Selon le rapport annuel sur les risques professionnels publié par l’Assurance maladie, 764 décès consécutifs à un accident du travail ont été recensés en 2024. En 2020, il n’y en a eu que 550 (+39% en 4 ans). Et encore, les décès au travail survenus chez les indépendants, les agriculteurs et les fonctionnaires ne sont pas pris en compte dans ces données.
Pour le syndicat Sud/Solidaires, ces mauvais chiffres « sont le reflet d’organisations pathogènes du travail qui font passer les profits avant la santé, la sécurité et la vie des travailleurs et des travailleuses ». La CGT réclame une véritable politique de prévention, « notamment en rétablissant les commissions hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT) donnant des moyens de contrôle aux représentant·es des salarié·es ». Quant au ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, il a exprimé « sa volonté de renforcer la lutte contre les accidents graves et mortels ».
Cette hausse des accidents mortels n’est évidemment pas une bonne nouvelle. Il est cependant permis de s’interroger sur les écarts qui existent entre la France et ses principaux voisins : 3,6 accidents de travail mortels pour 100 000 travailleurs en France en 2023, contre 2,01 en Italie, 1,71 en Espagne, 0,71 en Allemagne. L’Assurance maladie ne serait-elle pas prompte à classer en accidents du travail des faits qui n’en sont pas réellement ? Après tout, le taux de cotisation accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) d’une entreprise n’est-il pas calculé en fonction de sa sinistralité ?
Le rapport nous apprend, par exemple, que 59% des décès sont consécutifs à un malaise (hors routiers) et que 4% sont des suicides. Comment être certain que le suicide est dû au travail ? Comment affirmer que le malaise mortel n’est pas la conséquence de la prise de médicaments ou de stupéfiants en dehors du lieu de travail ? Et les 13% de décès qui se sont produits sur la route ne sont-ils pas le fait de l’imprudence des conducteurs (vitesse, alcool, drogue, smartphone…) ?
Avant de réglementer à nouveau, d’augmenter les taux de cotisation AT/MP des entreprises ou de recruter en masse des inspecteurs du travail, il serait pertinent de collecter des données plus précises sur les causes et circonstances de la mortalité au travail.
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11 réponses
Effectivement.
Le fait qu’on assimile des accidents « au » travail à des accidents « du » travail pose problème ; et si l’on lit le communiqué on voit que les jeunes sont les plus touchés par les malaises ; ce sont eux aussi qui ont les usages festifs les plus excessifs de l’alcool et autres drogues…
Un peu d’analyse sérieuse ne nuirait pas.
Les syndicats ont raison, il faut agir, agir vite et fort ! Par conséquent, faisons une loi qui interdit les accidents de travail mortels. Oh, non, plutôt les accidents de travail tout court, ça sera encore plus efficace !
Les moyens ? Quels moyens…? L’écrire dans la loi devrait être suffisant, non ?
Bonjour.
D’accord avec votre remarque ironique sur les faiseurs de lois.
On va y arriver en supprimant tout simplement le travail. Notre pauvre pays est « en marche » quasi forcée dans cette direction.
Sincères salutations.
Le syndicat Sud est celui des extrémistes communistes, donc ce qu’il annonce est à rejeter comme l’indique son communiqué, l’usage de drogue chez les jeunes doit y être pour quelque chose!
Le nombres des accidents du travail est en fait sous évalué du fait justement que le taux AT/MP dépend de la sinistralité ! Qui n’a jamais entendu surtout dans les PME ou TPE : non on ne va pas faire de déclaration sinon notre cotisation va augmenter (et tanpis pour le salarié si finalement il se retrouve en arrêt ou s’il y a des complications) ?
Plutot que de mettre tout ça sur notre dos en nous traitant de toxicos ou alcooliques, il serait surtout temps de se poser des questions sur les conditions de travail en France et pourquoi les salarié se mettent parfois en situation de risque au travail. Notre classement européen sur les accidents mortels au travail coïncide à peu près avec notre classement dans les enquêtes sur les conditions de travail. Ce n’est peut pas un hasard qu’en dites vous ?
Et comme vous le soulignez vous-même il manque les salariés en agriculture ou fonctionnaires et les travailleurs indépendants. Même si on cumulait leur accidents également, il faut savoir que les indépendants déclarent le plus souvent les accidents en maladie non pro du fait de leur couverture et de la prise en charge souvent compliquée par la CPAM.
Et étrangement vous ne mentionnez pas les décès pour maladies professionnelles. On peut aussi soupçonner un chiffre largement sous estimé vu les difficultés de reconnaissance en maladie professionnelle.
Dans le bâtiment, j’ai vu beaucoup de salariés se déclarer en arrêt le lundi parce qu’ils s’étaient blessés sur le chantier le vendredi. En réalité, ils s’étaient blessés en jouant au foot le dimanche !
Notre Etat est tellement aux abois qu’il est prêt à tout pour obtenir toujours plus d’argent… On ne peut plus lui faire confiance sur rien, c’est tout de même dramatique.
Les chiffres du cnam sont largement en dessous. Il n’y a pas les chiffres du régime agricole ( 114 seraient morts hors suicide) ni les régimes spécifiques comme les marins pêcheurs. Ni les indépendants ( régimes privees) ni les artisans…ni un certain nombre de mort sur le régime de la fonction publique.
Votre débat n’en ai donc pas un. Vous n’avez dans ce chiffre que le régime général et certains secteurs du régime de la fonction publique.
Les chiffres sont donc bien plus eleves
C’est exactement ce qui est précisé dans l’article !
Voir tout à travers le prisme financier vous fait écrire des horreurs. Je vous invite à vous rapprocher de l’association Collectif Familles Stop à la mort au travail pour parfaire votre analyse et ainsi mettre des visages sur les morts que vous condamnez un peu trop facilement.
Un peu de respect pour ceux qui ont laissé leur vie au travail svp.
Les distorsions entre pays dans la manière de calculer la sinistralité au travail sont impressionnantes, surtout en UE, où la France calcule beaucoup plus large que l’Allemagne, par exemple.