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vendredi 16 octobre 2026

Retraites : Jacques Rueff avait prédit la faillite dès le premier jour

Temps de lecture : 2 minutes

Au moment même où les ordonnances d’octobre 1945 installent la Sécurité sociale et la retraite par répartition, Jacques Rueff publie L’Ordre social. Il y pose une distinction dont nous mesurons aujourd’hui la portée : d’un côté les vrais droits, adossés à une épargne réelle et à du capital productif ; de l’autre les « faux droits », qui ne reposent que sur une promesse faite sur l’avenir.

La répartition, explique-t-il, ne crée aucune richesse. Elle octroie aux retraités d’aujourd’hui une créance sur le travail des générations de demain. Et il en tire la conséquence, avec une clarté que quatre-vingts ans n’ont pas émoussée : si la démographie fléchit ou si la croissance ralentit, un tel système ne tient qu’en augmentant massivement les prélèvements, en s’endettant ou en créant de la monnaie, c’est-à-dire en nourrissant l’inflation. Les trois, en réalité.

Il récidive en 1960, dans le rapport sur les obstacles à l’expansion économique qu’il copréside avec Louis Armand : faire reposer toute la solidarité nationale sur des cotisations assises sur le travail finira, prévient-il, par peser sur la productivité et par creuser un déficit structurel. L’anti-Keynes prêchait dans le désert.

Car il parlait pendant une période de boom économique. La France comptait alors 4,3 cotisants pour un retraité et le PIB augmentait de 5 % par an : les caisses débordaient. Pourquoi écouter un Cassandre annonçant une tempête pour dans cinquante ans ? S’y ajoutait le climat politique de l’après-guerre, où prôner la capitalisation passait pour une posture antisociale, et l’épargne retraite pour un outil au service du capitalisme financier. Sur ce point au moins, presque rien n’a changé.

Le ratio, lui, a changé : environ 1,7 cotisant par retraité aujourd’hui, et moins de 1,4 pour le seul régime général. Le reste est arrivé comme annoncé, déficits permanents comblés par des transferts de l’État, dette reportée sur les jeunes générations, et un salarié du privé qui paie de plus en plus. La crise des retraites n’est pas un accident : c’est l’exécution mécanique d’un avertissement formulé il y a quatre-vingts ans, que personne n’a voulu entendre.

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