Journal d'actualité libéral
|
vendredi 23 janvier 2026

Une menace pour la démocratie : l’anonymat sur Internet

Temps de lecture : 2 minutes

Il y a 50 ans, seuls les journalistes, les politiciens et syndicalistes connus et quelques plumes célèbres du monde de la culture pouvaient alors s’exprimer dans les médias. Ceux-ci comportaient la presse écrite, la radio et la télévision publique. La parole publique était donc réservée à un nombre très limité de personnes. Toute personne peut aujourd’hui s’exprimer sur internet. Voilà incontestablement un progrès majeur de la démocratie, une avancée à base technologique de la liberté d’expression. Où se situe alors le problème ? Pourquoi la violence verbale la plus ordurière, les images les plus sordides, le harcèlement, la propagation de la haine et des mensonges sont-ils possibles ? La réponse est toute simple et chacun la connaît : l’anonymat.

Il est tout à fait légitime dans une démocratie de s’exprimer en utilisant un pseudonyme afin de dissocier la vie privée de l’expression publique. L’auteur de ces lignes en utilise un. Mais l’anonymat, l’impossibilité de retrouver la personne qui injurie, ment, incite à la haine et à la violence, devrait être interdit et technologiquement impossible. D’ailleurs, l’idée selon laquelle l’interdiction de l’anonymat serait une menace pour la démocratie et la liberté d’expression est évidemment une absurdité. Plus exactement, ceux qui défendent cette idée avancent masqués. Ce sont des porte-paroles des réseaux sociaux (Facebook, Intagram, X, TikTok et compagnie). Ces réseaux avaient pour projet initial de faciliter la communication en permettant à chacun de diffuser de l’information. Or, ils ont beaucoup dérivé vers le complotisme, la délinquance et la manipulation géopolitique. En étant accessibles à des diffuseurs anonymes, ils sont aujourd’hui une vraie menace pour la démocratie.

Au demeurant, il est tout à fait impossible de prétendre que l’interdiction de l’anonymat est incompatible avec la démocratie puisqu’il était pratiquement impossible de publier anonymement avant l’émergence de l’informatique grand public. L’éditeur d’un livre, la direction d’un journal, le responsable d’une chaîne de radio ou de télévision exigeaient l’identité de l’intervenant s’il utilisait un pseudonyme. Y avait-il une démocratie en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni en 1970 ? Incontestablement. Seuls les libelles d’anarchistes ou de fascistes distribués homéopathiquement conservaient l’anonymat. Mais qui les lisait ? Presque personne.

La pression de la foule anonyme sur les élus

Le problème c’est que les élus tiennent compte des réseaux sociaux. Ils en arrivent à modeler leur parole en fonction de son audience sur ces réseaux. Le nombre de personnes abonnées au compte du politicien sur tel ou tel réseau est devenu un élément clé de sa popularité. Il s’ensuit une montée en flèche de la démagogie. Le populisme, recherche d’une adhésion de la foule par tout moyen, en découle.

Mais la foule, libérant ses pulsions agressives sur internet dans l’anonymat le plus complet, n’est pas le peuple s’exprimant dans les urnes après une campagne électorale où chaque tendance a pu s’exprimer.

Les réseaux sociaux permettent à la foule d’exister virtuellement, sans rencontre physique entre les individus qui la compose. Cette évolution majeure a une influence sur les prises de position des élus et sur les élections. Le lien entre le comportement irresponsable des députés français votant des mesures budgétaires démagogiques à l’automne 2025 et les réseaux sociaux est assez clairement établi. Nos députés s’imaginent qu’ils collent à l’opinion publique en tenant compte de l’expression rudimentaire qui apparaît sur ces réseaux. En réalité, ils sont victimes de phénomènes de foule et de ceux qui les instrumentalisent. Ils confondent le peuple et la foule.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


14 réponses

  1. Si l’auteur de ces lignes utilise lui-même un pseudo, à quoi bon lui répondre. Moi, ce que je vois et entends, c’est qu’il n’y a plus un jour, une heure, un journal audio ou visuel, où un  » journaliste  » ne nous impose pas l’avis d’un clampin, choisi au hasard ou pas, sur tel ou tel sujet qui lui est personnel et qui devrait être celui de tout le monde alors qu’on s’en fiche éperdument.
    Je me trompe ?

