Journal d'actualité libéral
|
vendredi 6 novembre 2026

Retraites : Jacques Rueff avait prédit la faillite dès le premier jour

Temps de lecture : 2 minutes

Au moment même où les ordonnances d’octobre 1945 installent la Sécurité sociale et la retraite par répartition, Jacques Rueff publie L’Ordre social. Il y pose une distinction dont nous mesurons aujourd’hui la portée : d’un côté les vrais droits, adossés à une épargne réelle et à du capital productif ; de l’autre les « faux droits », qui ne reposent que sur une promesse faite sur l’avenir.

La répartition, explique-t-il, ne crée aucune richesse. Elle octroie aux retraités d’aujourd’hui une créance sur le travail des générations de demain. Et il en tire la conséquence, avec une clarté que quatre-vingts ans n’ont pas émoussée : si la démographie fléchit ou si la croissance ralentit, un tel système ne tient qu’en augmentant massivement les prélèvements, en s’endettant ou en créant de la monnaie, c’est-à-dire en nourrissant l’inflation. Les trois, en réalité.

Il récidive en 1960, dans le rapport sur les obstacles à l’expansion économique qu’il copréside avec Louis Armand : faire reposer toute la solidarité nationale sur des cotisations assises sur le travail finira, prévient-il, par peser sur la productivité et par creuser un déficit structurel. L’anti-Keynes prêchait dans le désert.

Car il parlait pendant une période de boom économique. La France comptait alors 4,3 cotisants pour un retraité et le PIB augmentait de 5 % par an : les caisses débordaient. Pourquoi écouter un Cassandre annonçant une tempête pour dans cinquante ans ? S’y ajoutait le climat politique de l’après-guerre, où prôner la capitalisation passait pour une posture antisociale, et l’épargne retraite pour un outil au service du capitalisme financier. Sur ce point au moins, presque rien n’a changé.

Le ratio, lui, a changé : environ 1,7 cotisant par retraité aujourd’hui, et moins de 1,4 pour le seul régime général. Le reste est arrivé comme annoncé, déficits permanents comblés par des transferts de l’État, dette reportée sur les jeunes générations, et un salarié du privé qui paie de plus en plus. La crise des retraites n’est pas un accident : c’est l’exécution mécanique d’un avertissement formulé il y a quatre-vingts ans, que personne n’a voulu entendre.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


26 réponses

  1. « Proner la capitalisation passait pour une posture antisociale »
    En fait, la France était déjà un pays communiste !

  2. 1- « La mémoire, le savoir, l’éloquence ne sont pas preuves dintelligence »…. mais quand elle s’y ajoute on obtiend de rare spécimens comme J.Rueff!
    2- Il devient évident aujourd’hui que ceux qui n’élèvent pas d’enfants doivent être exclus de la répartition et capitaliser.

    1. Vous avez raison de mentionner les « passagers clandestins » à savoir ceux qui bénéficient de la répartition sans avoir élevé d’enfants.
      J’ai pire : celle qui a commencé à travailler tôt mais a consacré 2 ans à élever ses enfants (congé parental) voit son droit à bénéficier du dispositif « carrière longue » amputé… alors que celle qui n’a pas eu d’enfants et a fait la même carrière que la mère de famille en bénéficie bien !
      Dans ce cas, avoir élevé des enfants réduit les droits, alors même que ce sont ces enfants qui paient la retraite ! Lunaire !
      De même, les fameux « 4 trimestres par enfant » ne comptent plus que pour 2 par enfant dans le dispositif « carrière longue », or ces mères ont non seulement commencé tôt ET élevé des enfants, elles en sont punies !
      Le système est au sommet de la perversion !
      Mais il est vrai que ces gouvernements ne sont pas à une aberration prêt quand il s’agit de voler des droits pour pouvoir les distribuer à des personnes qui n’ont pas fait ce qu’il faut, et s’afficher en « sauveur’ aux frais des autres (ça, toujours).

