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vendredi 5 juin 2026

Edouard Philippe a changé d’avis : la Charte de l’environnement n’est plus totalement une bonne idée

Temps de lecture : 2 minutes

Edouard Philippe, le candidat sans programme, tente de draguer les agriculteurs en proposant une révision en l’état très floue de la Constitution.

Edouard Philippe présente une particularité : il s’est déclaré candidat avant même que l’on connaisse son programme. D’ailleurs, à ce jour, ses idées politiques demeurent toujours aussi vaporeuses. C’est donc avec intérêt que l’on a appris le 3 juin qu’il avait eu un éclair.

En effet, il a proposé de « compléter la Charte de l’environnement en indiquant que l’agriculture est un objectif légitime qu’il faut impérativement prendre en compte ». Au-delà de cette phrase peu compréhensible en droit, il a précisé : « Je pense qu’à l’époque (en 2004-2005), l’idée c’était de faire avancer l’idée politique de la nécessité de préserver l’environnement, et c’était une bonne idée ». Mais, alors que notre agriculture traverse une crise comparable « à la sidérurgie dans les années 1970, je crois qu’on peut dire que l’objectif, c’est de préserver les deux, et de ne pas privilégier l’un à l’autre ».

Pour tenter de saisir ce qu’a dit l’ancien Premier ministre, il faut se souvenir que la Charte de l’environnement a été adoptée en 2004 sous la pression de Jacques Chirac. C’est la droite qui a fait entrer l’année suivante le texte dans notre Constitution par une référence dans le Préambule, à rang égal avec la Déclaration de 1789 ou le Préambule de 1946. Représentant à l’époque les cercles Idées-Action de notre ami Alain Madelin devant la rapporteuse de la commission des lois à l’Assemblée nationale, Nathalie Kosciusko-Morizet, nous avions étrillé le texte pour tenter d’empêcher son adoption en pointant plusieurs dangers, entre autres le principe de précaution (article 5). En vain.

De manière surprenante de prime abord, Edouard Philippe n’a pas expressément mentionné le principe de précaution, même si ce dernier est sur la sellette. En revanche, plusieurs autres candidats à l’élection présidentielle, notamment David Lisnard, ont, eux, plaidé en faveur d’une suppression pure et simple du principe.

Surtout, nous avons du mal à comprendre le fond de la pensée de Edouard Philippe. Comment un texte constitutionnel pourrait-il être bon (en 2004-2005) ou moins bon (aujourd’hui) suivant les contextes ? Et comment l’ancien Premier ministre peut-il soutenir que l’agriculture n’est pas prise en compte dans la Charte de l’environnement, alors même que son article 6 dispose que les politiques publiques concilient la protection de l’environnement et le développement économique ? La vague modification du texte souhaitée par le candidat Philippe n’aurait donc que peu d’effets. Ce qui importe en réalité, ce n’est pas de réviser un texte mauvais, mais de le supprimer. Et si Edouard Philippe veut vraiment aider les agriculteurs, il ferait mieux de s’intéresser aux ravages de la bureaucratie, au normativisme exacerbé et à la lourdeur des impôts de production.

De manière piquante, c’est au moment même où Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé son ralliement à Edouard Philippe que ce dernier entend modifier un texte que cette dernière a ardemment défendu…

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