  2. Garantissez une liberté d’expression TOTALE et vous pourrez supprimer l’anonymat.
    Alors, commencez par là !

    1. oui a commencer par orange qui censure à outrance toutes les personnes qui ne sont pas « a gauche »….honteux

  3. Enfin, ce qu’on a pu observer depuis des décennies, c’est que la presse de gauche et le service public orientés les électeurs en manipulant l’information. Le point d’orgue de ces grandes manœuvres étant la présidentielle de 2017, où un présidentiable s’est vu jeter en pâture par les médias et les juges.

      1. désolé mais les juges ne font plus leur « boulot » comme vous dites d ailleurs ce jour nous vivons un exemple flagrant et honteux la « permission » du plus grand trafiquant incarcéré, soit disant pour aller voir un employeur alors qu il sortira dans 4 ans ….quel patron peut embaucher avec 4 ans d avance …..les juges de la cours d appel qui ont favorisés cela contre l avis du parquet et des autres instances sont pourris jusqu a la moelle.

  4. L’anonymat valorise l’idée en invisibilisant son auteur.
    « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt »…
    Supprimer l’anonymat c’est redonner de l’importance… au doigt!
    La suppression de l’anonymat serait bien une nouvelle atteinte à la liberté d’expression !
    On doit combattre les idées pas ceux qui les portent. Supprimer l’anonymat serait restreindre la production d’idées en créant une insécurité. Quel serait son but si ce n’est nuire à l’auteur d’idées jugés « non conformes »? …et qui demain sera juge de cette conformité ?
    Cela conduit à la censure la plus pernicieuse: l’autocensure !

    1. Ce serait donc un pas de plus vers le totalitarisme!
      On aime ça à l’IREF?
      Autre remarque: Si des élus gouvernent en fonction du buzz des réseaux sociaux c’est qu’ils ne sont pas à la hauteur.
      Ils sont malheureusement très capables, quand ça arrange leur idéologie, de prendre des mesures contraires a ce que les sondages disent de ce que souhaite le peuple!

  5. Je suis si souvent d’accord avec les billets de l’IREF que je me sens obligé d’exprimer mon profond désaccord sur celui-ci.
    Il suffit de se rappeler que les fondateurs de la Constitution américaine, certainement un des hauts lieux du libéralisme politique, ont écrit sous couvert d’anonymat / de manière anonyme.
    Plus récemment, nous avons des exemples très éloquents à l’ouest (https://www.ft.com/content/12145ac7-fdc0-4c47-b155-c92b8ff0908f, https://www.theguardian.com/uk-news/2024/oct/17/wife-tory-councillor-jailed-lucy-connolly-racial-hatred-southport-attack, https://www.dailymail.co.uk/news/article-15302729/Assault-victim-convicted-homophobic-hate-crime.html) comme à l’est (https://apnews.com/article/germany-women-misogyny-raids-internet-hate-crime-31d3e61aab90bdce3f6f0d96e21d0fe4) qui soulignent le caractère essentiel de l’anonymat au 21ᵉ siècle.
    Ne me dites pas que la France est un havre de la liberté d’expression où personne n’a à s’inquiéter !

  6. Populisme, haine en ligne, complotisme, manipulation, foule méprisable,… Je pensais que les libéraux savaient s’extraire du conformisme conceptuel et linguistique mis en oeuvre dans certaines propagandes. Au fait, de quel côté l’auteur de ces lignes se place-t-il lui-même? Certes, il y a de tout sur Internet. Et alors? A chacun de se faire son jugement et de rejeter ce qui n’en vaut pas la peine. Si on refuse cette discipline de respect mutuel, alors le fondement intellectuel sous-jacent de la démocratie est récusé, puisque c’est en fonction de ses connaissances et de sa conscience que tout un chacun est censé voter. En l’absence de ce présupposé, ça n’a aucun sens. Cela dit, on peut effectivement rejeter cette conception et opter pour tel ou tel autre type de régime. Après tout, un « libéral » est-il forcément « démocrate »?… Car souhaiter qu’on puisse toujours retrouver l’auteur d’un billet ne vaut qu’en vue d’une punition hiérarchique. Quand quelqu’un s’en prend à vous dans la circulation automobile, n’êtes-vous pas capable d’en prendre et d’en jeter? C’est vrai, les écrits dans Internet sont parfois orduriers, mais la liberté d’expression n’est pas responsable des personnalités, et n’avez-vous jamais lu de livres d’histoire rapportant des paroles au sein des cercles de pouvoir? Quant à la violence, que dire d’un hélicoptère qui tue -pardon, « neutralise »- des gens sans aucun jugement? D’un règlement empêchant des citoyens d’aller se faire soigner à l’hôpital? De mesures administratives qui privent des gens de leurs moyens de subsistance? D’ordres de répression qui aboutissent à estropier des manifestants? Etc.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.