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lundi 31 août 2026

Devrons-nous interdire d’« interdire d’interdire » ?

Temps de lecture : 4 minutes

En France l’excès de la liberté d’expression est considéré désormais comme l’origine de tous nos maux. Il vaudrait mieux apprendre le discernement plutôt que de multiplier les interdits vite contournés.

Tandis que divers sénateurs, y compris LR, proposent de  de mettre en place des outils de contrôle par l’Etat des opinions émises sur les réseaux sociaux pour éviter ce qu’un sénateur a appelé des « ingérences intérieures », le Parlement français a adopté définitivement le 21 juillet 2026 une proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans… Elle a été retoquée par le Conseil constitutionnel le 14 août, mais elle reste la marque de la politique française et un nouveau projet de loi est attendu sur le sujet !

Une liberté soviétique

Déjà la liberté de communication est strictement réglementée dans l’audio-visuel depuis la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986. Celle-ci précise que la liberté de communication au public par voie électronique est libre mais « peut être limitée […] dans la mesure requise […] par le respect […] du caractère pluraliste de l’expression des courants de pensée et d’opinion… ». Son article 13, modifié en 2021, dispose que l’Arcom « assure le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans les programmes des services de radio et de télévision, en particulier pour les émissions d’information et générale. » A cet effet elle exerce un contrôle étroit « des temps d’intervention des personnalités politiques dans les journaux et les bulletins d’information, les magazines et les autres émissions des programmes. » Sur cette base, dans sa décision rendue le 12 juin 2026, l’Arcom a reproché notamment à C-News « un traitement univoque de l’actualité » et « une focalisation sur certaines thématiques. » Le 30 juin elle a condamné les propos qu’a tenus Franz-Olivier Giesbert à l’antenne de C-News, déclarant qu’il « n’aimerait pas être juif à Roubaix » et estimant que la communauté concernée serait probablement « obligée de partir » après la victoire de David Guiraud (LFI) aux municipales à Roubaix. Depuis le début de l’année 2026, CNews totalise 300 000 euros de pénalités et a été mise en demeure trois fois par l’Arcom.

Certes, dans une décision du 8 avril 2026 l’Arcom recadre aussi France Télévisions, mais c’est parce qu’une de ses journalistes aurait accablé injustement le Hamas ! Elle a aussi mis en demeure Radio France pour une « sous-représentation » du RN et reproché à France Info d’avoir répété que CNews était une chaîne d’« extrême droite ». Mais France Info TV et France 2 continuent de faire de la propagande gauchiste à longueur d’ondes sans subir de condamnations. Le contrôle de l’Arcom est d’une objectivité relative.

Il est vrai aussi que le groupe C-News s’est montré bien déraisonnable de donner si largement la parole, au surplus sans aucune contradiction, à Xenia Fedorova, chroniqueuse russe et propagandiste du Kremlin dont elle reprenait fidèlement le narratif sur tous les sujets. Elle transformait les déportations d’enfants ukrainiens en évacuations sanitaires, accusait de nazisme l’Ukraine et la Lettonie, continuait de dire (JDD, 8/07/2026) que la guerre en Ukraine n’est qu’une « opération spéciale », niait les pénuries d’essence (Le Monde, 29/07/2026)… Pourtant, la guerre hybride menée par la Russie contre la France survolée par ses drones, envahie de fake news par ses machines à scrolls et cyberespionnée par les services secrets russes justifiait-elle l’arrêté d’expulsion de cette pseudo journaliste ?

L’Europe est atteinte

L’Europe n’a pas attendu la guerre en Ukraine pour bâillonner ses députés. Elle a institué une Autorité « indépendante » qui décide de l’enregistrement et de la radiation des partis politiques européens et des fondations politiques européennes dans un fichier créé à cet effet. Elle veille au respect de leur gouvernance conformément aux procédures et aux conditions établies dans le règlement Euratom 2025/2445. Plus généralement elle vérifie que ces partis politiques et fondations qui leur sont affiliées, ainsi que leurs membres respectifs, respectent les valeurs énoncées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne : « L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Je partage ces valeurs, mais la Commission européenne ne les a pas respectées en créant cette Autorité qui ne laisse pas aux minorités qui le souhaiteraient la possibilité de les contester peu ou prou.

On n’interdit pas la liberté

Le conformisme politique se forge ainsi à l’école du slogan du Montagnard Antoine de Saint-Just pour justifier la Terreur : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Cette aporie apparente n’est pourtant qu’un prétexte commun à toutes les idéologies qui pensent le monde de manière unilatérale et refusent l’incertitude autant que la contradiction.

A dire vrai la question n’est pas simple. Faut-il interdire d’interdire ou interdire d’interdire d’interdire ? Ni l’un ni l’autre sans doute. Il faut faire respecter un Etat de droit  défenseur des libertés de tous dans la limite de celles des autres. Il faut enseigner le discernement et l’esprit critique, apprendre à confronter les points de vue. A défaut souvent de pouvoir prétendre à la vérité, il est toujours possible de chercher à convaincre les autres de leurs erreurs. On ne combat pas les illusions et les fanatismes par la censure ou la proscription, mais par la force de l’intelligence et la persuasion. Il ne faut interdire que les vices et délits qui attentent ou peuvent manifestement attenter à la liberté, l’intégrité ou la dignité des autres. Et même dans ce dernier cas, l’interdit ne vaut que s’il peut être efficacement appliqué. La « prohibition » américaine a montré ses limites. L’interdiction d’accès aux principaux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans depuis décembre 2025 en Australie est un échec.

Si les familles étaient mieux valorisées, les écoles plus exigeantes, l’Etat moins paternaliste et plus ferme dans l’exercice de ses devoirs régaliens… peut-être  accumulerait-on moins d’interdits inutiles.

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2 réponses

  1. Tout cela part d’un principe très simple. Si vous détenez le pouvoir et que vous ne savez pas ou ne pouvez pas le justifier ou le défendre loyalement face aux critiques pertinentes et vu vos résultats désastreux, utilisez ce pouvoir pour en interdire, limiter ou punir la critique, sous une forme ou une autre. Punition qui va de la censure et du contrôle biaisé et injustifié dans les pays démocratiques jusqu’à la mort dans certains pays.

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