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dimanche 10 mai 2026

David Friedman : un anarcho-capitaliste à Paris

Temps de lecture : 3 minutes

L’IREF s’est joint à Génération Libre pour inviter David Friedman le 15 avril 2026 à une conférence organisée sous les auspices de Guillaume Kasbarian à l’Assemblée nationale. Si nous ne sommes pas toujours d’accord avec David Friedman, le fils de Milton Friedman, nous avons été heureux de le recevoir et l’écouter parce que nous partageons le même combat pour la liberté. C’est aussi pourquoi nous émettons des réserves sur certaines de ses options éonomico-politiques.

Un même combat pour la liberté

Nous croyons avec David Friedman que la liberté est la mère de la prospérité. Plus encore, nous croyons que fondamentalement, comme il l’écrit dans son maître livre The machinery of Freedom (publié en Français en 1992 et réédité en anglais en 2022 aux Etats-Unis) « chacun d’entre nous connaît mieux ses propres valeurs que ne les connaissent la plupart des autres personnes ».

Ensemble, nous pensons que le droit des individus sur leurs propriétés est essentiel, jusque dans la liberté de transmettre par succession, que le système de retraite par répartition vole les cotisations des personnes qui travaillent contre de faux droits, que les monopoles publics sont sources d’inefficacité, de coûts excessifs et de médiocrité….

Mais nous avons des positions plus restrictives sur l’immigration et sur la drogue. Il nous semble souhaitable que toute communauté garde le droit et la liberté d’accueillir ou non de nouveaux arrivants et d’exiger d’eux le partage de certaines valeurs communes de respect des biens et des personnes. Nous sommes réservés sur la liberté de se droguer parce que la drogue rend les gens dépendants malgré eux et abêtit les sociétés dans lesquelles sa consommation se propage.

Le rêve d’une société sans Etat

L’essentiel de notre différend avec lui est relatif à l’anarcho-capitalisme lui-même. Il souhaite une société sans Etat. Nous ne croyons pas qu’elle soit possible parce que les individus ne sont pas parfaits et ont, de ce fait, besoin de quelques institutions susceptibles d’être contraignantes.

Sa solution est que chacun puisse choisir et acheter son droit, ses tribunaux et ses agents d’exécution. Il veut généraliser l’arbitrage qui est une bonne solution, mais pas universelle. Car comment forcer celui qui vous a tué à accepter l’arbitrage ? Les entreprises se mettent souvent d’accord, lors de la conclusion d’un contrat, pour régler leurs litiges à venir par arbitrage selon des règles dont elles conviennent précisément à l’avance. Mais les voleurs et les assassins ne vont pas voir leurs victimes avant de commettre leurs crimes pour convenir des modalités d’un arbitrage.

Il évoque quelques exemples historiques pour démonter la possibilité d’une société sans Etat : la première société islandaise, les Gypsies, les Commanches ou le Somaliland. Mais ils ne paraissent pas très probants. La violence n’y était pas moindre que dans d’autres sociétés.

Un Etat limité plutôt que la jungle

Certes, l’Etat, avec son monopole de la violence, est dangereux. Mais la jungle l’est plus encore. Ne vaut-il pas mieux confier le droit de recourir à la violence à un Etat limité, contrôlé par la séparation des fonctions et par la représentation démocratique ?

Certes, l’idée d’un Etat limité relève un peu de l’utopie mais un état d’anarchie est plus utopique encore. La réalité est sans doute que dans un monde imparfait il faut choisir le moindre mal. Et dans un monde instable et changeant, la politique est une œuvre de Sisyphe.

Il faut naviguer entre la jungle et le goulag. L’Etat de droit cherche le bon équilibre dans ce monde imparfait. Il a permis le développement de la civilisation et l’épanouissement des libertés sans empêcher totalement la violence. Mais jusque-là on n’a rien trouvé de mieux. On peut rêver par exemple que les gens payent volontairement leurs impôts pour la défense nationale, mais ça ne marche jamais. On en a fait l’expérience en France pendant la Révolution de 1789, pendant la 2ème République (1848), après la défaite de 1870, après la 1ère guerre mondiale. Ce fut toujours un échec car l’Homme est égoïste : il est volontiers free-rider.

Les limites de l’utilitarisme

Comme utilitariste, sur le plan économique, et comme conséquentialiste plus généralement, David Friedman recherche l’efficacité. Bien sûr, la connaissance de la justice est plus difficile que la mesure de l’efficacité. Mais si nous ne recherchions que l’efficacité économique, peut-être faudrait-il alors aujourd’hui vouloir un régime à la chinoise !

Pour notre part, nous croyons, avec G. K. Chesterton, que « Les organismes vigoureux ne parlent pas de leurs fonctions, mais de leurs fins », et, avec Lord Acton, que la finalité de l’Etat est de permettre aux citoyens de vivre en liberté pour qu’ils soient responsables de la recherche de leurs fins.

L’Etat limité n’a donc pas à nous dire ce qui est bien pour nous, mais à mettre des barrières pour préserver nos libertés dans la limite de celles des autres. Le rôle du droit et de l’Etat est donc de dire ce qu’il ne faut pas faire et non ce qu’il faut faire. Lorsque l’Etat nous dit ce qu’il faut faire, il devient tyrannie. C’est un point capital sur lequel nous pouvons converger avec David Friedman.

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3 réponses

  1. Il ne sert à rien de se chercher des divergences avec les anarcho-capitalistes, qu’ils soient jusnaturalistes ou utilitaristes, et encore moins de les présenter publiquement.
    Ce courant a un double mérite, d’une part de s’intéresser aux racines éthiques et fonctionnelles du libéralisme, et d’autre part de déplacer la fenêtre d’Overton à l’instar des collectivistes de tous genres qui ne se sont jamais gênés pour le faire.

  2. Bonjour ,
    Le rôle de l état n est selon moi ni de dire ce qu il faut faire ou ce qu il ne faut pas faire. Il est là pour nous permettre , par le biais de l’éducation non pas de nous instruire au sens de nous remplir de savoir , mais de construire les conditions pour que chacun soit en capacité de prendre ses décisions de façon éclairée. C est à dire de développer l’esprit critique . Car en plus l’individu sera autonome moins l intervention sera nécessaire. Le rôle de l état est de mutualiser des dépenses collectives dans cette unique but . De fait chacun ser alors libre de choisir et trouver ses fins. L état doit être celui qui nous premunit qu aucune forme de domination ne s exerce . Gouverner c est protéger. La hiérarchie de l’excellence basée sur la transmission des savoirs plus que sur la domination et la rétention des informations reste le moyen le plus sûr de conserver des gouvernants intégres désintéressés et des gouvernés responsables , investis soucieux de co exister en paix entre eux plutôt que de pretendre à un vivre ensemble artificiel

  3. Oui l État comme garant du cadre et chacun ayant pleine liberté dans le cadre. Mais le problème restera toujours : qui cadre le garant du cadre ? C est l éternel problème. Notre État est actuellement très clairement sorti de son cadre.

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