Le 19 octobre restera gravé dans l’histoire du Louvre. En moins de huit minutes, deux hommes hissés par une nacelle jusqu’à la galerie d’Apollon ont fracturé une fenêtre et mis la main sur un butin hors normes : les bijoux de la reine Marie-Amélie, de la reine Hortense et de l’impératrice Eugénie, estimé à quelque 88 millions d’euros. Ce vol spectaculaire, digne d’un scénario de film, a révélé un fait non moins spectaculaire : la protection du musée le plus visité au monde n’est pas une priorité pour ceux qui en ont la responsabilité !
Avec 8,7 millions de visiteurs en 2024 et des pics quotidiens de 30 000 personnes, le Louvre reste un géant. Mais la sécurité du musée est problématique, bien que Rachida Dati nous ait expliqué le contraire. La Cour des comptes, dans son rapport de novembre 2025, dresse un diagnostic alarmant. Entre 2018 et 2024, le musée n’a mobilisé que 86,2 millions d’euros en tout pour l’entretien (26,7 millions) et la rénovation (59,5 millions) du palais, ce qui comprend aussi la sécurité. Beaucoup plus d’argent, 168,9 millions au total, a été consacré au réaménagement du parcours muséographique (63,5 millions) et à l’acquisition de nouvelles œuvres (105,4 millions). Autrement dit, le budget « prestige » est deux fois plus important que celui de tout le reste. Selon les mots de Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, « Le problème du Louvre ne provient pas de l’attrition de ses moyens. Le problème est ailleurs, c’est celui de l’orientation de ses objectifs ».
Une sécurité sous tension, à la fois humaine et technique
Le vol d’octobre 2025 a mis en lumière une crise de gouvernance autant que de sécurité. Laurence des Cars, présidente du musée, avait reconnu devant le Sénat avoir été « effarée de la situation de la sûreté et de la sécurité » à son arrivée fin 2021. Les systèmes de sûreté sont vieux, presque rien n’a été fait ces dernières années. Un audit avait été réalisé entre 2015 et 2017 mais le Louvre n’avait consacré que 3 millions d’euros à la mise en œuvre du schéma directeur de sûreté qui en avait résulté, soit seulement 4 % d’un coût total estimé à 83 millions d’euros. « Le vol des joyaux de la Couronne est, à n’en pas douter, un signal d’alarme assourdissant » selon Moscovici.
En 2019, les agents de la DAPS (direction de l’accueil et de la surveillance) avaient fait valoir leur droit de retrait pendant la rénovation de la salle des États, révélant un malaise ancien et rajoutant des coûts (la rénovation est passée de 1,15 million d’euros à 1,81 million d’euros). Dans l’aile Denon, où se pressent les foules pour apercevoir la Joconde, ils travaillent à la limite de la saturation, selon la Cour. La jauge maximale de 30 000 visiteurs par jour, instaurée en 2022 pour améliorer la sécurité, a été fixée sans étude de flux, ce qui complique autant que fragilise la gestion de la circulation.
Un budget monumental, mais mal orienté
On pourrait croire que, malgré une baisse d’environ 100 agents entre 2019 et 2024 (de 1 343 à 1 237), les effectifs de la direction de l’accueil du public et de la surveillance sont établis en adéquation avec les besoins du musée : ils représentent d’ailleurs plus de 50 % des équivalents temps plein travaillés (ETPT) et des effectifs de l’établissement. Mais ce n’est apparemment pas le cas. Pourquoi ? Le Louvre n’est certes pas une institution en manque de ressources et la Cour rejette toute excuse de pénurie budgétaire : « Le Louvre a de l’argent, pas mal d’argent », a affirmé Pierre Moscovici. Il insiste même : « L’argument des moyens ne tient pas ». Durant la période 2018-2024, les ressources propres du musée représentaient 60 % des ressources financières (plus précisément, la billetterie a rapporté 125 millions d’euros en 2024).
C’est leur utilisation qui est problématique. Entre 2018 et 2024, le Louvre a dépensé 105,4 millions d’euros de ses ressources propres (qui sont de 145,2 millions d’euros au total) pour acquérir 2 754 œuvres, dont moins d’une sur quatre est aujourd’hui exposée. La Cour suggère de revoir la règle statutaire qui réserve 20 % des recettes de billetterie aux acquisitions, afin de permettre un redéploiement vers la maintenance et la sûreté. Il serait peut-être temps en effet. Par quelle aberration a-t-on pu ainsi accumuler les acquisitions en sachant qu’elles ne pourraient être efficacement protégées ? Plus généralement, le rapport nous apprend que 509 069 œuvres sont inscrites à l’inventaire du Louvre mais que seulement 5,6 % sont exposées. Près de 450 000 pièces dorment dans les réserves, dont 236 713 au centre de conservation de Liévin et 212 000 au sein même du palais. Ces chiffres rendent la conclusion encore plus évidente : il ne s’agit plus d’accroître les collections, mais de les maîtriser.
