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mardi 7 juillet 2026

Défiée par la révolution trumpienne, la Cour suprême joue son rôle de contre-pouvoir

Temps de lecture : 4 minutes

Dix sept mois après la réélection de Donald Trump, la Cour suprême commence à fixer des limites au « changement de régime » que le président nationaliste cherche à imposer. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les cris d’alarme de la gauche progressiste, l’instance suprême, dominée par des magistrats conservateurs, ne donne pas systématiquement carte blanche à Donald Trump.

Par le biais de décisions exigées d’elle en urgence depuis 2025, la Cour a souvent laissé faire l’administration Trump, à court terme, sans trancher sur le fond pour le long terme. Elle a ainsi refusé d’invalider des expulsions rapides d’immigrés sans papiers. Elle a scandalisé la gauche et la presse washingtonienne en acceptant la suspension de programmes d’aides à l’étranger et en tolérant la dissolution de fait d’une agence créée par le Congrès pour les mettre sur pied. Elle a autorisé l’élimination de milliers de postes de fonctionnaires, sans vote du Congrès. Elle a également permis à des États de redessiner les contours de circonscriptions électorales selon des critères autres qu’ethniques ou raciaux.

On conclut de cette série de victoires de Donald Trump que, fidèles à leurs convictions conservatrices, six des neuf juges de la Cour estiment que le chef de l’exécutif, élu par le peuple, n’est pas un simple serviteur du Congrès, mais bel et bien un président doté de pouvoirs propres.

Le réel pouvoir du président élu aux Etats-Unis

À moins que le Congrès ne vote des lois lui interdisant certaines politiques, le président a le droit, le devoir et la responsabilité de gouverner. Dans une certaine mesure, le rêve trumpien de forte extension du pouvoir présidentiel, qui fait hurler les démocrates à la « tyrannie », est compatible avec la doctrine conservatrice de la majorité de la Cour suprême.

Cette dernière vient aussi d’invalider une jurisprudence qui remontait aux années 1930 et qui conférait une forte protection et une énorme indépendance à des agences fédérales, comme la Federal Trade Commission (FTC), organe réglementaire de la concurrence. Le lobby des étatistes et des bureaucrates non-élus défendait ce statu quo.

En restaurant le pouvoir présidentiel de renvoyer les dirigeants de telles agences, elle estime, non sans raison, que ces institutions ne sont pas des tribunaux mais simplement des administrations exécutantes de la politique du gouvernement en place. Elles n’ont pas été créées par le Congrès pour imaginer une politique et la faire appliquer quelles que soient les intentions du locataire de la Maison-Blanche. Elles doivent obéir au président élu. Consternation dans les rangs progressistes…

Ligne rouge pour la Maison-Blanche

Pour autant, contrairement aux dires de journalistes serviteurs du Parti démocrate, la Cour n’est pas « MAGA » et ne se comporte pas comme une chambre d’enregistrement des initiatives provocantes et souvent sans précédent de Donald Trump. Elle a ainsi tracé une ligne rouge : la Maison-Blanche n’a pas le droit de limoger un gouverneur de la Banque centrale, sans procès. La Cour consacre l’idée établie par le Congrès, selon laquelle la conduite de la politique monétaire n’est pas du ressort de l’exécutif. Certains regrettent que cette décision n’ait pas complètement fermé la porte à toute sanction par la Maison-Blanche visant un gouverneur, par exemple en cas de malversations. Mais au grand désespoir du monde MAGA, et au grand soulagement des marchés financiers, la possibilité que Donald Trump puisse limoger des gouverneurs de la Fed qui refusent d’abaisser les taux d’intérêt a été écartée.

La Constitution américaine est toujours solide

Trois autres défaites de l’administration populiste illustrent le fonctionnement du contre-pouvoir judiciaire dans l’Amérique de Donald Trump. La Cour suprême a par exemple refusé que l’administration rejette les bulletins de vote par correspondance pour les prochaines élections législatives de novembre.

Elle a de même confirmé le droit du sol en matière de nationalité, alors que les MAGA nationalistes ont fait campagne sur son abrogation. Les juges de la Cour n’ont pourtant fait que suivre la lettre et l’esprit des pères fondateurs. Lorsque l’Amérique est née, elle avait un besoin urgent de peuplement. Si ces circonstances ont changé, il faut changer la Constitution. Un président ne peut pas le faire tout seul.

Enfin, et surtout, la cour a invalidé les droits de douane punitifs imposés sans transparence, et sans contrôle du Congrès, à des partenaires commerciaux des États-Unis sur la base de motifs qualifiés « d’urgence » mais qui sont très subjectifs et même changeants. La portée planétaire de cette décision ne saurait être assez soulignée. Elle handicape la politique commerciale protectionniste de Donald Trump.

La Constitution américaine fonctionne donc toujours : le contre-pouvoir judiciaire  interdit à l’exécutif – même si c’est plus lentement qu’on ne l’aurait pensé –  des abus manifestement contraires à l’esprit des pères fondateurs d’une république qui fête ses 250 ans.

Le pouvoir législatif en revanche baisse les bras

On ne peut que s’en féliciter car les autres contre-pouvoirs, si essentiels au fonctionnement de la démocratie américaine, sont en revanche toujours pris en défaut. Le pouvoir législatif est ainsi dépassé par l’activisme tous azimuts de la Maison-Blanche. Il se révèle largement impuissant devant les pulsions monarchiques de Donald Trump.

La courte majorité républicaine au Congrès a ainsi été efficacement domptée par la Maison-Blanche, au point de lâcher pratiquement la bride sur le cou à Donald Trump. Intimidés par leur président, les élus républicains l’ont laissé ériger des droits de douane punitifs, déclarer des guerres commerciales à des pays amis comme le Canada, mener une guerre non-déclarée avec l’Iran, et même déstabiliser l’OTAN. Rien de tout cela n’est conforme à l’esprit libéral et atlantiste des Républicains.

De son côté, la minorité démocrate est de plus en plus déchirée entre d’une part ses vieux leaders sociaux-démocrates déclinants et d’autre part des progressistes jeunes, agressifs et conquérants, ouvertement socialistes, très bien organisés qui veulent gauchiser le parti de Kennedy et Obama.

La presse n’est plus vraiment un contre-pouvoir

Quant à la presse, autre contre-pouvoir jadis puissant, elle est tout aussi débordée par la révolution trumpienne : décrédibilisée par son aveuglement durant le mandat de Joe Biden, prise de court par les réseaux sociaux, financièrement affaiblie par l’évanouissement de la publicité qui la faisait vivre, elle n’a toujours pas compris pourquoi Donald Trump avait élu deux fois, contre ses voeux.

Les grands quotidiens et les chaînes télévisées encore contrôlés par l’establishment démocrate, peignent donc Donald Trump en despote. Ce serait lui donner trop de crédit. Il est surtout mégalomane, égocentrique, brouillon, bluffeur, cupide et inconscient des dégâts collatéraux de ses initiatives à l’emporte-pièce. Au lieu de déplorer l’expansion des pouvoirs du président Trump, les démocrates devraient se réjouir : le jour où leur parti va reconquérir la Maison-Blanche, ils auront à leur tour beaucoup de marge pour gouverner. C’est du reste ce qui devrait alarmer les républicains libéraux.

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