Journal d'actualité libéral
|
jeudi 2 juillet 2026

Pourquoi le silence des entreprises n’est plus une option

Temps de lecture : 3 minutes

Depuis quelques mois, des entreprises françaises sortent du silence. Tribunes, collectifs spontanés (Trop c’est trop, le Cercle des entrepreneurs engagés, 300 pour la France, Le pouvoir de l’action et d’autres encore !), prises de parole personnelles : un mouvement s’installe, large et politique, complémentaire de la défense des intérêts patronaux par les organisations institutionnelles connues. Ce qui se joue n’est pas qu’anecdotique. C’est un changement de doctrine révélateur.

Ces trente dernières années, le patronat français avait fait sienne une règle simple : produire, investir, embaucher, exporter – et laisser aux hommes politiques le soin de fixer le cadre. Ce partage est révolu. Le second quinquennat du président Macron a marqué une rupture à cet égard, intervenue en deux temps : d’abord, la séquence de la dissolution et (plus encore) celle de la censure du gouvernement de Michel Barnier, qui a conduit les dirigeants économiques à se défier plus encore de la politique, dans une position de retrait prudent et circonspect ; ensuite, celle du projet de loi de finances pour 2027 qui a révélé que les différents partis privilégiaient les hausses de fiscalité (en particulier sur les entreprises) plutôt que la rationalisation de la dépense publique – y compris l’extrême-droite qui avait pourtant tenté de lisser son image vis-à-vis des chefs d’entreprise.

L’entrepreneur ne se contente plus d’observer : il élève désormais la voix

Le phénomène est mondial. Aux États-Unis, les grands dirigeants expriment une inquiétude croissance face à l’érosion d’institutions qu’on croyait acquises : indépendance de la Fed, stabilité juridique, fiabilité des statistiques publiques, liberté académique. Les milieux d’affaires américains comprennent que l’économie de marché ne flotte pas dans le vide. Elle suppose un État de droit, une justice indépendante, une monnaie crédible, une information fiable, des règles prévisibles. Sans ces fondations, le marché s’affaisse et le capitalisme de connivence triomphe.

En France, l’inquiétude est de même nature mais d’origine différente. Ce n’est pas l’excès de politisation qui menace l’économie : c’est la défaillance institutionnelle et régalienne du politique. Notre Etat cumule deux défauts : il est à la fois omniprésent administrativement mais faible dès lors qu’il faut décider et exécuter. Le résultat est sous nos yeux : une trajectoire économique illisible, des décisions retardées, une instabilité normative permanente, une vision industrielle introuvable. C’est un constat dont les entreprises ne se satisfont plus. Elles ont résolu d’intervenir.

La liberté économique n’est jamais acquise, elle doit être défendue

Leurs interventions débordent largement le seul cadre de la fiscalité et des charges. Certaines maintenant  défendent la liberté économique elle-même comme condition de la prospérité collective. Elles défendent un cadre lisible, des délais raisonnables, une administration prévisible, une acceptation politique du risque. C’est précisément ce que rappellent les travaux d’économistes récemment récompensés comme Daron Acemoglu ou Philippe Aghion : sans institutions solides, pas d’innovation ; sans innovation, pas de croissance ; sans croissance, pas de modèle social viable.

L’entreprise devient ainsi un acteur civique. Loin d’être extérieure à la société démocratique, elle l’irrigue : elle investit, emploie, forme, innove, structure des territoires, supporte la création de richesse. Lorsqu’elle plaide pour une justice prévisible ou une fiscalité stable, elle ne défend pas ses intérêts : elle défend les conditions de l’investissement, de l’innovation, de l’avenir. Les Français ne s’y trompent pas : leur confiance dans les entrepreneurs reste incomparablement plus élevée qu’envers leurs élus.

Prendre la parole ne suffit toutefois pas. Le grand combat des prochaines années sera celui des idées. C’est dans les mouvements d’idées, dans les think tanks indépendants, dans leurs études, leurs notes, leurs publications quotidiennes, que se construit aujourd’hui la contre-offensive intellectuelle face à la dérive étatiste, à la fiscalité confiscatoire, à la décroissance idéologique. Ces institutions vivent de la générosité de ceux qui pensent que la liberté économique se mérite et se défend !