      1. Et les femmes qui n’ont pas d’enfant peuvent faire de brillantes carrières… sans risquer les séquelles d’un l’accouchement !

  3. Rueff Erhardt Millei… Les figures géniales de la prospérité économique en démocratie. Pourtant, autant de Gaulle fut sensible au génie de Rueff, autant il fut allergique a celui de Erhardt … Et les francais de sentent justifiés de rejeter Millei qui recuse le centralisme etatique. Il faut avoir vécu la dictature de l’intérieur pour comprendre.

  4. Jacques Rueff était un économiste brillant , c’est là que réside la différence d’avec les Politiciens qui nous gouvernent . Comparés à cet homme , ils font figure de cancres et leurs résultats sont là pour le confirmer. J’ajouterais à cela que dans son ouvrage de 1971 , Le Pêché monétaire de l’Occident il prédit avec la chute de la croissance ( que nous observons actuellement ) la croissance de la masse monétaire conduira à l’effondrement du système monétaire faute de convertibilité , faute de l’abandon assassin du mono métallisme or.

    1. Des économistes brillants il y en a actuellement mais personne ne porte attention à leurs propos pas plus les politiques que nos gaulois biberonnes a l argent magique

  5. A l’époque (octobre 1945) la création de la sécurité sociale et l’instauration de la retraite par répartition étaient parfaitement fondées. Au sortir de la guerre, l’urgence était de reconstruire la France. Pour cela, il fallait de la cohésion sociale afin que chaque citoyen participe à la reconstruction nationale. De plus, après les années d’occupation et de privation, il fallait ouvrir des perspectives de progrès pour les français. En outre, il y avait de l’emploi. C’est, en réalité à partir des années 70 que le chômage de masse a fait son apparition et auquel les politiques menées n’ont pas su répondre efficacement. La désindustrialisation massive, la baisse continue du niveau scolaire, la tertiairisation de l’économie, la perte progressive de l’emploi à haute valeur ajoutée, le sous-investissement dans la recherche et l’innovation technologique, la surtaxation des entreprises dont les PME, etc. ont, en quelques décennies obéré la création d’emploi. C’est lorsque la conjoncture montre des signes de changement qu’il faut avoir le pragmatisme et le courage pour prévenir les catastrophes et faire les réformes nécessaires. Je crois malheureusement que ce ne sont pas des vertues partagées par les dirigeants et les « élites » politiques au pouvoir depuis plus de 50 ans.

    1. Au contraire, c’est la capitalisation qui faisait tout son sens en 45. Pour reconstruire la France et remettre son économie sur les rails il fallait des masse de capitaux que seul des fonds de retraire auraient pu apportés. On aurait même pu se passer de plan marshal. Hélas l’influence du communisme était trop forte alors.

      1. Parfaitement exact, la capitalisation aurait du commencer à cette époque et prendre progressivement le relais de la repartition.

  6. C’est bien vrai. J’avais compris cela dès l’âge de 12 ans et je me souviens avoir posé la question à mon père : que se passera-t-il si les français font moins d’enfants ? je ne me souviens pas de sa réponse.. Mon cher papa a effectué toute sa carrière à la sécurité sociale mais n’avait bien évidemment aucun pouvoir de décision politique. Il a été, je me souviens très bien des discussions à table, harcelé par les syndicats durant toute sa carrière, notamment la CGT, qui est vraiment le poison de notre pays..

  7. Le problème des retraites est la résultante patente de l incurie française dans toute sa splendeur
    Nous préférons nous raconter de fabuleuses histoires à dormir debout plutôt que de simplement regarder en face la réalité
    Donc nous acceptons une défaite avec panache au lieu d une belle victoire
    Ah ce masochisme franchouillard!

    1. @Phlh Ne vous jetez donc pas ces cendres sur le dos et n’ajoutez point du masochisme à ce masochisme que vous dénoncez. La culpabilité générale n’existe pas, l’imposer est une perversité. Je suis née dans ce système dans les années 60 et le subis depuis lors, et pourtant je ne l’ai pas décidé et je ne peux m’y soustraire, je suis contributrice malgré moi, je ne porte aucune culpabilité , et je prie pour accueillir la suite avec sérénité.

