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dimanche 10 mai 2026

« Frédéric Bastiat au XXIe siècle. Un économiste visionnaire », de Michel Albouy

Temps de lecture : 4 minutes

Le professeur Michel Albouy, bien connu de nos lecteurs, a fait paraître il y a quelque temps, un ouvrage sur Frédéric Bastiat qui avait échappé à notre vigilance. Bien qu’il ne contienne qu’un peu plus de cent pages, c’est loin d’être un petit livre.

Non seulement, il montre que Bastiat est un grand auteur francophone (titre de la collection dans laquelle les éditions EMS le publient), mais qu’il est aussi un auteur pour notre temps. Comme l’écrivent les trois préfaciers, ceux qui ne connaîtraient pas les écrits de Bastiat seront sans doute « sidérés par leur modernité ».

De fait, comme le dit l’auteur dans son avant-propos, la défense du marché et de la concurrence à laquelle s’emploie Bastiat « apparaît comme l’une des plus éclairantes pour notre époque de regain du socialisme et de l’interventionnisme ». L’économiste landais, en effet, nous explique, à travers ses écrits, « pourquoi nous payons de lourds impôts », pourquoi l’éducation nationale peine autant à bien enseigner aux jeunes français, pourquoi la propriété est « une institution fondamentale pour toute société », pourquoi une guerre ne crée pas d’emplois… Tous sujets qui sont ceux de notre époque et qui font de Bastiat, comme le dit le sous-titre de l’ouvrage, un « visionnaire ». Non pas parce qu’il aurait eu des visions, mais bien parce qu’il a vu avant tout le monde ce qui passe précisément aujourd’hui.

A cet égard, Albouy rappelle les propos du regretté Florin Aftalion : « la compréhension de Bastiat des rouages de l’État était tellement fine qu’il a prévu l’instauration de la Sécurité sociale et qu’elle serait déficitaire avant même qu’elle n’existe ».

L’ambition du livre est claire : « revisiter l’œuvre de ce grand économiste français, méconnu dans son pays mais reconnu comme auteur de première importance dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis d’Amérique, à la lumière de la situation actuelle de la France du XXIe siècle ». Et il faut bien reconnaître que l’auteur n’a pas eu à forcer le trait pour « montrer toute l’actualité de la pensée de Bastiat, plus de 150 ans après ».

L’actualité de Bastiat

Lire le livre de Michel Albouy nous renvoie d’ailleurs constamment à l’actualité. Quand il écrit que, pour Bastiat, « le marché et le libre-échange sont les fondements de la prospérité des nations », nous pensons à ces personnalités qui appellent à un nouveau protectionnisme. Quand il rappelle que vouloir des échanges internationaux équilibrés est un sophisme, une politique antisociale qui va à l’encontre de la prospérité, nous ne pouvons que penser à Trump et à ses droits de douane. Quand il soutient que le blocage des prix détruit de la valeur ajoutée et crée des pénuries, nous pensons au gouvernement qui veut encadrer les marges sur les carburants ou aux municipalités qui bloquent les loyers.

Le professeur Albouy recopie dans son livre quelques passages du dialogue entre le percepteur Lasouche et le vigneron Bonhomme, tiré des Œuvres complètes de Bastiat, qui illustre parfaitement que le citoyen qui d’un côté, approuve les subventions aux entreprises en difficulté ou les aides aux individus pour acheter une pompe à chaleur et de l’autre, critique la hausse des impôts, n’est pas cohérent. Une situation, malheureusement, vécue chaque jour en France.

La propriété préexiste à la loi

Tout un chapitre est consacré à la propriété. Il est vrai qu’elle est sérieusement mise à mal dans notre pays aujourd’hui, alors qu’elle fait partie des droits naturels et qu’elle est antérieure à la loi, comme le soutient Bastiat. Elle constitue, en outre, « un rempart contre l’arbitraire de l’État ». L’homme privé de propriété, en effet, « n’a plus aucun moyen de vivre en dehors de sa dépendance à l’État. Il ne peut plus effectuer des choix individuels, il ne peut plus s’échapper et être libre de ses mouvements. » Chez Bastiat, propriété et liberté sont donc indissociablement associées.

