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mardi 13 janvier 2026

Plan Bayrou : l’Himalaya accouche d’une souris

Temps de lecture : 4 minutes

Le Premier ministre a dévoilé le 15 juillet ses propositions pour « trouver » 43,8 milliards d’euros. Un plan sans relief qui permettra une hausse des impôts et… une augmentation des dépenses à hauteur de 30 milliards d’euros en 2026 !

Voilà des mois qu’il nous préparait cela et on allait voir ce qu’on allait voir ! François Bayrou a présenté le 15 juillet sous l’intitulé « Le moment de vérité » son plan annoncé comme un plan de réduction des dépenses publiques de 40 milliards d’euros, un peu plus en définitive du fait des exigences militaires du président de la République. « Moment de vérité » vraiment ou plutôt effet d’annonce ?

Un plan de rigueur selon la presse

A l’unisson, la presse du 16 juillet a traduit ce plan comme un effort considérable de la part de l’État, et un effort non moins important de la part des particuliers et des entreprises. Le Figaro, très clément envers le gouvernement, a titré en une « Un traitement de choc », en soulignant le courage de François Bayrou. Le Parisien reprend la même expression et il ajoute « Du jamais vu sous la Ve République ». L’Opinion titre « Bayrou fait le pari de la rigueur », mais il précise, nous allons y revenir, qu’il s’agit seulement de « stabiliser » une dette hors de contrôle. La presse de gauche s’est étouffée : « Rigueur budgétaire », titre en une Libération, avec en sous-titre « Le Premier ministre n’a pas fait dans la dentelle ». De son côté, L’Humanité parle en une d’une « purge », tout en pointant une « cure d’austérité qui épargne les plus riches et les grandes entreprises » ; en seconde page, on apprend que « les services publics et la Sécurité sociale en ressortent taillés en pièces ». Seule voix dissonante ou presque, Valeurs actuelles ironise : « François Bayrou a sorti le taille-haie, pas la tronçonneuse »…

Un plan pusillanime

Nous ne pourrons qu’aller dans le sens du titre de Valeurs actuelles, même si nous ne partageons pas toujours le contenu de l’article. En quelques mots, l’objet du plan est de faire légèrement descendre le déficit budgétaire à 4,6 % du PIB en 2026, contre 5,8 % en 2024, avec une trajectoire à moins de 3 %, 2,8 précisément, en 2029. Et cela dans un contexte périlleux pour notre pays puisque, après les recommandations du Fonds monétaire international fin mai dernier, la prochaine décision de l’agence de notation Fitch le 12 septembre sera scrutée…

François Bayrou a effectué un constat globalement lucide de la situation dramatique de notre pays. Il fait partie de ces rares hommes politiques à avoir poussé un cri d’alarme depuis des décennies au sujet de nos finances publiques. Mais, une fois encore, les annonces ne suivent pas. Le gouvernement a mis en ligne une liste des grands postes d’« économies » opérées, chiffrage à l’appui : 7,1 milliards d’euros au titre de l’« année blanche », autrement dit l’absence de revalorisation des barèmes et taux suivant l’inflation (prestations sociales, pensions de retraite incluses, impôt sur les revenus…) ; 5,5 milliards au titre de la modération des dépenses sociales ; 5,3 milliards au titre de la participation des collectivités locales ; 5,2 milliards au titre des opérateurs ; 4,8 milliards pour l’État ; 4,2 pour l’équité fiscale, etc.

L’annonce de la suppression de 3.000 postes de fonctionnaires doit être considérée comme une plaisanterie quand on connaît ses effectifs (5,7 millions au total) et leur croissance sous Emmanuel Macron au mépris de ses promesses… Quant au non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite (c’était un sur deux lors de la présidence Sarkozy…), il s’agit d’une mesure qui oublie la nécessaire opération préalable dont nous allons parler dans le paragraphe suivant.

Certaines mesures annoncées ont fait beaucoup jaser, à commencer par la suppression de deux jours fériés, même si on a immédiatement compris que cette dernière était négociable (traduction : elle sera supprimée). Un large flou règne, particulièrement en ce qui concerne la hausse de la fiscalité, telle la « contribution de solidarité » qui devrait concerner les foyers les plus aisés, au-delà de 250.000 euros pour les célibataires et de 500.000 euros pour les couples. Mais il est clair qu’un nouveau matraquage fiscal est à prévoir au sein du pays déjà champion du monde des impôts ! Charles de Courson, le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, a chiffré la croissance des prélèvements obligatoires à la bagatelle de 14 milliards d’euros.

Le rabot comme solution de désespoir

François Bayrou, qui avait rejeté sans détour la méthode de la « tronçonneuse », a mis plusieurs mois à dévoiler sa méthode pour faire face à « l’Himalaya » de la dette publique. Nous avions salué le fait qu’il avait compris ce qu’il fallait faire : mettre à plat les missions de l’État comme opération préalable. Cette méthode aura sombré corps et biens le 15 juillet au profit de la vieille et piteuse méthode du « rabot » (nous renvoyons nos lecteurs à nos articles intitulés « Quel outil pour réduire les dépenses publiques », 30 juin et 1er juillet 2025). Au lieu de faire le départ entre les missions que l’Etat doit remplir et celles pour lesquelles il doit se retirer, on taille (en apparence du moins) plus ou moins indistinctement dans les dépenses, tout en conservant immaculé le domaine de l’interventionnisme étatique. L’échec est assuré.

La course folle des dépenses publiques se poursuit

Au-delà des effets d’annonce, force est de constater que le plan Bayrou ne résout en rien le problème de nos finances publiques. En effet, il ne s’agit pas de diminuer les dépenses publiques. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a d’ailleurs dû le reconnaître sur France 2 le 15 juillet : nous sommes en présence d’un « budget de ralentissement des dépenses ». Plus précisément, le gouvernement « propose » aux Français que les dépenses n’augmentent que de 30 milliards au lieu de 60 !

Pour illustration, les dépenses sociales diminueraient de 5,5 milliards d’euros. Un chiffre faible, qui ne correspond même pas à des « économies » puisque la trajectoire des dépenses supplémentaires à hauteur de 10 milliards d’euros est simplement freinée. Résultat : une hausse des dépenses sociales de 4,5 milliards d’euros en 2026 ! Nos lecteurs nous pardonneront d’user d’une expression familière, mais on nous prend vraiment pour des gogos…

Rappelons les chiffres des dépenses publiques avec les estimations à compter de cette année :

  • 2024 1.650 milliards d’euros
  • 2025 1.693 milliards
  • 2026 1.722 milliards (au lieu donc de 1.752).

En supposant même que le plan Bayrou soit adopté et appliqué, la dette publique passerait de 113,2 % du PIB en 2024 à 117,2 % en 2029. Quel exploit !

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Une réponse

  1. Tant qu une majorité de gaulois sera bénéficiaire du système redistributif actuel au détriment d une minorité contributive, rien ne changera en interne (les élections reconduiront un parlement divisé et irresponsable) sauf intervention extérieure des marchés qui un jour n auront plus confiance face à une dette qui ne cesse de croitre de manière exponentielle !!!!!

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