Pendant trente ans, les démocraties occidentales ont considéré comme acquises les infrastructures invisibles de la prospérité. Elles découvrent aujourd’hui qu’elles peuvent s’affaiblir, en leur sein et sous l’action de certains de leurs membres. Il revient désormais à ceux qui produisent, investissent et prennent des risques de défendre, explicitement et collectivement, l’environnement institutionnel dont leur activité dépend. Non pour se substituer au politique, mais pour rappeler une évidence : il n’existe ni souveraineté durable, ni modèle social viable, ni stabilité démocratique sans création de richesse préalable – et sans bataille gagnée des idées qui la rendent possible.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


7 réponses

  1. Bien sur qu ils doivent se mobiliser mais les entreprises ne votent pas
    Augmenter leurs impôts et taxes n engendrent que de faibles protestations et aucun manif c est du pain béni pour tous nosfranchouillards irresponsables qui refusent obstinément de payer la note du quoiqu’il en coûte quoiqu’il arrive et pire en redemande a la moindre occasion

    1. Par ailleurs, une mobilisation des entreprises pourrait lui revenir en boomerang car votre vocable « franchouillards irresponsable » s’applique très bien à une majorité de chefs d’entreprise pas en reste quand il s’agit de demander des aides, comme le lobby immobilier ayant prospéré sur le Pinel et demandant à hauts cris de nouvelles aides…

  2. Je crois que tout revient à une question de pouvoir. Quand les politiciens et gouvernants veulent le pouvoir sur tout – à l’image de l’Union européenne – leur manque de compétence associé aux restrictions de liberté commence à montrer des effets néfastes qu’ils cherchent à compenser par une fuite en avant vers encore plus de pouvoir et d’un début de dictature sur l’économie et sur le peuple. Mais la solution pourrait arriver partiellement en 2027 par une perte de monopole des gauchos et leurs associés sur le pouvoir. Espérons que ce sera un bon départ, probablement dans la douleur vu le nombre de profiteurs actuels qui seraient perdants.

    1. 2027 ne sera que la continuation exacerbée de la situation actuelle puisque le nouveau PR n aura pas de majorité a l assemblée nationale
      La France sera malheureusement toujours ingouvernable
      Peut être en 2032??

  3. Il est plus que temps de se réveiller ! 40 ans de complaisance vis-à-vis du capitalisme-de-connivence ont fait le lit d’une menace collectiviste généralisée… Mais citez-moi un seul grand journal menant le combat culturel libéral ? Le Figaro, L’Opinion et Les Echos sont enferrés dans un euro-socialisme lénifiant. Et je ne parle pas de la télévision ni de l’absence de soutien aux influenceurs libéraux sur internet. Pourquoi des médias comme l’IREF et Contrepoints ne sont-ils pas massivement invités dans le débat public par ces médias détenus, paraît-il, par des grands capitalistes ? Que fait le MEDEF ? Qui a cru un instant que les institutions libérales existaient hors-sol ? Qui ne sait que le libéralisme s’ancre dans une culture qu’il est grand temps de défendre ? … en vérité, le patronat se trouve pris dans sa propre contradiction : il en est rendu au point où ses intérêts de connivence entrent désormais en contradiction avec la préservation des institutions libérales qui le font vivre. Eh bien, messieurs-dames, il va falloir vous réveiller ! Les patrons américains de la tech ont commencé à se réveiller. Il faut suivre leur exemple au lieu de se pincer le nez.

  4. Hormis C-News (libéralisme fortement teinté de conservatisme), quel mass-média a commencé un combat culturel sérieux et général pour défendre nos institutions et nos usages (qui sont la base sur laquelle le libéralisme peut exister) ? C’est facile de critiquer C-News. Mais c’est plus difficile de le concurrencer. Il faut du courage. Il faut accepter de briser le consensus social-démocrate, dirigiste, relativiste, étatiste, immigrationiste, rousseauiste… De temps de la guerre froide, des intellectuels comme Raymond Aron et Milton Friedman étaient soutenus pour faire face à la pensée-unique marxiste qui menaçait d’emporter nos pays. Ca ne tombe pas du ciel ! … Au lieu de nous lamenter sur l’inculture économique des Français de base, il est grand temps d’irriguer les consciences de lumières libérales… Un auteur pédagogique et populaire comme Frédéric Bastiat n’est même pas réédité dans son propre pays ! Je suis persuadé que les plombiers lepénistes n’attendent pas mieux qu’une saine information qu’ils sont tout à fait en mesure de comprendre. La faute, actuellement, est aux élites libérales qui refusent d’assumer le combat intellectuel.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.