Journal d'actualité libéral
|
lundi 19 octobre 2026

Défendre les entrepreneurs, c’est défendre la prospérité de tous

Temps de lecture : 4 minutes

Il existe en France une étrange habitude : lorsque l’on propose de mieux traiter ceux qui entreprennent, investissent ou réussissent, le soupçon tombe presque immédiatement. Défendre les entrepreneurs serait défendre « les riches ». Alléger leur fiscalité serait leur consentir un privilège. Simplifier les normes serait céder à un intérêt particulier. Encourager la réussite serait, presque mécaniquement, se détourner de la justice sociale.

Cette caricature nous coûte cher. Elle repose surtout sur une erreur de raisonnement : croire que l’entreprise et la société auraient des intérêts opposés. Comme si ce que l’une gagnait était nécessairement perdu par l’autre.

L’économie réelle fonctionne exactement à l’inverse. Une entreprise qui prospère ne crée pas seulement de la richesse pour son propriétaire ou ses actionnaires. Elle recrute. Elle verse des salaires. Elle commande auprès de fournisseurs. Elle investit. Elle forme. Elle exporte parfois. Elle paie des cotisations et des impôts. Elle permet à d’autres entreprises de se développer autour d’elle. En somme, sa réussite diffuse bien au-delà de ceux qui la détiennent.

Défendre les entrepreneurs n’est pas défendre une caste

C’est défendre l’un des mécanismes essentiels par lesquels une société finance durablement son niveau de vie et son modèle collectif. Cette évidence mérite d’être rappelée à un moment où la France cherche désespérément des marges de manœuvre. Nous voulons davantage de pouvoir d’achat, des services publics plus efficaces, une défense nationale à la hauteur du retour des rapports de force, une justice qui fonctionne, une meilleure sécurité, des infrastructures de qualité et une protection sociale solide. Tout cela doit être financé. Avant de distribuer la richesse, encore faut-il la produire.

À force de regarder l’entreprise essentiellement comme une assiette fiscale, nous finissons par oublier qu’elle est d’abord une source de création de valeur. La réussite d’un entrepreneur n’est pas un problème à corriger Il existe également en France une relation compliquée à la réussite. Nous admirons volontiers l’entrepreneur tant qu’il démarre dans un garage. Beaucoup moins lorsqu’il commence à gagner beaucoup d’argent.

Pourtant, que voulons-nous exactement ? Des entreprises fragiles ou des entreprises puissantes ? Des PME qui restent éternellement petites ou des PME qui deviennent des ETI ? Des entrepreneurs qui vendent leur société dès qu’elle atteint une certaine taille ou des actionnaires français capables d’investir sur vingt ou trente ans ? Des startups prometteuses ou des leaders mondiaux ?

On ne peut pas simultanément regretter que la France ne compte pas suffisamment de champions internationaux et considérer avec suspicion ceux qui réussissent à en bâtir. Bien entendu, la réussite n’exonère personne de ses responsabilités. Elle ne dispense ni de respecter la loi, ni de contribuer au financement collectif, ni d’assumer ses obligations sociales. Mais elle ne devrait pas non plus constituer une circonstance aggravante.

Il faut accepter une idée simple : lorsqu’un entrepreneur crée énormément de valeur, il est parfaitement normal qu’il puisse lui-même s’enrichir. L’enjeu d’une bonne politique économique n’est pas d’empêcher cet enrichissement. Il est de créer les conditions pour qu’en cherchant à développer son entreprise, cet entrepreneur produise simultanément beaucoup de valeur pour le reste de la société. C’est précisément ce que permet une économie de marché qui fonctionne correctement.

Il y a, enfin, une contradiction dans une partie de notre débat. Nous voulons à juste titre que les salaires progressent. Mais nous débattons rarement de la condition économique indispensable à cette progression : la productivité et la santé des entreprises. Un employeur ne peut augmenter les rémunérations que si l’entreprise produit suffisamment de valeur pour les financer. Les injonctions politiques n’y changent rien.

Lorsque les marges disparaissent, que l’investissement ralentit et que la croissance devient anémique, les augmentations de salaires deviennent plus difficiles. Lorsque les entreprises gagnent en productivité, conquièrent de nouveaux marchés et améliorent leurs résultats, davantage de valeur peut être partagée. Opposer salariés et entrepreneurs est donc souvent intellectuellement confortable, mais économiquement stérile.

Le véritable enjeu devrait être de construire une économie dans laquelle les entreprises ont intérêt à investir et à recruter, et dans laquelle le travail permet réellement de progresser.

Nous devons sortir d’une économie de la défiance

Depuis que j’ai lancé 300 pour la France, je rencontre des entrepreneurs de toutes tailles et de tous les territoires. Beaucoup ne demandent pas à l’État de les protéger de la concurrence ou de leur garantir le succès. Ils demandent quelque chose de beaucoup plus simple : qu’on les laisse davantage entreprendre.

Nous devons donc changer de logique. La question que devrait systématiquement se poser le débat public n’est pas : « Jusqu’où pouvons-nous taxer ou réglementer l’entreprise sans la tuer ? » Elle devrait être : « Comment créer en France les conditions permettant à davantage d’entreprises de naître, de grandir, d’investir et de rester ? » Ce changement de perspective n’a rien d’idéologique. Il est profondément pragmatique.

Défendre l’entreprise, c’est choisir l’abondance plutôt que la répartition de la pénurie. Notre objectif ne devrait pas être d’organiser toujours plus minutieusement le partage d’une richesse qui progresse trop peu. Il devrait être d’élargir cette richesse.

La prospérité n’est pas un gros mot. Elle est la condition matérielle de presque toutes les ambitions sociales et nationales que nous affirmons par ailleurs. Elle permet à un salarié de mieux vivre de son travail. Elle permet à un jeune de trouver un emploi. Elle permet à une entreprise d’investir. Elle permet à l’État de financer une armée, une police, une justice, une école et un système de santé efficaces.

C’est pour cela que défendre les entrepreneurs est, à mes yeux, une cause profondément constructive et collective. Je ne défends pas un statut social. Je défends une dynamique.

Je ne demande pas que les entrepreneurs soient placés au-dessus des autres Français. Je demande que nous cessions de traiter comme suspects ceux dont nous avons besoin pour créer davantage de richesse, d’emplois et d’opportunités.

La France ne deviendra pas plus juste en appauvrissant ceux qui réussissent.

Elle deviendra plus forte en permettant à beaucoup plus de Français de réussir.

Elle ne retrouvera durablement les moyens de ses ambitions qu’en comprenant enfin cette évidence : la prospérité des entreprises n’est pas l’ennemie de l’intérêt général. Elle en est l’une des conditions.

 


Matthieu Boeche est fondateur et président de 300 pour la France

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.