Serge Schweitzer nous livre la suite de ses réflexions sur le libéralisme. Il avait répondu dans son précédent livre, Le libéralisme: autopsie d’une incompréhension, à la question de savoir « pourquoi le libéralisme a non seulement si peu d’adeptes ; mais tout autant charrie d’impressionnantes cohortes d’adversaires déclarés et si résolus qu’ils ne souhaitent rien moins que sa disparition ». Il s’interroge dans ce second livre sur les prolégomènes et jalons nécessaires à un réexamen du libéralisme. Il y soutient que la défense de la liberté est une fin en soi et un bon moyen de réaliser l’abondance dans un monde marqué par la rareté. Il organise son ouvrage sur cette distinction classique de la théorie de l’action, les fins d’un côté et les moyens de l’autre. Le chapitre premier traite du libéralisme comme fin et propose trois sections : une vision de l’action humaine, une esthétique de la liberté et une architecture spontanée de l’ordre social. Le chapitre deux expose le libéralisme comme moyen de réaliser l’autonomie contre la rareté, en bénéficiant des bienfaits de l’échange et de la concurrence.
L’introduction, ou prolégomène, revient largement sur la question abordée dans le premier volume de ce qui sera une trilogie : Pourquoi le libéralisme a-t-il échoué en France ? Elle reprend le carré magique de la philosophie libérale : la liberté, la responsabilité, la propriété et la dignité (p. 16) et rappelle que les libéraux sont du côté des dominés, des outsiders et non des dominants, des insiders (p. 13). On comprend progressivement que son principal objet est une critique des libéraux français. Pour développer sa critique Serge Schweitzer parle au nom des jeunes. Il affirme. « Ce qu’aujourd’hui refusent la plupart des jeunes, y inclus et peut-être surtout les jeunes libéraux, c’est qu’on leur dicte et impose des croyances et dogmes, des impératifs tant moraux que religieux » (p.14). Les jeunes sont en ce sens libéraux sans le savoir car le mot d’ordre du libéralisme, ajoute Serge Schweitzer, est que personne ne peut dicter à un individu ce qui est bon pour lui, sauf si les choix de l’individu violent la liberté, la responsabilité, la propriété et la dignité des êtres humains (p. 16). Le libéralisme aurait en ce sens un message simple, « laissez-nous vivre » et la jeunesse n’aurait aucun problème avec cela et en particulier aucun problème avec l’avortement, l’euthanasie et toutes les expériences sexuelles les plus variées (p. 13).
Une partie de l’explication du désamour de la population vis-à-vis du libéralisme en France serait alors toute trouvée : les libéraux français ne seraient pas en accord avec leur temps (p. 15). Ils auraient choisi une « voie conservatrice, voire réactionnaire » (p. 15) qui rendrait à tort le libéralisme démodé (p. 15). Les libéraux français ne seraient pas seulement conservateurs. Ils manqueraient cruellement d’un plan d’ensemble, tel celui initié lors de la création de la Société du Mont Pèlerin en 1947 (p. 17) et cela malgré « la liberté, la créativité et le talent » d’un homme, le Professeur Jacques Garello de l’Université d’Aix-Marseille (p. 19).
Les libéraux français seraient de plus satellisés en une multitude de groupes peu coordonnés (p. 19), se désintéresseraient des débats intellectuels parce qu’ils seraient certains de leurs sciences, « porteur des reliques de la vraie croix » (p. 20), auraient développé une mentalité d’assiégés (p. 20) et seraient incapables de s’entendre (p. 24). Il y aurait autant de libéralisme que de libéraux. La conclusion de ces prolégomènes est pourtant que pour transformer l’échec du libéralisme français en succès, il faudrait constituer une maison commune, une alliance entre le courant conservateur, le sillon des croyances, et tous les courants du libéralisme (p. 25).
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