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lundi 9 février 2026

Pourquoi certaines nations prospèrent : la leçon du Nobel d’économie 2024

Temps de lecture : 2 minutes

Nobel d’économie 2024

Dans un article publié dans le Journal des Libertés, Hiver 2024, Jean-Pierre Chamoux, professeur émérite à l’université Paris-Cité, revient sur le prix Nobel d’économie 2024, décerné à Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson pour leurs recherches novatrices sur le rôle décisif des institutions politiques et économiques dans la prospérité ou la pauvreté des nations.

Ce prix consacre un quart de siècle de travaux communs, visant à démontrer que les institutions façonnent la prospérité ou la stagnation des pays. Dès les années 2000, leurs analyses ont notamment porté sur les anciennes colonies européennes, illustrant l’importance des structures institutionnelles dans la trajectoire économique des États. Leurs publications, traduites et diffusées largement, ont marqué la pensée économique contemporaine, en particulier Why Nations Fail (2012) et The Narrow Corridor (2019).

Dans Why Nations Fail, Acemoglu et Robinson contestent les explications géographiques et climatiques du développement (comme celles de Montesquieu), et soulignent que seules les institutions permettent d’expliquer les écarts de prospérité entre pays ou entre États d’un même peuple, comme les deux Corées ou les deux Allemagnes avant la réunification. Ils opposent deux types d’institutions : extractives, qui concentrent le pouvoir et les richesses, et inclusives, qui favorisent l’investissement, la croissance partagée et la stabilité. Ce clivage structure la trame de leur ouvrage, à travers des exemples variés (Empire ottoman, Chine impériale, URSS, Amérique latine, etc.) qui montrent que les institutions extractives, même efficaces temporairement, conduisent inéluctablement à la décadence ou à l’explosion politique et sociale.

The Narrow Corridor, publié en 2019, approfondit cette réflexion en s’intéressant au lien entre institutions et liberté. L’ouvrage développe la métaphore d’un “couloir étroit” dans lequel les nations doivent se maintenir pour conserver des institutions stables et protectrices. L’échec syrien post-2011, marqué par la désintégration de l’État et l’émergence du Califat islamique, illustre l’effondrement institutionnel absolu. En parallèle, des cas comme la Confédération suisse ou, temporairement, l’Afrique du Sud post-apartheid, montrent qu’un équilibre est possible.

Les auteurs explorent aussi les échecs récents : Venezuela de Maduro, Liban post-2020, Algérie contemporaine, soulignant que ces pays ont quitté ce couloir de la liberté. Ils dénoncent l’idée que la liberté puisse émerger spontanément et insistent sur la vigilance et l’effort constants que son maintien exige.

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6 réponses

  1. Why nations fail… Ouvrage indispensable, que dis-je, bible qui prouve, sans doute possible, pourquoi le libéralisme est la condition nécessaire et suffisante de la prospérité des nations et de l’épanouissement des individus.

  2. Bon, Michael Porter en parlait déjà il y a plus de 20 ans dans « ,L’avantage compétitif des Nations »

    1. Oui et aussi Adam Smith.
      Mais de manière plus limitée je trouve.
      L’ouvrage de Acemoglu me semble écrit d’une plus grande hauteur de vue, portant sur un temps et une surface plus larges.
      Je le comparerais, dans la pertinence, la preuve et la somme de connaissances à Sapiens, de Harari.

  3. Un grand merci à Jean-Pierre Chamoux ! L’intuition que je partage avec beaucoup de libéraux quant au sous-développement par des « institutions extractives » est ici argumentée et illustrée par de nombreux exemples.
    J’ai notamment remarqué les quelques mots sur la Chine, ayant publié de nombreux articles négatifs sur son développement, et notamment sur son développement « réel », c’est-à-dire la répercussion concrète pour le citoyen de base.

  4. Cette métaphore du couloir est intéressante car sa taille varie sensiblement d’un pays à l’autre car on ne peut pas comparer une cité-Etat ou un petit pays nordique avec un pays comme la Syrie où cohabitent des ennemis héréditaires et dont l’unité est compromise maintenant quele régime des Assad est tombé…

    Par ailleurs, l’individualisme est bien plus prononcé dans les pays de culture latine et les libéraux de la république romaine ont ainsi scié la branche sur laquelle ils étaient assis en remplaçant les travailleurs libres par des esclaves…

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