Le nouveau livre de Michel Albouy porte un excellent titre. C’est aussi un excellent ouvrage qui a l’ambition d’ouvrir les yeux des lecteurs sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE), la raison d’être et la société à mission. Souvent, il est vrai, avec ce type de concepts, plus ou moins bien définis, il peut y avoir loin « du rêve à la réalité » comme le suggère le sous-titre.
Si l’auteur a choisi ce titre, c’est parce qu’il se réfère à la pièce de Molière, Le Malade imaginaire, et considère que les consultants « qui se penchent sur les entreprises et leur prodiguent des raisons d’être à travers un jargon savant », sont les Diafoirus d’aujourd’hui. Albouy, on l’aura compris, dénonce « le côté imaginaire, voire l’hypocrisie, de tout ce qui tourne autour des missions et autres “raisons d’être” des entreprises ».
Freeman et ses parties prenantes contre Friedman et ses actionnaires
Michel Albouy débute son livre en évoquant les principales théories de l’entreprise. Remercions-le grandement de rétablir la vérité sur Milton Friedman, sans cesse vilipendé et caricaturé pour avoir écrit que « La responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits ». Certes, Friedman croit fermement au fait que « les dirigeants n’ont pas à imposer leurs objectifs et leurs visions s’ils ne sont pas validés par les actionnaires » et il conteste « le fait que l’entreprise puisse développer des politiques autonomes de responsabilités sociales en allant au-delà de leurs obligations légales », mais il n’est pas un défenseur du profit à court terme, contrairement à ce qu’affirment ses opposants de mauvaise foi. Il suggère même que des entreprises privées peuvent avoir des « fins caritatives ».
A Friedman s’opposent Freeman et sa théorie des parties prenantes qui étend au maximum la sphère de ceux qui sont concernés par les activités de l’entreprise. Les inspirateurs de la loi Pacte, Notat et Senard, s’inscrivent dans cette mouvance, mais aussi dans le courant réformateur de l’entreprise qui a été populaire en France, notamment avec Bloch-Lainé (1967) et Sudreau (1975).
Albouy critique, dans ces conceptions de l’entreprise, la volonté plus ou moins avouée de « détrôner » les actionnaires et d’oublier les clients, au profit d’une foultitude d’individus et d’organisations les plus divers, quand ce n’est pas la nature.
Après cette partie théorique, le livre s’intéresse à la mise en œuvre. Il examine, en particulier, le label B Corp, la notion de « raison d’être », celle de « mission » en donnant des exemples précis d’Air Liquide à Michelin, en passant par Bonduelle, MAIF, Danone et Nestlé.
L’auteur se demande au passage si toutes ces raisons d’être ne sont pas que« des vitrines publicitaires permettant de rendre socialement plus acceptable les activités de ces grandes entreprises ».
Surtout, Michel Albouy confronte les raisons d’être aux réalités économiques. De la fermeture d’usines aux comportements contestables à l’égard des clients, ces « entreprises-modèles » ne le sont pas toujours autant qu’elles le disent. On peut d’ailleurs se demander, comme le fait l’auteur, si toutes ces raisons d’être ne sont pas finalement qu’une mode managériale, adoptée par des dirigeants qui craignent de ne pas être « dans le vent ». Qu’ils se souviennent donc, qu’en définitive, « la seule raison d’être des entreprises est de chercher à survivre » !
Les actionnaires sont irremplaçables
Albouy affirme aussi clairement que « malgré les critiques, la gouvernance actionnariale reste la référence ». Pourquoi ? Tout simplement parce que « les actionnaires sont irremplaçables dans les entreprises privées et occupent une place à part, différente de celle des autres parties prenantes rémunérées contractuellement. En effet, comme il est impossible de financer 100% des actifs risqués (comme des projets d’investissement) par des capitaux qui ne souhaitent pas prendre de risque (obligations, crédits bancaires), il faut bien trouver des capitaux à risque. C’est le rôle des actionnaires que d’apporter ces fonds. Si l’on en juge par l’appétence des Français pour les placements sans risque (contrats d’assurance-vie en euros), on s’aperçoit que le statut d’actionnaire n’est pas très recherché justement à cause de ce risque. En contrepartie de leur prise de risque, ils exigent une rémunération supérieure à celle des financements sans risques et un droit de regard sur la gestion. » En effet, ajoute l’auteur, il est normal de confier « le contrôle sur la mise en œuvre et l’exécution de l’ensemble des contrats que passe la firme avec ses autres parties prenantes (clients, employés, fournisseurs, créanciers financiers) aux actionnaires qui sont les créanciers résiduels dont la rémunération passe après toutes les autres parties prenantes.
L’actionnaire, qui a tout intérêt à la réussite de l’entreprise, sait pertinemment qu’on ne peut pas oublier les clients, pas plus que les salariés ou les sous-traitants. Au contraire, il est en « position d’arbitre entre les attentes parfois contradictoires » des uns et des autres. Son rôle est primordial.
Avec « L’entreprise à mission imaginaire », Michel Albouy remet les pendules à l’heure – ce qui n’est pas pour nous déplaire à Contrepoints. Suggérons à son éditeur d’envoyer l’ouvrage à tous les députés qui, ces dernières semaines, ont fait la preuve de leur crasse ignorance de ce qu’est un actionnaire.
Enfin un livre qui ose être lucide sur le sujet:
Entreprise à mission= greenwashing facile des entreprises pour faire croire qu’elles ne pensent qu’à être vertes
Et business facile pour des boîtes de conseil qui s’engraissent en ayant trouvé un filon pour délivrer des labels privés dont les critères sont partiels, parcellaires…
Le seul but d’une entreprise est de survivre en assurant rémunération du capital et du travail. Le marché se charge d’éliminer celles qui ne sont pas capables de répondre aux attentes des clients, y compris les attentes environnementales et sociétaires. Le produit ou le service vendu doivent juste prouver qu’elles font ce qu’elles disent et disent ce qu’elle font. La multiplication de labels tierce partie orientés affaiblit la crédibilité globale et est contreproductive…
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4 réponses
Enfin un livre qui ose être lucide sur le sujet:
Entreprise à mission= greenwashing facile des entreprises pour faire croire qu’elles ne pensent qu’à être vertes
Et business facile pour des boîtes de conseil qui s’engraissent en ayant trouvé un filon pour délivrer des labels privés dont les critères sont partiels, parcellaires…
Le seul but d’une entreprise est de survivre en assurant rémunération du capital et du travail. Le marché se charge d’éliminer celles qui ne sont pas capables de répondre aux attentes des clients, y compris les attentes environnementales et sociétaires. Le produit ou le service vendu doivent juste prouver qu’elles font ce qu’elles disent et disent ce qu’elle font. La multiplication de labels tierce partie orientés affaiblit la crédibilité globale et est contreproductive…
Amen. Tout est dit.
Merci beaucoup mais il y aurait encore à dire tant le sujet est vaste !
Merci beaucoup pour ce commentaire !