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dimanche 8 février 2026

Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont-ils été profitables ?

Temps de lecture : 5 minutes

Alors qu’Anne Hidalgo, à la veille de son départ pour d’autres cieux, voudrait que les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024 soient définitivement mis à son crédit, une guerre des chiffres vient de débuter pour savoir si ces Jeux ont finalement été bénéfiques à la capitale et à la France.

La maire de Paris, qui quittera l’hôtel de ville l’année prochaine après les élections municipales, aurait voulu que la vasque olympique illumine à jamais le ciel de Paris. Sans doute rêve-t-elle secrètement que son successeur puisse proposer de renommer l’engin « Vasque Anne Hidalgo », mais le Comité international olympique (CIO) a été intraitable : la flamme olympique ne peut pas briller en dehors de la période des Jeux. Un compromis a cependant été trouvé : la vasque sera remise en service l’été au jardin des Tuileries jusqu’aux JO de Los Angeles en 2028.

Une coquetterie qui a déjà coûté 2,5 millions d’euros (M€) car il a fallu remonter le dispositif, et qui devrait coûter 2,5 M€ supplémentaires chaque année d’exploitation, soit au total 10 M€. La facture sera payée, en partie, par les excédents de budget dégagés par le Comité d’organisation des Jeux de Paris (Cojop). Voilà qui ne va pas apaiser la polémique en train de naître sur le coût réel des JOP.

Un coût de 6 milliards d’euros…

Selon la Cour des comptes qui vient de publier une note d’étape (chiffres arrêtés au 31 mars 2025), les JOP auraient coûté quelque 6 Md€, dont 2,77 Md€ pour l’organisation et 3,19 Md€ pour les infrastructures.

En ce qui concerne l’organisation, les dépenses les plus importantes sont celles de la sécurité, évaluées à 1,44 Md€ et assumées à 95% par l’État, et celles relatives aux transports et aux mobilités, estimées à 570 M€, dont 335 M€ au titre des renforts d’offre financés à 83% par la RATP et la SNCF. Il convient également de noter l’importance des dépenses liées à la performance des athlètes français (80,3 M€), c’est-à-dire à l’accompagnement et l’entraînement des 600 sportifs, et au soutien des entraîneurs et des fédérations, et à ce que l’on a appelé « la mobilisation populaire » (341,4 M€) qui comprennent notamment les moyens déployés par France Télévisions.

Pour les infrastructures, les coûts sont essentiellement ceux des équipements sportifs (sites de compétition et d’entraînement, centres de préparation) et du matériel utilisé pendant les épreuves (1,24 Md€). S’y ajoutent des aménagements urbains (839 M€) et des infrastructures de transport (595 M€) dont une partie (236 M€) a été comptabilisée au titre des « surcoûts d’accélération ou des modifications de programmation portant sur des projets qui, bien que préexistants aux Jeux, ont vu leur calendrier modifié en fonction de ceux-ci (ligne 14 du métro, projet Est-Ouest Liaison Express – EOLE, à titre d’exemples) ».

La Cour des comptes se penche aussi sur la « baignabilité » de la Seine, puisque  des épreuves de natation et de triathlon devaient se dérouler dans le fleuve et qu’il avait été promis d’ouvrir des sites de baignade pérennes après les Jeux. Pour elle, il est difficile d’estimer les dépenses publiques dues à la mise en œuvre de ce « plan baignade ». La Cour donne une fourchette très large, de 200 M€ à 1 Md€. Pour l’instant, les magistrats financiers ne les ont pas intégrées à la note finale des JOP, mais « Ceci ne préjuge pas de la position définitive de la Cour sur ce point particulier ».

… ou de 2 milliards ?

Le Cojop a tout de suite contesté le calcul de la Cour des comptes. Tony Estanguet, son président, s’est permis de dire à la Cour que « les différents choix méthodologiques opérés, qui consistent à maximiser systématiquement les montants retenus et à les imputer intégralement aux Jeux, aboutissent à un total démesuré, qui est en décalage complet avec le niveau des dépenses publiques qui a été réellement nécessaire à l’organisation des Jeux ». C’est ainsi que le Cojop évalue le coût de l’événement à 2 Md€ seulement.

