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mardi 9 juin 2026

Sortir du gaz russe sans tomber dans de nouvelles impasses énergétiques

Temps de lecture : 3 minutes

L’Europe a fortement réduit sa dépendance au gaz russe depuis 2022, mais cette avancée ne sera durable que si elle est fondée sur l’ouverture, la concurrence et la liberté de diversifier les approvisionnements. Sortir de la dépendance à Moscou ne doit pas conduire à une Europe plus fermée : la sécurité énergétique exige un marché ouvert, plusieurs fournisseurs et moins de rigidités inutiles.

REPowerEU rappelle que la part du gaz russe dans les importations européennes est passée de 45 % avant la guerre à 12 % en 2025 ; le Conseil de l’Union européenne indique que les volumes livrés à l’Union sont tombés de plus de 150 milliards de mètres cubes en 2021 à 36 milliards en 2025. La rupture n’est donc plus un discours : elle se lit déjà dans la carte des approvisionnements européens.

Sortir du gaz russe est devenu une règle, pas un slogan

Cette sortie est désormais inscrite dans le droit. Après l’approbation définitive du texte par les États membres en janvier 2026, Reuters soulignait que le GNL russe devait être arrêté d’ici la fin 2026 et le gaz russe par gazoduc d’ici l’automne 2027. Le règlement (UE) 2026/261 consacre cette interdiction progressive. Cette fermeté est nécessaire face à Moscou ; elle ne doit pas devenir le prétexte à une politique énergétique fermée. L’objectif est de rompre avec la dépendance russe, non de créer des obstacles aux fournisseurs non russes.

Le débat n’a pas commencé en 2026. Dès 2022, l’idée d’ouvrir davantage les approvisionnements par le GNL et par de nouveaux fournisseurs était déjà posée. La leçon reste la même : une dépendance naît lorsqu’un fournisseur devient trop central. La réponse n’est pas une Europe plus administrée, mais une Europe plus ouverte, capable de mettre plusieurs routes et plusieurs fournisseurs en concurrence.

Sortir du gaz russe ne suffit pas : le risque change de forme

La baisse des volumes russes a été compensée surtout par la Norvège et les États-Unis. En 2025, la Norvège fournissait 30,9 % du gaz importé par l’Union, les États-Unis 26,2 %, l’Afrique du Nord 12,7 % et l’Azerbaïdjan 3,9 %. L’Europe a donc diversifié ses fournisseurs, mais cette diversification doit être prolongée par une vraie logique de concurrence. Le problème n’est pas d’acheter du gaz américain, norvégien, méditerranéen ou azéri ; il serait de laisser un nouveau fournisseur dominant remplacer l’ancien.

Le recours au gaz naturel liquéfié devient central. Selon l’AIE citée par Reuters, l’Europe devrait importer un niveau record de 185 milliards de mètres cubes de GNL en 2026, après 175 milliards en 2025. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle : le GNL donne de la souplesse, élargit le marché et peut renforcer le pouvoir de négociation européen. Mais il ne sera utile que s’il sert la concurrence entre fournisseurs, contrats et routes d’approvisionnement. Le problème n’est pas le GNL américain ; le problème serait d’en faire une solution quasi exclusive.

L’Agence internationale de l’énergie montre que l’offre mondiale de GNL a fortement progressé en 2025, que les prix européens et asiatiques évoluent de plus en plus ensemble et que les États-Unis dominent le nouveau cycle d’investissement dans les capacités de liquéfaction. Leur part du marché mondial du GNL pourrait passer d’environ 25 % en 2025 à 33 % à la fin de la décennie. Ce n’est pas une raison pour rejeter le commerce mondial ; c’est une raison pour l’utiliser pleinement, en évitant qu’un fournisseur, même allié, devienne indispensable.

La sécurité énergétique suppose concurrence, ouverture et souplesse

La sécurité énergétique ne se décrète pas depuis Bruxelles. Elle se construit par un portefeuille ouvert : Norvège, Azerbaïdjan, approvisionnements méditerranéens, GNL d’origines multiples, stockage, interconnexions et contrats de durée variée. Plus l’Europe multipliera les routes, les acteurs et les formes de contrats, moins elle sera vulnérable au chantage d’un fournisseur dominant.

