Alors que se tenait la seconde session de l’académie Georges Mandel, l’école de formation des Républicains (LR), le média numérique de ces derniers, « Une Certaine Idée », a demandé à des élus du même parti quels sont les livres dont ils recommanderaient la lecture. On soulignera tout d’abord l’intérêt de cette question : ce sont en effet les idées (vraies ou fausses) qui tendent à façonner les représentations des politiques, d’où découlent les décisions qu’ils prennent et les actions qu’ils engagent lorsqu’ils sont au pouvoir. La découverte des écrits de Frédéric Bastiat par Ronald Reagan ne devait-elle pas se révéler capitale dans la maturation des idées politiques et économiques du futur président des États-Unis, ouvrant ainsi la voie à la libéralisation et la déréglementation que ce pays devait connaître au cours de la décennie 1980-1990, voire au-delà ? Et nombre d’élus républicains proches de la mouvance du Tea Party, entre 2008 et 2010 environ, ne déclaraient-ils pas volontiers que La Grève d’Ayn Rand (l’un des penseurs libéraux ayant défendu le plus vigoureusement le capitalisme de laissez-faire au XXe siècle) était leur livre de chevet ?
Quant aux élus de droite en France, quels livres plébiscitent-ils aujourd’hui ? Il faut bien reconnaître que les références véritablement libérales mentionnées par eux sont assez peu nombreuses, exceptions faites de la députée des Alpes-Maritimes et vice-présidente du groupe LR à l’Assemblée Michèle Tabarot (L’Opium des intellectuels de Raymond Aron, De l’esprit des lois de Montesquieu) et du maire de Cannes et président de l’association des maires de France David Lisnard (outre l’ouvrage précité d’Ayn Rand, La Ferme des animaux d’Orwell, De la démocratie en Amérique de Tocqueville et Big Mother de Michel Schneider – les libéraux conséquents et dignes de ce nom ne peuvent en effet qu’être hostiles au maternage étatique déresponsabilisant qui prévaut désormais dans nos démocraties). Si quelqu’un comme David Lisnard nous redonne l’espoir de voir arriver un jour un authentique libéral à la tête de notre pays, d’autres élus LR nous confirment, par les lectures qu’ils conseillent, que la droite française est encore largement gaulliste et étatiste : ainsi Rachida Dati recommande-t-elle Éloge des frontières… un livre signé Régis Debray (lequel, rappelons-le, a pu se décrire comme un « gaulliste d’extrême gauche »). Quant à Éric Ciotti, ce ne sont pas les Souvenirs de Tocqueville ni les Mémoires de François Guizot qu’il cite, mais les Mémoires d’espoir de de Gaulle. Où sont les références à Turgot, à Jean-Baptiste Say, à Bastiat, à Jacques Rueff, à Jean-François Revel ? Nulle part hélas d’après ce sondage. Il serait grand temps pour la droite française de (re)découvrir notre riche héritage libéral, ce qui lui inspirerait peut-être d’autres idées que celles de l’étatisme gaullien, système aussi suranné qu’inefficace.
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Une réponse
Richelieu nous a dit en son temps que « la politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ». Belle notation, a priori bien formulée et venant d’un « expert » ayant démontré dans l’histoire sa remarquable capacité de « gouvernant ».
Car l’objet de la politique c’est la gouvernance de la société, donc de celle de ses structures organiques, quel que soit leurs échelons : communes, régions, pays, empires, entreprises, ONG, associations, syndicats, églises, etc.
Qu’est-ce qu’une « gouvernance responsable » ? C’est-à-dire à la foi « morale » – en référence à ce qui serait un « bien » par opposition à un « mal » – et « efficace » au sens de produisant effectivement des résultats allant dans le bon sens en référence au « bien » ?
Cette problématique est celle que rencontre toute personne, et tout groupe de personnes, en situation de responsabilité directe dans la conduite des structures organiques constituant la société. Ce devrait être aussi celle de tous ceux et de toutes celles qui jugent publiquement de l’action publique – journalistes, intellectuels, militants du « bien » – sans avoir à prendre personnellement en charge les conséquences de l’application de leurs prescriptions.
Et c’est là que tout se complique. Pourquoi ?
Mettons d’abord ce côté tous eux qui veulent gouverner avec pour objectif central la satisfaction de leurs passions tristes (goût du pouvoir et de la domination de ses semblables, narcissisme social, revanche, ressentiment voir vengeance, etc.).
