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vendredi 23 janvier 2026

Union européenne : Mario Draghi veut un « fédéralisme pragmatique »

Temps de lecture : 2 minutes

A l’heure où certains plaident en faveur d’un fédéralisme en France, la proposition de l’ancien Président de la BCE inquiète.  Mario Draghi a récemment prononcé un discours à Oviedo sur le devenir de l’Union européenne (UE) qui est assez largement passé inaperçu en France. A tort.

L’ancien dirigeant italien de la Banque centrale européenne, par ailleurs auteur en 2024 du rapport sur la compétitivité européenne, considère tout d’abord que la « confédération européenne » (c’est ainsi qu’il définit la nature de l’Union) est insuffisante. Il estime par conséquent que « l’avenir de l’Europe doit être une voie vers le fédéralisme » et, en pratique, que « le seul chemin possible est celui d’un nouveau fédéralisme pragmatique ». De quoi s’agit-il précisément ? Il faut, martèle-t-il, une capacité à « agir en dehors des mécanismes plus lents du processus décisionnel de l’Union ». Des « coalitions de volontaires » (des Etats volontaires) se réuniraient « autour d’intérêts stratégiques communs », par exemple dans les secteurs technologiques, les industries de défense ou encore les « leaders industriels ». Mario Draghi assure pour finir que cette méthode « pourrait contribuer à renouveler l’élan démocratique de l’Europe ».

En réalité, la proposition de Mario Draghi n’est guère innovante. Elle s’inscrit dans la vieille idée des « cercles concentriques » qui réuniraient des pays plus « avancés » dans l’union de l’Europe et des pays moins avancés, si ce n’est ici que les Etats se regrouperaient autour de différents projets spécifiques, et non pas de manière globale.

Mais surtout, cette proposition de « fédéralisme pragmatique » est hypocrite. D’une part, parce qu’elle cache d’un voile pudique une volonté de mettre fin à la règle de l’unanimité (au sein notamment du Conseil européen où siègent les 27 chefs d’État et de gouvernement), comme le préconisait d’ailleurs le rapport franco-allemand du 19 septembre 2023. Ensuite, parce qu’elle cache aussi d’un voile pudique une volonté technocratique de centralisation en accroissant sans limites les pouvoirs de Bruxelles au détriment du principe de subsidiarité. Mario Draghi ne déclarait-il pas à la fin de l’année 2023 qu’il fallait que l’UE s’unisse pour « devenir un État » ? Et qui dit État dit entre autres fiscalité propre alors que, aujourd’hui, les « ressources propres » de l’UE sont au sens strict très limitées.

Ces points sont à garder à l’esprit non seulement au niveau européen, mais également au niveau français après qu’un sondage Ifop a dévoilé que 71 % de nos concitoyens seraient favorables à une « France fédérale » (Le Figaro, 25 août 2025) et que l’ancienne ministre de gauche Annick Girardin a déclaré que la France devrait s’inspirer du « modèle fédéraliste » (Le Monde, 6 novembre 2025). Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup…

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9 réponses

  1. Le fédéralisme pragmatique, c’est comme l’islamisme modéré. Avant de savoir ce que veut Mario Dragui, il faudrait peut-être demander l’avis du peuple.

  2. Vos propos me déçoivent . Seule une Europe renouvelée saura lutter contre l’hégémonie économique de la Chine. Si l’Europe est aussi en retard, c’est aussi à cause de vous, ayant voté contre la constitution européenne en 2005.

    1. Monsieur,
      Vous avez raison et vous avez tort.
      Oui, les libéraux ont voté contre les traités européens depuis Maastricht puisqu’ils ont toujours été opposés à la centralisation, au fiscalisme et au normativisme.
      Non, comme l’indique la réponse de mon ami Nicolas Lecaussin, nous n’avons aucune responsabilité dans l’échec de l’Europe, puisque, en définitive, tous les traités ont fini par être ratifiés avec les conséquences induites !

  3. Personnellement je suis pour une Europe des nations, ce monsieur qu’il commence à harmoniser les taxations de tous les pays Européens de façon que les entreprises et commerces se retrouvent à payer les mêmes dans toute l’Europe, après on parlera d’Europe.

    1. Si c’est un fédéralisme style USA, c’est pas mal en vrai. Mais oui, cela va nécessité des harmonisations fiscales, qu’on peut gentiment prévoir être néfaste pour les citoyens…

  4. La France seule puissance nucléaire en Europe ne peut pas accepter autre chose qu’une confédération d’Etats européens souverains. De plus l’Europe ne doit pas nécessairement signifier une harmonisation fiscale ! N’oublions pas que les USA, pourtant puissance fédérale, n’a pas d’harmonisation fiscale (par ex le Delaware où Google et autres a son siège, est un paradis fiscal!), pas plus qu’elle n’a d’harmonisation en matière pénale (peine de mort), ou de droit de la famille ! Enfin, comment peut-on accepter une Europe pilotée par les bureaucrates de Bruxelles c’est-à-dire sans véritable démocratie pour contrôler la Commission et empêcher ses folies ?

  5. Le tripatouillage du traité de Lisbonne substitué au vote du peuple a abouti à la situation kafkaïenne que l’on connaît. Personne n’est responsable de rien dans cet organisme de recasés des élites et autres corrompus qui ont failli dans leur pays respectifs.
    L’EU continue de servir d’excuse à l’échec des gouvernants des états adhérents.

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