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mercredi 21 octobre 2026

Nos grandes fortunes : faut-il les ponctionner ou les mobiliser ?

Temps de lecture : 5 minutes

Si on met de côté l’idée peu crédible, que la France pourra vivre durablement au crochet de ses créanciers, tout en renonçant à les rembourser, il nous reste trois moyens, pour équilibrer ses comptes : un meilleur contrôle de ses dépenses, des prélèvements obligatoires augmentés ou une augmentation de leur assiette par une plus grande création de richesses.

Face aux échecs du passé et à un monde en croissance mais secoué par de multiples changements, on pourrait attendre de nos intellectuels et de nos politiciens, qu’ils bousculent leurs vieilles certitudes et nous proposent des solutions nouvelles, explorant plus largement ces possibilités. Malheureusement, pour une majorité d’entre eux, innover c’est principalement trouver de nouveaux prélèvements, ou de nouvelles augmentations de leurs taux, ce qui ne permettra pourtant, ni d’alimenter notre croissance, ni d’équilibrer nos comptes, ni d’assurer le maintien de notre train de vie et encore moins de l’améliorer, ce qui devrait être l’objectif.

Peut-être que, pour certains, fouiller dans les dépenses est trop fastidieux et promouvoir la création de richesses peut paraître sordide. Peut-être craignent-t-il d’avoir à renier un corpus intellectuel et moral, confortable et valorisant parce que largement partagé. Ou peut-être croient-t-ils sincèrement que plus on remplira les caisses de l’État, plus la France sera riche et plus les Français en profiteront. Toujours est-il que, plutôt que de se livrer à un travail sur le terrain, pour chercher comment faire des économies, ou comment créer plus de richesses dans le pays et éviter d’en détruire, leurs recherches semblent plutôt viser l’identification des cibles qui peuvent encore être ponctionnées. C’est ainsi qu’est venue la (re)découverte qu’il fallait trouver l’argent qui nous manque du côté de nos grandes fortunes et de nos entreprises privées, ce qui, nous le verrons, revient à peu près au même.

Mais le problème est qu’en France, pour les détenteurs de grandes fortunes entrepreneuriales, une bonne vie n’est, pour la plupart, pas synonyme d’une vie somptuaire et excessive. Ils préfèrent généralement laisser la plus grande partie de leur fortune au travail dans des entreprises. Ceci fait que l’imposition de la part de leur fortune liée à leur train de vie personnel (y compris leurs avoirs immobiliers, déjà taxés) s’avère arithmétiquement très insuffisante, si on ne s’en prend pas aussi à leur outil de travail, c’est-à-dire à ce qui leur permet d’exercer leur métier de créateur de richesses.

Mais ponctionner l’outil de travail est contre-productif et il faut en analyser les conséquences de manière très concrète et chiffrée : Les actifs de l’entreprise qui servent de base à l’impôt auquel les entrepreneurs seraient soumis sont des “biens sociaux” qui ne leur appartiennent pas vraiment et dont ils ne peuvent pas disposer, hors d’un cadre strict. Et pour dégager la trésorerie nécessaire à ces impôts supplémentaires, sans vendre leur entreprise, ils n’auront le choix qu’entre une augmentation de leur rémunération qui, au niveau visé, serait vite jugée abusive et serait rejetée par les autres actionnaires, et un supplément de dividendes, lesquels n’iront pas seulement vers le contribuable concerné mais seront versés à tous les actionnaires, ce qui appauvrira d’autant plus les entreprises.

