De nombreuses politiques se construisent pour lutter contre la détermination du milieu social. Si les pauvres sont pauvres, pense-t-on volontiers, c’est parce qu’ils sont nés dans un milieu pauvre. Nous serions en quelque sorte façonnés, pour une grande part, par notre environnement familial et social. Selon la dernière étude de l’économiste Michaël Sicsic (Quelle est l’influence du milieu familial d’origine sur le revenu des jeunes adultes ?dans Revue économique2024/7) la réalité est sans doute plus complexe.
Le revenu des parents ne compte que pour 10%
La plupart des études réalisées sur les questions de mobilité sociale prennent en compte exclusivement ou pour une large part les revenus des parents et observent la mobilité des générations d’un décile de revenus à l’autre. Michael Sicsic s’interroge sur l’ensemble des facteurs qui pourraient expliquer la mobilité intergénérationnelle dans la distribution des revenus. Pour en comprendre l’évolution d’un rang à l’autre, il s’intéresse aux caractéristiques habituelles des familles relatives à l’âge, l’éducation, la profession et les revenus du capital des parents, mais il explore également la part du capital culturel, du patrimoine génétique, l’influence du milieu social et du voisinage (quartiers, école, amis, religion, etc.).
Pour ce faire il analyse les écarts entre membres de mêmes fratries par rapport aux écarts trouvés entre personnes prises au hasard, ce qui lui permet de déterminer la part du milieu familial dans les revenus et la part qui ne l’est pas. Il y a des nuances dans le constat. Les différences de rangs sont moindres entre frères qu’entre sœurs par exemple ; elles sont un peu plus élevées pour les fratries avec un genre différent (28 centiles). Mais il conclut « que la différence de rang moyenne entre membres d’une fratrie est d’un peu plus de 2 déciles et que, par ailleurs, la différence théorique de rang entre deux individus est de 3,33 déciles, [et] en déduit qu’un peu moins de 30 % de la variation de leurs revenus seraient liés à la famille », le reste étant lié à d’autres facteurs que l’on peut considérer comme exogènes à la famille. Certes, « les revenus des parents influencent en moyenne les revenus des enfants, ils ne les déterminent pas : seulement une faible part (un peu moins de 10 %) de leur revenu est liée au revenu, à l’éducation et à la profession de leurs parents ». Ses observations sont d’ailleurs fondées sur de nombreux travaux antérieurs et proches de celles d’autres études : Boutchenik et al. [2015] d’une part et Acciari, Polo et Violante [2020] en Italie d’autre part, qui notaient que l’influence familiale pesait respectivement pour un tiers et 20 %. Ces résultats sont aussi confortés par l’étude d’une population de jumeaux, ce qui permet de supprimer le biais d’âge.
Notre sort nous appartient
Il ressort de cette analyse que les facteurs d’influence sont multiples. Dans ce qui vient des parents, on ne sait pas d’ailleurs ce qui relève du milieu familial et ce qui procède de la génétique ainsi que le note Michael Sicsic. A contrario ces résultats ouvrent la porte à la liberté de détermination par chacun de son propre devenir. Certes, nous sommes tous dépendants de notre environnement, conditionnés en partie par notre milieu social et par nos gènes, par nos capacités physiques et mentales, soumis aux évènements dont nous sommes souvent si peu maîtres. Mais il n’y pas de fatalité. Si les facteurs extérieurs au milieu familial expliquent à peu près 70 % des écarts de revenus entre deux individus en France, personne n’est assigné à son destin. Chacun peut décider, par sa propre volonté, d’évoluer, de monter l’escalier social même s’il est ardu et qu’il n’est pas un ascenseur car il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour le grimper.
Ce qui a fait la grandeur de l’Occident est sans doute de croire que l’homme est précisément celui qui a en lui la liberté et le pouvoir de penser et de faire, la volonté qui lui permet d’exécuter, ou non, ses projets, de passer à l’action. N’est-ce pas un trait qui le différencie de l’animal ? C’est ce qui le rend, en partie du moins, maître de son sort et capable de le faire évoluer, ce qui en fait un être responsable. C’est aussi ce qui conserve à l’homme son identité indépendamment de sa situation et du degré de liberté qui lui est autorisé.
Peut-être que nous en revenons aujourd’hui, dans un monde irréligieux, à l’ancien fatum, ainsi que les peurs écologiques le laissent paraître, qui n’imaginent plus que l’homme pourrait trouver le moyen de les surmonter sinon en se soumettant aux avertissements de la nature et en défaisant, par la décroissance, les progrès du monde. Mais cette étude nous rappelle que l’homme a un libre arbitre et qu’il doit en assumer la responsabilité, qu’il se distingue par son aptitude à surmonter les contraintes auxquelles il a toujours fait face, qu’il peut être ou devenir acteur de l’histoire, du moins de son histoire. Elle nous confirme l’importance de nos libertés.
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Donc les écolos sont des sous-hommes qui baissent les bras, alors que nos ancêtres ont toujours su se retrousser les manches pour vaincre les obstacles.
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