Pour Michel Albouy, le rôle des économistes n’est pas de prévoir l’avenir. Il est d’expliquer les conséquences de telle ou telle politique économique et d’éclairer les choix publics. C’est précisément ce qu’a fait Frédéric Bastiat à travers ses sophismes et pamphlets.

C’est aussi, nous semble-t-il, ce qu’a fait Michel Albouy tout au long de sa carrière universitaire en ne s’attachant pas seulement à ce qui se voit, mais aussi à ce qui ne se voit pas. Il s’est, par exemple, évertué à montrer que les dividendes, parfois importants, versés aux actionnaires (ce qui se voit) ne les enrichissent aucunement puisque, lors du détachement du coupon, l’action baisse du montant du dividende. « En d’autres termes, c’est l’actionnaire qui finance son propre dividende » (ce qui ne se voit pas). De même, en matière d’OPA (offre publique d’achat), on dénonce souvent la restructuration et les licenciements qui s’ensuivent (ce qui se voit) en oubliant que « l’entreprise visée était mal gérée et/ou que la fusion va permettre de sauver ce qui peut encore l’être » (ce qui ne se voit pas). Le professeur Albouy revient sur tout cela dans son ouvrage, à la lumière de Bastiat qui, sans nul doute, l’aurait considéré comme un bon économiste.

Pour terminer, l’auteur tient à rappeler que Bastiat a toujours pris le parti des consommateurs. L’économie de marché permet, en effet, de « répondre aux véritables besoins de gens ordinaires », et ce sont « les gens les plus modestes, les peuples les plus pauvres, qui ont intérêt à la concurrence ». Les contempteurs de la loi de l’offre et de la demande qui prétendent défendre les pauvres se trompent donc de combat. Tout comme les moins aisés qui donnent leur voix aux partis étatistes.

Lire « « Frédéric Bastiat au XXIe siècle » peut être déprimant – nous n’aurions donc rien retenu de ce grand économiste depuis 150 ans –, c’est surtout revigorant – les solutions existent pour nous en sortir, elles sont à notre portée. Achetez donc ce livre, par exemple pour l’offrir à ceux qui ne comprennent pas grand-chose à l’économie. Ils pourraient alors avoir envie de se plonger dans les œuvres de Bastiat.

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2 réponses

  1. Combien de français connaissent Frédéric Bastiat ? Je ne parle pas de l’homme de la rue qui, à 99 %, vous dira que c’est un corse !!! mais des politiques. En effet, sur 10 politiques que j’ai questionnés, il y a quelques années, seulement 3 savaient que c’était un économiste et… 0 avait lu quelque chose sur lui !!! Pas s’étonner si la France va mal et s’enferme dans un socialisme désuet, voire, comme disait l’autre, dans le communisme.
    Je pense que la lecture des œuvres de certains philosophes devrait être remplacée par des cours d’économie ce qui est une condition nécessaire mais pas suffisante pour éduquer les français.

  2. Au plan théorique, Bastiat a été égalé par les « Autrichiens » (qu’il précédait d’un siècle !) mais jamais dépassé. Au plan littéraire, il reste au firmament des lettres françaises, et cela, aucun autre économiste ne peut le revendiquer. Mises et Hayek sont des génies, mais leur prose est lourde ; Bastiat est aussi léger que Molière et Rossini, et aussi touchant que Lamartine et Schubert. Sa place est dans la Bibliothèque de la Pléiade aux côtés des géants des lettres françaises ! Bastiat est l’auteur qu’il faut faire connaître au grand public, car il a la grâce d’instruire savoureusement et sans fatigue. Et sa faconde méridionale lumineuse et désaltérante est digne d’une églogue antique. C’est l’homme de notre époque ! Pascal Salin lui a rendu hommage dans un livre, Jacques Garello lui a consacré un mémorable colloque, et aujourd’hui Michel Albouy. J’achèterai ce livre avec joie ! Je conclus en citant Flaubert (lettre à George Sand en 1871) : « Dans trois ans tous les Français peuvent savoir lire. Croyez-vous que nous en serons plus avancés ? Imaginez au contraire que, dans chaque commune, il y ait un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat, et que ce bourgeois-là soit respecté, les choses changeraient ! »

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