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dimanche 10 mai 2026

Benjamin Constant : « De la Liberté »

Temps de lecture : 4 minutes

Les Éditions Manucius ont dernièrement fait paraître un fort intéressant petit livre d’une centaine de pages, signé Benjamin Constant (1767-1830), sous le titre De la Liberté. Il s’agit en fait essentiellement des quatre premiers chapitres, sur cinq au total, de la quatrième partie des Œuvres politiques de Benjamin Constant (édition établie par l’historien et le bibliographe Charles Louandre, Charpentier et Cie, 1874), tous consacrés à la liberté sous ses diverses formes : liberté individuelle, liberté religieuse, liberté de la presse, et liberté industrielle. Écrites dans le contexte post-révolutionnaire, ces pages témoignent de la volonté de Constant d’infléchir le gouvernement de son temps vers davantage de respect de la liberté et des droits individuels, que le régime de la Terreur notamment avait tragiquement et honteusement bafoués. Elles témoignent également de la plume brillante de Constant, mise au service d’argumentations nourries et rigoureuses qui intéresseront à plus d’un titre le lecteur libéral du XXIe siècle.

Un plaidoyer pour la liberté et la responsabilité de l’individu

Pour celui qui étudia à Édimbourg et qui fut influencé par le courant des Lumières écossaises, la liberté individuelle est la condition même de la possibilité de la prospérité, de la morale et du bonheur, ce pourquoi elle devrait toujours être sauvegardée non seulement par principe dans une constitution, mais aussi dans la pratique par un certain nombre de garanties institutionnelles. Benjamin Constant constate en effet ce paradoxe : « Toutes les constitutions qui ont été données à la France garantissaient également la liberté individuelle, et, sous l’empire de ces constitutions, la liberté individuelle a été violée sans cesse » (p. 11). « C’est, ajoute-t-il, qu’une simple déclaration ne suffit pas ; il faut des sauvegardes positives ; il faut des corps assez puissants pour employer en faveur des opprimés les moyens de défense que la loi écrite consacre » (ibid.). Il incombe donc aux corps intermédiaires d’assurer en pratique le respect de la liberté individuelle, sans lesquelles elle risquerait de n’être qu’un principe formel, toujours rogné par l’arbitraire du pouvoir et la tendance des êtres humains à se porter atteinte les uns les autres en dehors de tout cadre législatif, ou lorsque les lois ne sont pas appliquées comme elles devraient l’être. Une société libre ne saurait donc être une société entièrement permissive, l’exercice de la liberté ne pouvant être garanti que dans le cadre d’un État de droit, où les règles générales sont effectivement appliquées à la vie en société (on peut ainsi penser au respect des contrats librement passés entre individus, ou encore au respect des droits de propriété des individus).

La défense de toutes les libertés : liberté religieuse, liberté de la presse, liberté de l’industrie

Benjamin Constant passe trop souvent pour un défenseur de la seule liberté politique. Or on notera, à travers les quelques citations suivantes, tirées de l’ouvrage en question, à quel point Benjamin Constant fut un véritable penseur intégral de la liberté.

  • Ainsi, à propos de la religion, Benjamin Constant prône l’indépendance de celle-ci vis-à-vis du pouvoir politique, et juge nécessaire de « consacrer la liberté des cultes sans restriction, sans privilège, sans même obliger les individus, pourvu qu’ils observent des formes extérieures purement légales, à déclarer leur assentiment en faveur d’un culte en particulier » (p. 21). Constant défend à cet égard le principe d’une césure complète entre l’État et la religion. Il cite Stanislas de Clermont-Tonnerre (1757-1792) : « La religion et l’État sont deux choses parfaitement distinctes, parfaitement séparées, dont la réunion ne peut que dénaturer l’une et l’autre » (cité p. 45). La religion devrait toujours rester une affaire privée, sur laquelle le gouvernement dans une société libre ne saurait avoir prise, du moment qu’on n’use pas de la contrainte. « De quelque manière qu’un gouvernement intervienne dans ce qui a rapport à la religion, il fait du mal », écrit l’auteur d’Adolphe (p. 33).