Il regrette par ailleurs que les retombées économiques des Jeux n’aient pas été estimées dans le rapport. Ce n’est pourtant pas un oubli, mais la note de la Cour des comptes précise qu’elle n’a pas pu analyser les effets positifs et négatifs des Jeux sur l’activité économique et sur les recettes fiscales, ni évaluer les dépenses fiscales liées à leur organisation, du fait de l’indisponibilité des données. L’administration fiscale a, sur ce dernier point, « fait savoir à la Cour qu’il n’était pas prévu pour l’instant d’estimation globale ». Une position que les magistrats de la rue Cambon jugent insatisfaisante. C’est pourquoi ils demandent que « l’évaluation de ces dépenses fiscales puisse être engagée par l’État sans délais ».

En attendant que le rapport final de la Cour soit publié, en octobre 2025, il est tout de même possible d’apprécier une partie des effets économiques des JOP en nous intéressant au secteur du tourisme.

De maigres retombées touristiques

A la fin de l’année dernière, nous nous faisions l’écho du bilan réalisé par l’Insee Ile-de-France : au cours de la saison estivale d’avril à septembre 2024, la Région a enregistré au total 43,7 millions de nuitées dans ses hébergements collectifs de tourisme, soit 3 millions de moins (-6,2%) que pendant la saison estivale 2023. Pour l’Insee, les JOP auront été finalement une « éclaircie dans une saison terne » puisque leur bilan touristique est « positif pour la région uniquement durant les périodes des épreuves ».

Voici maintenant que Protourisme, société de conseil spécialisée en tourisme, loisirs et culture, dresse à son tour un bilan touristique des Jeux. Il ne s’agit plus d’apprécier la saison 2024, mais bien la saison 2025 et, par conséquent, de mesurer « l’effet JOP ». Si Didier Arino, directeur général de Protourisme, reconnaît dans Le Figaro que les jeux ont donné envie au monde entier de venir en France, il affirme aussi qu’il n’y a pas « une explosion des taux d’occupation, depuis le début de l’année on est à +2% ». Quant à Leslie Rival, secrétaire générale d’Alliance France Tourisme, cercle de réflexion et d’échange regroupant les grands acteurs de la profession, elle avance que « l’été s’annonce globalement bon pour le tourisme, toutefois l’impact spécifique des Jeux olympiques reste complexe à mesurer ».

 Du côté de l’aérien, la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam) prévoit une diminution de l’offre de sièges cet été en France, principalement à cause du doublement de la « taxe de solidarité sur les billets d’avion » (TSBA).

 Ce relatif pessimisme des professionnels du tourisme tranche avec l’optimisme du Gouvernement. En effet, selon le ministère du Tourisme et Atout France, les arrivées aériennes seront en hausse de près de 4,7% entre juin et septembre par rapport à l’année dernière.

Le ministère reconnaît tout de même que la saison 2025 « sera très majoritairement portée par le tourisme domestique ». L’effet Jeux devrait stimuler la saison puisque, selon Atout France, « 30% des Français déclarent avoir davantage envie de faire un séjour touristique à Paris cet été avec le souvenir de l’ambiance olympique 2024 ».

Il est à craindre que les visiteurs se rendent vite compte que « l’ambiance olympique » a disparu. Certes, on pourra se baigner dans la Seine et admirer la vasque, mais les athlètes ne seront plus là, pas plus que les policiers et militaires qui assuraient la sécurité. En revanche, les malfrats seront de retour, comme les « sans-abris » et les « sans-papiers », les détritus et les rats… Les rues et les lignes de métro seront de nouveau en travaux. En un mot, ils découvriront le Paris hidalguisé, bien éloigné de la « parenthèse enchantée » des Jeux.

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