Le coût de l’énergie reste le juge de paix. Reuters rappelait en mars 2026 que le gaz demeure important pour le chauffage et l’industrie, et que certains responsables européens reconnaissent désormais qu’une transition trop coûteuse affaiblit la compétitivité. L’objectif n’est pas d’abandonner la transition, mais de la réconcilier avec le marché : davantage de fournisseurs, davantage d’infrastructures, plus de concurrence et moins de rigidités.

L’exemple allemand montre déjà ce que produit une politique énergétique idéologique : des coûts élevés, une industrie fragilisée et une sécurité énergétique moins robuste. Une politique énergétique ne se juge pas à ses intentions, mais à ses effets sur les prix, la production et la sécurité d’approvisionnement.

C’est ici que les avertissements de l’IREF gardent toute leur actualité. Une politique énergétique incohérente et surtaxée pèse sur la compétitivité sans garantir davantage de sécurité. De la même manière, une transition conduite sans pragmatisme peut recréer d’autres dépendances, moins visibles mais tout aussi contraignantes. L’Europe ferait fausse route si elle quittait le gaz russe pour s’enfermer dans une politique plus rigide, plus coûteuse et plus vulnérable aux chocs externes.

Sortir du gaz russe – tant que le dictateur Poutine est au pouvoir – est nécessaire. Mais cette stratégie ne réussira que si l’Europe remplace la dépendance à Moscou par un marché plus ouvert, plus concurrentiel et plus diversifié. Une Europe énergétiquement solide n’est pas une Europe qui substitue un fournisseur dominant à un autre, ni une Europe qui surcharge son marché de règles inutiles. C’est une Europe qui laisse jouer la concurrence, multiplie les routes d’approvisionnement, sécurise ses infrastructures et refuse de confondre souveraineté avec fermeture.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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9 réponses

  1. « L’objectif n’est pas d’abandonner la transition, mais de la réconcilier avec le marché : davantage de fournisseurs, davantage d’infrastructures, plus de concurrence et moins de rigidités. »

    réconcilier la transition.. avec le marché… c’est dire réconcilier la planification avec la liberté économique.
    Pourquoi ne pas laisser l’économie PRODUIRE la transition?
    Ce que les trajectoires du GIEC cachent est que il ne peut pas y avoir de controle des emissions sans gouvernance mondiale économique forte…et il rappelle aussi que les poltiques unilatérales ne fonctionnent en général pas une réduction antiécomique est ruineuse.

    L’approvisionnement en énergie est une banale question stratégique.. Il faut cesser de se mentir.

  2. « Le problème n’est pas d’acheter du gaz américain, norvégien, méditerranéen ou azéri ; il serait de laisser un nouveau fournisseur dominant remplacer l’ancien. »

    C’est une évidence que ne partage évidemment pas le fournisseur US qui alimente désormais une grande partie des pays européens…

    1. Fournisseur américain duquel nous étions très contents de recevoir le GNL en pleine panade
      Récrire l histoire est une grande spécialité gauloise
      Comme d ailleurs l anti-americanisme primaire

  3. A la décharge de l UE, il faut reconnaître que ce changement de fournisseurs de gaz s est effectué dans la précipitation

  4. Mwaiis, La russie et la chine sont en train de conclure pour la construction de force de Sibérie 2 qui va permettre d’exporter vers l’industrie chinoise le gaz bon marché initialement destiné à l’Europe, ce qui fait que de toute façon, nous n’aurons pas le choix. C’est pas nous qui allons abandonner le gaz russe, c’est le gaz russe qui va partir ailleurs. En outre, les gisements en mer du nord sont en déclin, faut pas trop compter dessus. Enfin, la plupart des pays producteurs potentiellement alternatifs ne sont pas en froid avec la Russie (moyen orient, algerie, …), sans compter que le GNL est nettement plus cher. Par conséquent, la piste la plus intelligente serait d’abandonner le gaz et de relancer le programme d’électrification démarré par DeGaulle et mis en veille par les sombres cr_ét_ins qui lui ont succédé…

    1. Les gisements en déclin sont ceux des îles britanniques mais pas la Norvège
      Quant au gaz russe il va continuer de faire de copieux rabais pour l industrie chinois

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