En effet, pour voir cela en chiffres, prenons l’exemple, plutôt optimiste, d’un entrepreneur qui détient 30% d’une entreprise qui fait 50 MS de profit net par an et dont la valeur est estimée à 15 fois ce montant, soit 750 MS. S’il était assujetti à une taxe de 2% de la valeur de sa participation, notre entrepreneur devrait payer, chaque année, 4,5 MS. Il aurait donc besoin de recevoir un supplément de dividendes de 7,5 MS, pour pouvoir également s’acquitter de près de 3 MS d’impôts et contributions sur ce revenu. L’entreprise devra alors verser 25 MS de dividendes supplémentaires à l’ensemble de ses actionnaires. C’est comme si le simple fait d’avoir un ou plusieurs actionnaires français divisait par deux ses profits (ou augmentait son impôt de 75%), la faisant jouer dans une tout autre cour que ses collègues ayant des actionnaires étrangers. Et, si cette entreprise ne pouvait plus fournir assez de trésorerie, notre entrepreneur devrait soit renoncer, un après l’autre, à des projets de l’entreprise, soit vendre (probablement à des étrangers car un français se trouverait face à la même situation) ou partir lui-même à l’étranger pour sauver son entreprise. Les autres actionnaires, ayant les mêmes problèmes ou voyant l’entreprise vouée à un moindre développement, seraient poussés à vendre. Tout cela ne pourrait qu’accélérer la dépréciation de l’entreprise et donc de son assiette fiscale, peut-être jusqu’à son effondrement ou sa mise en vente, par exemple quand viendraient s’ajouter les droits liés à la transmission, lors du décès de notre entrepreneur.

Ainsi, les Français et l’Etat, alors qu’ils étaient les plus gros bénéficiaires de l’entreprise, deviendraient ensemble les plus gros perdants. Il ne faut, en effet, pas oublier que la valeur ajoutée des entreprises va, en moyenne, pour 65 % vers les salariés, pour 15 % vers l’État et pour 5 à 6 % vers les actionnaires (pourcentage auquel il faut soustraire les impôts et contributions correspondants qui viendront en réalité s’ajouter à la part de l’Etat), le reste étant ce que l’entreprise va pouvoir conserver, pour ses investissements et ses réserves. Dès lors les Français et l’État devraient se considérer comme les premiers associés des entreprises, se garder d’un détournement à courte vue de leurs ressources et inciter les actionnaires à investir plutôt qu’à distribuer.

Alors, ceux qui veulent s’en prendre aux grandes fortunes peuvent-ils se désoler quand, face au manque de capitaux disponibles français, on se donne à des capitaux étrangers pour développer nos innovations (IA, ordinateurs quantiques, SMR …) ou pour sortir d’anciens fleurons de l’ornière ? Peuvent-ils se désoler encore quand des entreprises, victimes de surcoûts et de surtaxes par rapport à leurs concurrents étrangers, doivent pour survivre encore quelque temps, compenser en rognant sur leurs investissements et leurs effectifs ? Pensent-t-ils vraiment que c’est en prélevant toujours plus que nous conquerrons ou reconquerrons des marchés et que nous améliorerons le niveau de vie de nos citoyens ? Comment peuvent-ils en appeler à notre souveraineté, dans le numérique, le militaire, la santé ou l’IA, tout en appauvrissant et en mettant hors compétition, ceux qui pourraient entreprendre, dans ce sens et chez nous. Continueront-ils à promouvoir la diminution du temps de travail, tout en soulignant que ce sont les travailleurs qui créent la richesse ? Quelle alternative crédible proposent-ils, pour enrichir notre pays et ses citoyens au niveau espéré ?

Ceux qui sont dans la misère demandent-t-ils de travailler moins ? Leur quotidien, dans un pays qui bat déjà des records en matière de prélèvements, n’est-il pas la preuve qu’il faut chercher des solutions ailleurs ? Sont-ils victimes de ceux qui ont entrepris et réussi ou du fait que ces derniers ne sont pas assez nombreux ou pas assez riches pour poursuivre leur développement ?

Il n’y a pas de bonne politique économique, ni de sortie de crise par le haut, sans création de richesse et ponctionner les caisses des entreprises n’enrichit pas un pays. éa l’appauvrira, tôt ou tard, et dans un pays où les pauvres et la classe moyenne sont à la peine et où les projets économiques manquent de capitaux longs et capables d’assumer des risques, il faut créer plus de richesses, si l’on veut, à terme, équilibrer nos comptes, améliorer notre train de vie et offrir des perspectives à nos jeunes. Et c’est en mobilisant avec constance nos forces vives que sont les capitaux disponibles (y compris l’épargne des Français), les entrepreneurs et investisseurs qui savent comment les faire fructifier et les travailleurs de tous niveaux, qu’on y parviendra.

Quant aux forces politiques et intellectuelles, elles doivent aussi se mobiliser. Mais elles doivent se mobiliser pour des solutions, pas seulement pour accompagner tel ou tel ressentiment.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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