Comment Marie-Noëlle Demay parvient-elle à faire d’Aliénor d’Aquitaine un portrait aussi attachant ? Elle-même reconnaît qu’un roman historique doit respecter la rigueur de l’Histoire tout en l’enrichissant d’un cœur et d’une chair vivante, ce qu’elle réussit à merveille. Car tout en faisant part des moindres décisions de cette femme deux fois reine et mère de deux rois, elle les justifie à la lumière de ce Moyen Age trop souvent dénigré. En effet ce qui stimule avant tout Aliénor d’Aquitaine c’est la préservation à tout prix de son royaume. Et si elle a été séduite par l’ardeur au combat de son époux, le roi anglais Henri II, elle comprend vite que ce sont ses terres plus qu’elle-même dont il est avide. A la suit d’ un complot qu’elle trame avec ses fils mais qui échoue, la voilà prisonnière pendant plus de quinze ans d’abord à Chinon où elle est arrêtée puis aux châteaux d’Old Sarum et Winchester. Sa vocation de guerrière laisse alors la place à une méditation permanente face à toutes les nouvelles qui vont l’assaillir dans son isolement. Son cœur s’ouvre , épouse la souffrance des uns et se fond dans les beautés de la nature que l’auteure décrit somptueusement. En retrait de ce monde où tout seigneur se bat pour défendre et étendre son royaume, la reine combative développe une maturité que toute femme d’aujourd’hui ne peut qu’envier. Un bien joli ivre qui peut apaiser notre monde mouvementé.