  8. Quand on est aux responsabilités, il faut savoir etre paranoïaque et anticiper toujours un plan B si vos décisions ont des effets contraires à vos prévisions.
    Nos politiques ne savent pratiquer que des décisions de court terme et dont incapables de faire du billard a 2 ou 3 bandes…. sauf pour leur réélection.

  9. Le point de départ de tous ces problèmes est que la France est un pays viscéralement communiste depuis 1789…
    Le problème du pays est beaucoup plus grave à mon sens que ce qui estgénéralementinvoqué. Il s’agit d’un état
    d’esprit qu’il faut changer. Depuis la révolution, la France est un pays fondamentalement étatiste et communiste. Ne jamais oublier que le communisme est né en France, pays qui a formé la plupart des leaders communistes criminels de la planète. L’égalitarisme, le collectivisme, l’étatisme sont viscéralement enracinés dans le cerveau de tous les français,
    même ceux qui se targuent d’être libéraux ou qui ont des patrimoines à 8 chiffres. Le changement à effectuer est copernicien et même le FMI aura du mal sans violence à redresser le pays. La voie pacifique serait longue car la
    tâche pour reformater les prochaines générations est immense. J’écris « serait » car je crains qu’aujourd’hui le pays ne soit plus maitre de son
    agenda.
    Par ailleurs, comme le dit Dominique Reynié : « Il y a maintenant 40 ans que les choses se dégradent sans qu’aucun problème de fond ne soit traité. Nous sommes au stade de l’effondrement systémique. Je ne suis pas certain que notre pays ait le sens de la réforme, sinon on l’aurait montré avant. Par contre le pays a l’habitude des ruptures brutales. Il va falloir prendre des décisions extrêmement désagréables dans un pays qui a perdu
    l’habitude de supporter des décisions désagréables quoi qu’on en dise. C’est une révolution mentale qu’il faudrait faire en peu de temps je ne suis pas sûr qu’on en soit capable. Ce sont tous les Français qui ne sont pas raisonnables et ne sont pas suffisamment sérieux.
    C’est un peu facile. Vous ne pouvez pas renvoyer aux dirigeants la responsabilité de ne pas prendre les décisions que de toute façon vous ne leur laisserez pas prendre. La
    responsabilité tient aux 49 millions d’électeurs.  »
    Voilà le résultat de l’endoctrinement via l’Education Nationale, de la
    propagande incessante des médias, la reprise par la classe politique de tous bords de l’idéologie de l’assistanat gauchiste, du principe de l’état providence nounou omniscient et omniprésent. Et tout ça surtout depuis 68.
    Plus de la moitié du pays est bénéficiaire de la redistribution (en fait 57% des français touchent plus de l’Etat que ce qu’ils donnent à l’Etat) et ils voteront donc toujours pour la préservation du système, même s’il est corrompu comme celui en place depuis 50 ans et en particulier depuis
    l’arrivée de macron.
    L’avachissement décrit par Eric Verhaeghe est la caractéristique de la majorité
    des français qui râlent s’opposent et finalement pensent avoir agi efficacement
    contre le système, ce qui est totalement faux. Seule l’action individuelle au plus bas niveau, en s’investissant vraiment contre le système peut faire
    avancer le pays. Voir le livre de E. Verhaeghe « Traité pour le monde d’après » pour un
    retour à l’ordre spontané et à l’instinct vital

    1. @Robagine Vous citez D Reynié et il commençait bien. Très bien jusqu’à son « La responsabilité tient aux 49 millions d’électeurs. » : nous serions tous responsables. Tous coupables par capillarité. Y compris les bébés qui ne votaient pas j’imagine ? Comment diable le mauvais vote d’une majorité enverrait le reste minoritaire au pilori. Voila comment on perd la confiance et les élections en traitant ses supporters et les victimes comme responsables , en les noyant dans une culpabilité mortifère. Par ailleurs il faudrait comme sagement enseigné jadis par la bible accueillir à bras ouvert ceux qui font leur chemin de Damas . Assez de cette culpabilité, certes il faut faire le bilan et regarder en face les errance , mais après il faut effacer l’ardoise aller de l’avant , réunir . C’est ce discours positif, ce projet à visée de réussite collective (par opposition à celui d’en face : de faillite collective) qu’il faut porter et non celui mortifère de la culpabilité collective qui attire les grincheux et repousse les autres .