 

  • Benjamin Constant se distingue également en tant que chantre de la liberté de la presse, dans une France qui fut jadis si souvent soumise à la censure royale. Les nombreux édits qui furent proclamés de 1565 à 1781 nous rappellent en effet qu’un livre ne pouvait paraître dans le royaume de France que si sa publication avait été avalisée par l’autorité royale (p. 50), tout journaliste, tout écrivain, y compris le plus corrosif pamphlétaire, devrait toujours pouvoir librement faire imprimer ses idées et ses opinions, sans que le gouvernement s’en mêle et sans qu’il soit en mesure de faire retirer les passages de nature à l’incriminer, ce qui n’exclut bien sûr en rien « la répression des délits dont la presse peut être l’instrument », telle la calomnie (p. 50). Chez Benjamin Constant, et conformément à la tradition libérale la plus classique, l’exercice de la liberté est toujours indissolublement lié au principe de la responsabilité individuelle.

 

  • De même (et c’est l’objet du chapitre IV, « De la liberté industrielle »), le gouvernement ne devrait en principe jamais pouvoir encourager ou interdire quelque industrie que ce soit (p. 79). Benjamin Constant plaide donc aussi pour une séparation nette entre la sphère politique et la sphère économique, et renvoie ainsi dos à dos privilèges et prohibitions décidées par l’autorité publique. « La nature de l’industrie », écrit-il, ne devrait être que de « lutter contre une industrie rivale par une concurrence parfaitement libre, et par des efforts pour atteindre une supériorité intrinsèque » (ibid.). Ce chapitre montre en vérité à lui seul combien Benjamin Constant est aussi libéral en économie qu’il l’est en politique. Aussi bien en matière d’agriculture que de commerce, l’État n’est pas censé intervenir, et l’initiative privée devrait régner en maître (p. 99). Le travail devrait également toujours être libre, c’est-à-dire qu’il ne devrait jamais être réglementé par l’État, ce dernier cas étant assimilé à une nouvelle forme de despotisme (ibid.). Des idées qui anticipent sur le contenu de son Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri (1822-1824), dans lequel on lit par exemple : « Pour la pensée, pour l’éducation, pour l’industrie (NDLR : souligné par nous), la devise des gouvernements doit être : laissez faire et laissez passer »

Un livre comme De la Liberté nous rappelle que la France peut se targuer d’avoir un riche patrimoine intellectuel et philosophique d’ordre libéral. Celui-ci, comme toutes les formes de patrimoine remarquable, nécessite d’être protégé, périodiquement rappelé et mis en valeur, ainsi que cette édition y contribue. D’autant qu’il s’y trouve en l’espèce un véritable trésor d’idées, couchées sur le papier voilà quelque deux cents ans, et dont l’application se révèlerait à coup sûr éminemment salutaire pour un pays comme le nôtre, où étatisme et collectivisme continuent hélas d’étouffer très largement toutes les potentialités créatrices de la société, qui ne demandent qu’à être libérées.

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2 réponses

  1. Une pensée très intéressante tirée de « De l’esprit de conquête et de l usrpation »(1814)de Benjamin Constant,qui compléte utilement la chronique sur la liberté: » L’on avait inventé pendant la Révolution fraçaise, un préyexte de guerre inconnu jusqu’alors, celui de délivrer les peuples du joug de leurs gouvernements,qu’on supposait illégitimes et tyranniques.Avec ce prétexte oon aparlé la mort chez dzs hommes , dont les uns vivaient teaquilles sous des intitutions adoucies par le temps et l’habitude et les autres jouissaient,depuis plusieurs siécles, detou les bienfaaits de la liberté. Ungouvernement perfeide gravait des motssacrés sur des etandarts coupables troublait la paix,violait l’indépendance détrisait la postirité de ses voisinsinnocents,en ajoutant au scandale de l’l Eyrope des protestations mensondéres de respect des droits de l’homme ,et de zéle pour l’ humanité » Constant y oppose l’ére du commerce pacifique à celle des conquétes militaires .Une réflexion toujous d’ actualité sur les limites de l’ intervensionisme extérieur.

    1. Ah nos bisounours de la bienpensance qui pensent qu avec de belles paroles et de beaux discours on arrive a combattre des terroristes et des dictatures sanguinaires !!!!

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