Christophe Ono-Dit-Biot revisite le mythe d’Ulysse. Mais celui-ci est-il un héros, s’interroge-t-il, mérite-t-il cet attribut qui fait de lui un super-homme, « un tarzan », un mari fidèle, un roi attaché à son royaume alors qu’il le quittera dès qu’il aura retrouvé et éliminé sans pitié tous ses usurpateurs, « pourris » jusqu’à la moelle ? Certes le long poème d’Homère, chanté depuis le VIIIe siècle avant J.-C. et qui a inspiré plus d’un écrivain, sculpteur ou cinéaste, est une suite d’aventures extraordinaires, une palette de dieux et de déesses, de héros, de sirènes et de monstres, allégories enchanteresses. Mais quand Athéna impose à Ulysse la fin de la guerre civile, c’est sous l’habit du Mentor, du conseiller politique qui, lui, n’habite pas le ciel d’« en haut » mais le monde d’en bas. L’Olympe se vide peu à peu, tandis que l’homme vainqueur se prend à son tour pour un dieu et repart sans scrupules en quête de liberté, de savoir et d’aventures. Tel est l’objectif d’Ono-Dit-Biot : révéler Ulysse, non pas comme le héros de nos rêves homériques, mais comme un homme semblable à nous-mêmes, ingrat vis-à-vis de Calypso la femme geôlière qui lui rendit la liberté, de Pénélope, l’épouse qui résista à ses usurpateurs, de Circé la magicienne qui lui rendit sa beauté et sa mémoire.
Ainsi point de manichéisme chez Homère ni d’utopie sur la nature humaine, mais simplement une apologie du voyage, non pas de l’errance sans retour où l’on s’abreuve de plantes psychédéliques, mais de la découverte d’un monde « enthousiasmant » qui fait rentrer au pays « heureux qui comme Ulysse… ». Livre passionnant même si le style familier d’Ono-Dit-Biot n’a rien de la poésie des chants d’Homère.