  10. Je découvre Jacques Rueff. A l’âge de 17 ans j’ai compris que le système de retraite par répartition était le fruit de la cupidité de ceux qui l’ont installé pour eux qui n’avaient jamais cotisé.
    Le dernier serait le cocu de la farce.
    Les élites ont maintenu le problème sous le boisseau pour leur propre confort . Pour preuve, en 1982 le gouvernement Mitterand qui avait parfaitement vu venir le désastre , proposait aux Français de l’étranger d’acheter au rabais des points de retraite pour combler le déficit amorcé.
    Les responsables sont connus, des sacrifices sont demandés aux administrés alors que ces « élites » continuent de se gaver. C’est chez ces responsables qu’il faut chercher les économies d’urgence.

  11. Grandissime Jacques RUEFF dont je lis en ce moment même plusieurs ouvrages… non seulement en matière de rigueur monétaire et économique, mais également en matière de philosophie politique et de philosophie des sciences physiques… il avait une vision de l’homme et de la société qui n’excluait pas la spiritualité… La France avait de grands esprits ! … rappelons au passage que le Général de Gaulle, auquel les libéraux font parfois quelques reproches partiellement justifiés, avait confié le redressement monétaire, budgétaire et économique à Rueff… on naviguait alors à d’autres altitudes intellectuelles, bien au-dessus des prétendus libéraux, capitalistes de connivence, d’aujourd’hui… 50 ans de socialisme mental et culturel nous ont plombé ensuite : on le voit avec ces pauvres émeutiers qui traînent leur nihilisme sans-issue dans nos villes (on se croirait revenu au nihilisme russe du XIXème siècle). … A propos de Rueff, conseillons en outre la très belle biographie récente de Gérard Minart.

  12. Frederic Bastiat avait fait encore mieux, il avait prévu la faillite de la Sécurité Sociale un siècle avant sa création.

    1. tout à fait… Bastiat est un génie qu’il faut lire et relire. … Et, surtout, l’on se demande pourquoi les journaux libéraux ne republient pas ses textes… ceux-ci sont parfaitement calibrés pour la presse, et feraient considérablement croître la culture économique chez le lecteur moyen. Le combat culturel libéral commencerait donc pas faire lire Bastiat au grand public, ou au moins au lectorat moyennement cultivé.

  13. La sécu n’a pas été créée en 1945 mais les régimes spéciaux, c’est à dire ceux qui favorisent les cocos.

  14. L’adage dit que gouverner c’est prévoir. Il faut croire que notre pays n’a jamais été gouverné . Nos élites à mes yeux n’ont fait que faire glisser le rafiot dans la ligne de plus grande pente, naviguant à vue, évitant seulement les écueils, parfois comme récemment en pagayant plus vite comme pour précipiter la chute . Cette chute elle devient audible, visible, et peut être nécessaire , c’est bien dommage .

  15. Quand on lui cache soigneusement le fonctionnement du système comment voulez vous que le peuple s’y retrouve ?
    On lui dit  » vous cotisez pour la retraite » et on lui parle de « caisse de retraite ». Tout est fait pour qu’il croit que sa cotisation va dans une caisse et fructifie pour sa retraite ! (La capitalisation, en somme)
    Voyez le nombre de personnes qui tombent de leur chaise quand on leur dit qu’ils ne provisionnent rien du tout… et quand on leur dit que leur cotisation c’est les enfants qu’ils élèvent, il vous prennent pour un fou !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.