Ils sont légion parmi les candidats aux divers pouvoirs qui s’exercent dans la société, mais ne retenons ici la problématique de la « gouvernance responsable » que pour ceux qui, avec sincérité bien qu’imparfaitement car ce sont des humains, cherchent à se conduire en « civilisés ». C’est-à-dire en personnes ayant acquis, par éducation où par maturation personnelle, la capacité de maîtriser suffisamment dans leurs vies leurs propres pulsions.
Tout se complique, car si bien gouverner se réduisait à choisir – arbitrer – entre le « bien » et le « mal », ce serait simple, mais dans la société réelle cette conception angélique conduit au chaos. Les meilleurs principes se heurtent les uns avec les autres (liberté et égalité par exemple), chacun faisant primer celui qui lui convient et le chaos qui en résulte ouvre la porte à la barbarie.
La problématique de la gouvernance responsable ne met pas seulement en jeu le bien et le mal ainsi que le possible et le nécessaire, mais aussi le réel et l’utopie.
Selon Alain Bauer , citant Ernst Bloch, l’art de la politique réside plus modestement dans l’action réussie pour « rendre le réel possible » que dans celle visant à « faire devenir réel un possible » . Cette option étant « du domaine de l’utopie dans le meilleur des cas, et de l’idéologie dans le pire ». Les totalitarismes du XXme siècle l’ont hélas illustré d’abondance.
Dit autrement, la bonne gouvernance consiste à déterminer le point où le « meilleur bien » relatif est compatible avec un « moindre » mal. Et se résigner à ce que le progrès chemine dans une société « du moindre mal » .
Comme rappelé ci-dessus, le règne du « bien » immédiat conduit au chaos et par voie de conséquence à la barbarie.
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Richelieu nous a dit en son temps que « la politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ». Belle notation, a priori bien formulée et venant d’un « expert » ayant démontré dans l’histoire sa remarquable capacité de « gouvernant ».
Car l’objet de la politique c’est la gouvernance de la société, donc de celle de ses structures organiques, quel que soit leurs échelons : communes, régions, pays, empires, entreprises, ONG, associations, syndicats, églises, etc.
Qu’est-ce qu’une « gouvernance responsable » ? C’est-à-dire à la foi « morale » – en référence à ce qui serait un « bien » par opposition à un « mal » – et « efficace » au sens de produisant effectivement des résultats allant dans le bon sens en référence au « bien » ?
Cette problématique est celle que rencontre toute personne, et tout groupe de personnes, en situation de responsabilité directe dans la conduite des structures organiques constituant la société. Ce devrait être aussi celle de tous ceux et de toutes celles qui jugent publiquement de l’action publique – journalistes, intellectuels, militants du « bien » – sans avoir à prendre personnellement en charge les conséquences de l’application de leurs prescriptions.
Et c’est là que tout se complique. Pourquoi ?
Mettons d’abord ce côté tous eux qui veulent gouverner avec pour objectif central la satisfaction de leurs passions tristes (goût du pouvoir et de la domination de ses semblables, narcissisme social, revanche, ressentiment voir vengeance, etc.).
Ils sont légion parmi les candidats aux divers pouvoirs qui s’exercent dans la société, mais ne retenons ici la problématique de la « gouvernance responsable » que pour ceux qui, avec sincérité bien qu’imparfaitement car ce sont des humains, cherchent à se conduire en « civilisés ». C’est-à-dire en personnes ayant acquis, par éducation où par maturation personnelle, la capacité de maîtriser suffisamment dans leurs vies leurs propres pulsions.
Tout se complique, car si bien gouverner se réduisait à choisir – arbitrer – entre le « bien » et le « mal », ce serait simple, mais dans la société réelle cette conception angélique conduit au chaos. Les meilleurs principes se heurtent les uns avec les autres (liberté et égalité par exemple), chacun faisant primer celui qui lui convient et le chaos qui en résulte ouvre la porte à la barbarie.
La problématique de la gouvernance responsable ne met pas seulement en jeu le bien et le mal ainsi que le possible et le nécessaire, mais aussi le réel et l’utopie.
Selon Alain Bauer , citant Ernst Bloch, l’art de la politique réside plus modestement dans l’action réussie pour « rendre le réel possible » que dans celle visant à « faire devenir réel un possible » . Cette option étant « du domaine de l’utopie dans le meilleur des cas, et de l’idéologie dans le pire ». Les totalitarismes du XXme siècle l’ont hélas illustré d’abondance.
Dit autrement, la bonne gouvernance consiste à déterminer le point où le « meilleur bien » relatif est compatible avec un « moindre » mal. Et se résigner à ce que le progrès chemine dans une société « du moindre mal » .
Comme rappelé ci-dessus, le règne du « bien » immédiat conduit au chaos et par voie de conséquence à la barbarie.