Direction et finances : des hausses confortables
Entre 2018 et 2024, le cabinet de la présidence du musée est passé de trois à six collaborateurs, à rebours des recommandations ministérielles visant à maîtriser certaines dépenses. Dans le même temps, la masse salariale de la direction générale a bondi de 43 % (1,55 à 2,21 millions d’euros), sans qu’aucune amélioration de la gouvernance soit pour autant constatée. Constatations de la Cour : entre 2018-2024, les dépenses de personnel ont augmenté d’environ 25 millions d’euros, soit une progression moyenne de 3,3 % par an. « L’évolution de la masse salariale s’explique plutôt par la hausse des traitements et salaires, en augmentation moyenne de 2,7 % par an (+9,2 M€ sur la période), ainsi que par celle, plus soutenue, des primes et indemnités, dont le taux de croissance annuel s’établit à 7,6 % (+7,1 M€ sur la période). […] La progression de la masse salariale est ainsi supérieure à celle du point d’indice, dont la revalorisation s’établit à 0,8 % par an sur la période, et excède également le rythme de l’inflation, estimé à 2,4 % en moyenne annuelle. »
Soulignons également que, en 2021, le renouvellement du mobilier du bureau de la présidente a représenté un coût de 40 000 euros TTC, tandis que la rénovation du bureau de l’administrateur général a été comptabilisée à hauteur de 12 296,06 euros. En 2022, les bureaux de plusieurs autres agents de la direction générale ont été rénovés pour un coût total de 165 000 euros TTC, incluant le réaménagement de trois bureaux, du couloir et des sanitaires sur une surface de 100 m².
Un joyau culturel doté d’un potentiel immense mais handicapé par une gestion déficiente ; des finances mal maîtrisées, des dépenses excessives ; la sécurité et la préservation de trésors négligées… Serait-il incongru de voir là quelques ressemblances avec une situation dont nous souffrons tous à l’échelle nationale ?
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4 réponses
ce cambriolage n’est pas digne d’un scenario de film, ou a la rigueur pour la prochaine version de Demolition man, ou le malfrat patibulaire venu du passe se sert comme dans un supermarche dans un monde du futur ridiculement inadapte face aux actions violentes
La Nomenklatura règne sans vergogne et sans partage au détriment de toute équité, de tout recours à la raison et à l’intelligence, et, par conséquent, au détriment de l’intérêt général. Elle ne s’embarrasse pas de fioriture pour afficher sa toute puissance puisqu’elle ne rend véritablement pas de de comptes à quelque autorité que ce soit. Pour les sceptiques, regardez donc le documentaire quasi interdit dix ans après de Francis Gillery qui est consacré à l’attentat terroriste et sanguinaire du Bataclan . J’adresse une pensée sincère de compassion à l’ensemble de ces jeunes victimes et leurs familles endeuillées à vie.
Bonjour.
Madame Des Cars incarne le socialisme dans sa plénitude : incompétence, copinage, gabegie pourraient être les trois mots gravés au fronton de ce musée.
Sa démission refusée est une mascarade.
Donnez lui une casquette et un uniforme et le salaire d’un gardien pour qu’elle puisse dormir sur une chaise et mépriser les visiteurs et les cochons de payants de sa hauteur véritable. Et encore, c’est une insulte aux gardiens de musée…
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ce cambriolage n’est pas digne d’un scenario de film, ou a la rigueur pour la prochaine version de Demolition man, ou le malfrat patibulaire venu du passe se sert comme dans un supermarche dans un monde du futur ridiculement inadapte face aux actions violentes
La Nomenklatura règne sans vergogne et sans partage au détriment de toute équité, de tout recours à la raison et à l’intelligence, et, par conséquent, au détriment de l’intérêt général. Elle ne s’embarrasse pas de fioriture pour afficher sa toute puissance puisqu’elle ne rend véritablement pas de de comptes à quelque autorité que ce soit. Pour les sceptiques, regardez donc le documentaire quasi interdit dix ans après de Francis Gillery qui est consacré à l’attentat terroriste et sanguinaire du Bataclan . J’adresse une pensée sincère de compassion à l’ensemble de ces jeunes victimes et leurs familles endeuillées à vie.
Bonjour.
Madame Des Cars incarne le socialisme dans sa plénitude : incompétence, copinage, gabegie pourraient être les trois mots gravés au fronton de ce musée.
Sa démission refusée est une mascarade.
Donnez lui une casquette et un uniforme et le salaire d’un gardien pour qu’elle puisse dormir sur une chaise et mépriser les visiteurs et les cochons de payants de sa hauteur véritable. Et encore, c’est une insulte aux gardiens de musée…
Thanks for the post very nice article.