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dimanche 23 août 2026

Budget 2027 : l’Etat envisage de baisser les retraites du privé… après avoir massivement augmenté, en catimini, la dotation aux retraites des fonctionnaires

Temps de lecture : 4 minutes

Chaque année, la préparation du budget devient plus problématique. Dans un cercle vicieux la France s’appauvrit au fur et à mesure que l’Etat providence croît et vice versa. Pour le budget 2027 en préparation, l’équation est d’autant plus difficile que le coût annuel de la dette publique bondit : la charge d’intérêt qui représentait 39 Md€ en 2023 pourrait passer à 89 Md€ en 2027 et devrait, en l’état, continuer à augmenter.  

Pour faire face à ce choc de dettes, aux autres majorations de dépenses indispensables telles que la Défense et la lutte contre les incendies, pour prendre en compte les hausses chroniques des budgets de la Sécurité sociale et notamment des retraites, les pistes se multiplient mais moins pour réduire les dépenses de l’Etat que pour taxer plus les Français de manière aussi déguisée que possible. Diverses niches fiscales sont sur le gril comme les avantages fiscaux aux familles (réduction du crédit d’impôt sur les services à la personne et de l’abattement du revenu imposable pour charges familiales, suppression de l’abattement « frais de scolarité »…), désindexation de certaines aides sociales, économies sur les médicaments…

Les retraités sont dans le collimateur. La suppression, contestable, de l’abattement de 10% sur les retraites leur coûterait 4,6Md€. Est aussi envisagée la modération de la majoration de retraite dont bénéficient les parents de trois enfants ou plus. Bien entendu, la mesure principale serait la non indexation des retraites, du moins celles qui dépassent un certain seuil de 2 000 ou 3 000 € par mois, impliquant des charges fiscales supplémentaires pour les retraités de respectivement 3 Md€ ou 1,4 Md€.

Le niveau de vie des retraités en question

La nouvelle doxa voudrait que la génération du baby-boom d’après-guerre soit responsable des maux de notre société. Elle bénéficierait de revenus supérieurs à ceux des actifs en faisant peser sur eux des charges insupportables !

Il est vrai que les retraites par répartition coûtent cher : 14,6 % du PIB en France contre 12,3 % en moyenne dans l’UE. Mais selon les dernières données de l’Insee, en 2024 le niveau de vie moyen des actifs en emploi était de 34 580 € et celui des retraités de 30 960 €, soit 89,5% de celui des actifs. Selon d’autres méthodes, dans son rapport 2026 le COR constate : «  Au total, le revenu disponible des ménages retraités [revenus annexes tels que loyers ou autres compris] s’élève en moyenne à 2 978 euros mensuels et celui des ménages actifs à 4 263 euros en 2023. Le revenu disponible des ménages retraités représente ainsi 80,2 % du revenu de l’ensemble des ménages (3 715 euros) alors que celui des actifs en représente 114,7 %. »

Le procès en absence de générosité des séniors n’est donc pas légitime. D’autant que les retraites ne sont pas des prestations sociales. Les retraités ont payé des cotisations durant leur vie active pour acquérir le versement de leur pension. Si les retraites coûtent cher, c’est à cause des fausses promesses de la répartition qui deviennent illusoires quand les Français ne font plus de bébés. Ce sont donc peut-être les jeunes, nombreux désormais à refuser de fonder des familles, qui manquent de générosité. Mais il est vrai aussi que si les retraites françaises françaises sont coûteuses, c’est parce que les Français ne travaillent pas suffisamment, notamment les jeunes et les plus de 60 ans. C’est aussi parce que les retraites des fonctionnaires pèsent particulièrement lourd sans que l’Etat veuille l’avouer.

Les prélèvements cachés de l’Etat

Nous disons depuis longtemps que les retraites de la fonction publique coûtent beaucoup plus cher qu’il n’apparaît dans les rapports du COR. En effet, les prestations de retraites effectivement versées sont équilibrées par une cotisation « imputée » fictive, que l’Etat employeur vire chaque année dans un compte intitulé compte d’affectation spéciale (CAS) « Pensions ». Ces cotisations « employeur » sont calculées à un taux astronomique qui était jusqu’en 2025 de 74,3% des traitements pour les personnels civils de l’Etat et de 126,1 % pour les personnels militaires alors que la cotisation des employeurs dans le privé est de 16,5% ! Le 26 décembre 2025, le jour où personne ne lit le Journal officiel, un décret y a été publié pour porter le taux de cotisation des fonctionnaires civils de l’Etat et des magistrats de 78,28% à 82,28% à effet du 1er janvier 2026 ! Soit une augmentation de plus de 5,1 % supportée par… les contribuables.

Ces sommes représentent donc des cotisations employeurs. Celles que payent les entreprises privées sont considérées, logiquement, comme des prélèvements obligatoires, PO, qui pèsent sur les salariés car à défaut, les entreprises pourraient leur verser un salaire incluant le montant de ces charges. Mais l’Etat considère qu’il n’a pas à prendre en compte ces cotisations au titre des PO. Il en exclut donc des montants considérables à l’encontre de l’avis de la Cour des comptes et de la comptabilisation qu’en fait Eurostat : plus de 54 Md€ en 2026. Ce qui explique un écart de l’ordre de 1,8 % du PIB constaté en 2025 entre le taux de PO indiqué par l’Etat français, soit 43,6 %, et celui que relève l’UE (Eurostat) de l’ordre de 46% (avec également l’exclusion par l’Insee de certains crédits d’impôts).

Travaillons plus

Nous ne remédierons pas à ces difficultés en montant les jeunes contre les vieux et vice-versa. Nous n’y arriverons ni en cachant certains chiffres, ni en multipliant les mesurettes paramétriques. Il faut engager des réformes systémiques pour évoluer vers une large retraite par capitalisation et, sans attendre, allonger la durée du travail : permettre aux retraités de travailler plus longtemps sans limitation et inciter les jeunes à travailler en poursuivant leurs études plutôt qu’à aller pointer au chômage après la fin de leur période d’apprentissage. En équité, tous devront contribuer au redressement de notre société délabrée par des décennies de socialisme rampant.

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