Les Belges ont voté pour les élections européennes, fédérales et régionales (c’est-à-dire les entités fédérées). Ce sont les libéraux et la droite qui ont gagné. La gauche et les écologistes ont perdu.
Le dimanche 9 juin, Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale. Une situation qui pourrait potentiellement profiter au Rassemblement National (RN), vainqueur des élections européennes. Peu importe qui gagnera les prochaines élections législatives, les principales formations politiques françaises étant toutes étatistes.
Que ce soit le RN avec son programme teinté de social et de protectionnisme, La République en marche avec son « en même temps » qui n’a abouti qu’à produire des normes et nous a valu de perdre la confiance de l’agence Standard & Poor’s qui a abaissé la note de la dette, ou La France insoumise avec son programme ouvertement anticapitaliste et anti-libéral, aucun parti ne semble capable de relever les défis économiques nommés assainissement des finances publiques, excès de normes, absence de gains de productivité et pouvoir d’achat.
Une situation qui engendre le pessimisme et a accaparé toute l’attention médiatique, au détriment des autres élections en Europe, notamment les élections nationales belges qui se sont tenues le même jour. À bien des égards, ces dernières représentent une victoire du libéralisme dans un pays pourtant fortement imprégné de socialisme.
Victoire des libéraux et de la droite, défaite de la gauche et des écologistes en Belgique
Les Belges ont voté pour les élections européennes, fédérales et régionales (c’est-à-dire les entités fédérées). Au niveau fédéral, c’est le parti flamand libéral-conservateur N-VA qui domine avec 16,7 % des votes nationaux, dépassant le parti nationaliste Vlaams Belang (allié au RN au niveau européen). À la troisième place se trouve le Mouvement réformateur (MR), parti libéral de centre-droit francophone, avec 10,3 % des voix. Bien qu’il se classe en quatrième position avec 9,9 %, le Parti du travail de Belgique (PTB), un parti marxiste, voit son ascension se poursuivre. On observe également une percée des chrétiens-démocrates aussi bien du côté francophone (Les Engagés avec 6,8 %) que néerlandophone (CD&V avec 8 %). Quant aux partis écologistes, ils enregistrent une réelle baisse de popularité : les Groen flamands sont à 4,6 % et les Écolos francophones à 2,9 %.
Bien que les résultats paraissent faibles en terme de pourcentages, surtout pour les partis francophones, il ne faut pas oublier que la majorité de la population belge est flamande, d’où l’importance des partis flamands. Une alliance entre les libéraux, les chrétiens-démocrates et la N-VA serait suffisante pour obtenir la majorité.
Le tournant à droite est encore plus marqué dans les élections au niveau local, surtout chez les francophones (Wallonie et Bruxelles-Capitale). La N-VA parvient à contenir le Vlaams Belang en Flandre, région connue pour être conservatrice et plutôt hostile à la gauche. La surprise vient, en revanche, de la Wallonie et de Bruxelles. Longtemps bastions du Parti socialiste, avec en plus une montée récente des écologistes, ces deux régions viennent d’être remportées par le Mouvement réformateur (26 % à Bruxelles et 29,6 % en Wallonie) avec une progression des chrétiens-démocrates « Les Engagés ». Si ces deux partis s’alliaient, ils pourraient gouverner seuls en Wallonie. À Bruxelles, il leur sera nécessaire de pactiser avec les socialistes, mais la droite sera en position de force. Là encore, les écologistes subissent une défaite majeure avec un résultat de 9,8 % à Bruxelles (soit une baisse de 9,3 % par rapport aux précédentes élections) et de 7 % en Wallonie (soit une baisse de 7,5 %).
Quels enseignements ?
Cette élection est un véritable revers pour l’écologie punitive. La Belgique était engagée dans un processus de fermeture de ses centrales nucléaires, ce qui, dans le contexte actuel de crise énergétique, s’est rapidement retourné contre les écologistes politiques.
De même, la gauche a été sanctionnée pour ses mauvais résultats économiques dans les régions francophones. L’écart entre le niveau de vie en Flandre et en Wallonie s’est de plus en plus creusé. Pour l’Institut wallon de l’évaluation, le PIB par habitant en Wallonie est de 30 700 euros, plaçant la région au même niveau que la Slovénie. En comparaison, la Flandre affiche un PIB par habitant de 43 800 euros, similaire à celui de la Suède et de l’Autriche. Une situation qui a d’ailleurs renforcé les aspirations indépendantistes en Flandre.
Le retour des libéraux peut laisser espérer une politique favorisant le redressement de l’économie francophone. Il n’est pas impossible que le MR et les chrétiens-démocrates forment une coalition de centre-droit avec la N-VA au niveau fédéral. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, est en tout cas favorable à ce rapprochement et ne voit pas d’inconvénient à ce que Bart De Wever, président de la N-VA, soit un potentiel Premier ministre de la Belgique.
Pourquoi une telle situation n’est-elle pas possible en France actuellement ? Probablement à cause d’organisations politiques très différentes. L’une des forces de la Belgique est son fédéralisme, qui offre une plus grande décentralisation dans la prise de décision. De même, son système parlementaire confère aux Belges une culture politique reposant sur le parlement plutôt que sur un homme providentiel, comme en France. Le chef de l’État belge, le roi Philippe, n’occupe qu’un rôle politique limité et laisse plus de place au parlement.
La résilience des régimes parlementaires lors des élections européennes montre bien que le l’organisation politique belge est plus favorable à la démocratie et à la promotion de la liberté que la nôtre.
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