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lundi 2 novembre 2026

Les États dans les starting-blocks pour taxer l’IA

Temps de lecture : 4 minutes

Taxer l’intelligence artificielle (IA), taxer les robots, taxer le capital… Il n’y a pas qu’en France que les taxateurs sévissent. Des taxes qui sont censées financer les suppressions d’emplois liées à l’automatisation. Le problème est que les travailleurs en feront nécessairement les frais.

En Allemagne, le ministre du Numérique, Karsten Wildberger, a déclaré mi-octobre, rapportent Les Échos : « Nous devons taxer le chiffre d’affaires extrêmement élevé généré par cette technologie [ndlr : l’IA], et c’est avec cet argent que nous pourrons financer cette transition ». Pasquale Tridico, président de la sous-commission fiscale du Parlement européen, a aussi évoqué de son côté la possibilité d’une nouvelle taxe sur l’IA.

Taxer l’IA pour prévenir ses effets supposés

L’idée n’est pas nouvelle. Bill Gates, par exemple, le fondateur de Microsoft, réclame depuis longtemps que les robots et l’IA soient taxés pour qu’il n’y ait plus d’incitation à remplacer les humains par des machines. Le « Nobel d’économie » Acemoglu est à peu près sur la même ligne en suggérant de corriger les avantages fiscaux qui favorisent l’automatisation au détriment de l’emploi. Ron Wyden, membre de la commission des finances du Sénat américain, a récemment proposé une nouvelle taxe sur le chiffre d’affaires des exploitants de centres de données américains.

En juillet 2026, plus de 1000 économistes et chercheurs en intelligence artificielle, dont 17 lauréats du prix Nobel, ont publié une lettre dans laquelle ils défendent la thèse que l’IA va supprimer massivement des emplois et que les revenus seront transférés des travailleurs vers les détenteurs de capitaux. La conclusion logique de ce raisonnement est que le capital doit être davantage taxé. Même le Wall Street Journal a publié une tribune en faveur de la taxation accrue du capital.

En France, où l’on a inventé une taxe sur les services numériques – dite « taxe Gafam » –, le gouvernement pourrait être tenté par une telle idée. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a déclaré au Sénat : « Il ne faut pas taxer les robots, j’en suis absolument convaincu […]. Nous n’affronterons pas la compétition internationale en taxant les robots, l’intelligence artificielle ou l’innovation. Au contraire, il convient de les accompagner et même de les soutenir avec vigueur ». Mais voilà, c’était en novembre 2025. Nous sommes un an plus tard et il faut bien trouver des recettes pour boucler le budget 2027 … et les suivants !

Le problème avec ces idées « novatrices » est qu’elles s’appuient sur de mauvais postulats. Pour l’instant, le travail n’a pas vraiment reculé face à l’IA et certains se demandent si elle ne va pas réduire la productivité plutôt que l’emploi. De même, affirmer qu’aujourd’hui le capital est moins taxé que le travail est largement faux.

Le capital est déjà fortement taxé

En France, comme nous ne cessons de le répéter et de le démontrer, le capital est bien plus taxé que le travail, contrairement à ce que la très grande majorité des Français croit, sous l’influence des gauchistes.

Cette musique s’entend aussi aux Etats-Unis. Les économistes Acemoglu, Manera et Restrepo ont ainsi affirmé que le travail y est soumis à un taux d’imposition effectif d’environ 25%, tandis que les équipements et les logiciels sont imposés à des taux plus proches de 5%. Comme l’explique Adam Michel, directeur des études fiscales au Cato Institute, sur le site du GIS (« Taxing AI to save workers would hurt them »), les calculs des trois économistes sont erronés car ils ne prennent pas en compte le changement de temporalité des déductions introduit par la réforme de 2025. Au final, « Les infrastructures non manufacturières restent défavorisées aux États-Unis et doivent être amorties sur trois à quatre décennies. Ainsi, à cet égard, il n’existe pas de biais systématique en faveur du capital. »

Ce n’est pas l’IA qui paiera la taxe… ce sont les travailleurs

Quelle que soit la modalité choisie pour taxer l’IA, une chose est sûre : ce n’est pas elle qui paiera la taxe, pas plus que ce ne sont les vaches qui règlent une contribution sur leur tête. Au final, ce sont toujours les individus qui paient l’impôt. Et ce sont souvent ceux que l’on veut protéger qui en font les frais.

Comme l’écrit Adam Michel, « Les impôts sur le capital pèsent principalement sur les travailleurs car ils réduisent l’investissement, ralentissent la croissance de la productivité et font baisser les salaires. Une étude récente suggère qu’une augmentation de 1% du capital par travailleur entraîne une hausse des salaires d’environ 3%. Augmenter les impôts sur le capital réduira son déploiement, pénalisant les travailleurs qui ont besoin d’outils plus performants pour s’adapter à une économie en constante évolution. »

Ajoutons, comme vient de l’indiquer Oxford Economics, l’un des plus importants cabinets de conseil et de prévision économique au monde, que « Sans l’essor de l’IA, la croissance mondiale serait atone ». Les investissements dans l’IA auraient contribué à hauteur de 0,4 point de pourcentage à la croissance américaine. Ailleurs, l’effet de l’IA est plus limité, à hauteur de 0,2 point de pourcentage à la croissance annuelle des grandes économies avancées. En dehors des États-Unis, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni et la Suède sont les pays ayant le plus bénéficié de l’IA.

Le cabinet estime que « si l’essor de l’IA venait à ralentir ou à s’inverser, le risque de récession dans les économies avancées deviendrait considérable. » Est-ce vraiment le moment de taxer ceux qui y investissent ?

Décidément, la célèbre formule de Ronald Reagan – « If it moves, tax it. If it keeps moving, regulate it. And if it stops moving, subsidize it » (Tout ce qui bouge, on le taxe ; ce qui bouge encore, on le réglemente ; et tout ce qui ne bouge plus, on le subventionne) – n’a jamais été aussi vraie.

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