Les périodes de canicule de cet été 2026 ont mis en évidence l’insuffisance criante des moyens publics « d’adaptation » aux phénomènes météorologiques extrêmes. Pour la France en effet, seule compte la « décarbonation » de son économie, dans le cadre d’une « transition » dont la justification est de limiter la hausse de la température mondiale. C’est le combat emblématique des décideurs publics : la loi Energie et Climat de novembre 2019 maintient dans le droit français l’objectif de la « neutralité carbone » à l’horizon 2050.
Des milliards pour un effet non mesurable
La neutralité carbone en 2050 en France signifie en pratique des investissements annuels compris entre 60 Md€ et 100 Md€ selon les estimations……pour un évitement d’ici à 2100 d’environ 18 milliards de tonnes de CO2 cumulées. Pour le GIEC, chaque « paquet » de 1000 milliards de tonnes de CO2 émises conduit à une élévation estimée de la température mondiale de 0,45°C en 2100 (dernier rapport du GIEC aux décideurs). Sur la base de cette évaluation « officielle », un calcul simple montre que l’impact de la neutralité carbone française en 2050 sur la température mondiale en 2100 serait de moins d’un centième de degré… soit un effet non mesurable.
La France représente moins de 1% des émissions de CO2 anthropiques mondiales, l’Europe moins de 10% ; quant au reste du monde, soit plus 90%, il ne peut pas envisager son développement sans un recours permanent aux combustibles fossiles.
Concrètement, malgré toutes les COP, les émissions de CO2 ont continué de croître de 0,6 % par an ces dix dernières années, et quand entre 2013 et 2023, la France faisait baisser ses émissions annuelles de 0,06 gigatonnes ( en partie du fait de sa désindustrialisation) , la Chine et l’Inde les augmentaient de 3 gigatonnes, soit un rapport défavorable de 1 à 50 (chiffres de Global Carbon Budget).
Bien sûr, la Chine, gros consommateur de charbon, développe les énergies renouvelables… mais associées à un appoint électro-charbonnier massif et indispensable pour l’équilibre du réseau : environ 300 GW électro charbonniers sont en cours d’installation sur 10 ans, soit l’équivalent de cinq fois la totalité du parc nucléaire français.
L’obsession tout électrique verte
La société est aujourd’hui embarquée dans une « transition tout électrique » généralisée. L’Etat vient de financer à hauteur de 260 millions d’euros la mise à niveau des installations portuaires pour la mise en place d’éoliennes en mer, dont on sait que pour l’essentiel elles visent à se substituer à de l’électricité déjà décarbonée (le nucléaire et l’hydraulique), tout en nuisant à la stabilité du réseau et à la bonne marche des centrales nucléaires existantes qui ne sont pas faites pour servir d’appoint à l’intermittence.
L’objectif de la neutralité Carbone en 2050 est de baisser de 90% la consommation des combustibles fossiles qui assurent aujourd’hui en France de l’ordre de 60% de notre énergie utilisée (transport, chauffage industrie). C’est plus de 50% (90% de 60%) de notre consommation énergétique totale qui doit disparaître où être remplacée par de l’électricité « verte ». C’est colossal.
Il va falloir par exemple assurer les appels de puissance de pointe et trouver un appoint décarboné à la hauteur des énergies intermittentes que l’Etat veut développer massivement : un double mur énergétique dont on peut se demander comment on va le franchir.
L’exemple de la voiture électrique
Le cas des voitures électriques est intéressant : RTE a chiffré pour le Sénat à 700 MW l’appel de puissance supplémentaire nécessaire à la recharge de 1 million de voitures électriques en circulation (Éclairer l’avenir : l’électricité aux horizons 2035 et 2050) . Puis, en 2024, son estimation a été revue à la baisse à 400 MW…. ce qui en dit long sur la qualité de la prévision d’une donnée technique essentielle. Quand en 2050 les 35 millions de véhicules en circulation seront électriques, cela représentera une puissance appelée équivalente à la puissance de 25 ou 15 tranches nucléaires.
Face à cela, RTE prévoit un mode de gestion tout à fait « innovant » où le véhicule changerait de nature et deviendrait un « véhicule réseau »: sa recharge serait non seulement pilotée par RTE mais la batterie de l’abonné pourrait être déchargée partiellement pour alimenter le réseau électrique en cas de besoin. Le client deviendrait ainsi le prestataire de réserve de son fournisseur…
En théorie, tout ceci serait bien sûr encadré au profit de l’utilisateur, mais qu’en sera-t-il réellement ? Avec quelles contraintes tarifaires et règlementaires et quel impact sur la liberté de circulation ? D’autant que cela ne suffira pas.
Le soutien à l’intermittence et aux appels de puissance de pointe nécessitera de toute façon des installations décarbonées de réserve de très forte puissance qui n’existent pas à l’heure actuelle (RTE cite l’hydrogène vert).
Une question légitime
Aujourd’hui, force est de considérer que nous sommes poussés de façon subreptice par une forme d’aventurisme dans « une fuite en avant électrique verte » qui n’est pas à l’abri d’un échec… pour moins d’un centième de degré !
La question légitime est bien de savoir s’il faut poursuivre cette politique de « transition tout électrique » jusqu’au-boutiste, doctrinaire et hasardeuse ou se fixer l’objectif d’un nouveau mix énergétique diversifié, solide, et résilient.
Les pouvoirs institutionnels et en particulier l’Etat et RTE se prévalent aujourd’hui de préparer l’avenir.
Mais ils le font d’une façon qui suscite une interrogation légitime : manifestement sans se poser de questions, en faisant courir à la société des risques aussi masqués que peu calculés et en dépensant des centaines de milliards d’euros pour tenter d’infléchir une trajectoire de température sans perspective d’efficacité.
Mesurent-ils la responsabilité qu’ils prennent vis-à-vis de la société ?
Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
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