scolaires en France sont parmi les plus longues d’Europe, avec, en 2026, 112 jours dans le primaire, soit 16 semaines, contre 11,7 semaines en Allemagne et aux Pays-Bas, et entre 9 et 15 semaines en Suisse. C’est une contrepartie réelle, qu’aucune comparaison honnête ne doit oublier.

L’exception culturelle française

Il ne peut donc y avoir de réponse unique à la question « les enseignants sont-ils sous-payés ? ». Un contractuel en CDD ou un certifié débutant, gagnent à peine plus de 2 000 € nets, mais un agrégé de classe préparatoire en milieu de carrière perçoit une rémunération supérieure à celle de la plupart des Français.

Cependant, au regard de leurs voisins européens, les enseignants français sont moins bien payés, et l’écart ne s’explique ni par le coût de la vie, ni par un temps d’enseignement plus faible : ils enseignent autant, si ce n’est davantage parfois. Mais ils bénéficient aussi des vacances scolaires parmi les plus longues d’Europe. Même si une partie de ces vacances est consacrée à la préparation des cours et aux corrections, cette souplesse du calendrier constitue un avantage non monétaire que les syndicats ignorent systématiquement, et que peu de salariés du privé peuvent obtenir.

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