Journal d'actualité libéral
|
vendredi 4 septembre 2026

Eolien flottant : l’échec anglais ne semble pas dissuader le gouvernement français de faire les mêmes coûteuses erreurs

Temps de lecture : 6 minutes

Lorsqu’un décideur public décide de se substituer à l’investissement privé, le désastre n’est jamais loin. Les énergies renouvelables sont un creuset sans fin de gaspillages d’argent public. Aujourd’hui, intéressons-nous à une histoire particulièrement exemplaire d’éolien flottant qui n’a jamais vu le jour mais a coûté et coûtera encore des millions aux contribuables britanniques, au large de la Cornouaille.


Le projet Wave Hub, destiné à accueillir des éoliennes flottantes au large de la Cornouaille pour une puissance installée de 32 MW, a vu le jour dans les années 2000 (les promoteurs prévoyaient qu’il puisse également accueillir des fermes de bouées produisant de l’électricité grâce aux vagues, mais les essais n’ont pas été concluants et ils en sont restés là au stade du prototype).

Le conseil de Cornouaille (l’équivalent approximatif d’un conseil départemental français) a mobilisé 42 millions de livres sterling (valeur 2010, ≈ 70 M£ d’aujourd’hui, ou 82M€) pour financer l’infrastructure nécessaire, principalement les ancrages et les équipements de raccordement au réseau électrique (cf. schéma de principe ci-dessous).

Ces 42 millions ont été intégralement abondés par des fonds publics, aucun investisseur privé ne s’étant montré intéressé :

  • gouvernement britannique : 10 M£
  • Agence de développement du Sud-Ouest de l’Angleterre : 12 M£
  • fonds européens (avant le Brexit) : 20 M£.

Un échec, liquidé pour une bouchée de pain

Les travaux se sont achevés vers 2010. Pourtant, de 2010 à 2021, aucun investisseur n’a souhaité y installer des éoliennes flottantes, ou des machines à vagues. Le site est devenu un « éléphant blanc », objet de moqueries.

En 2021, le conseil de Cornouailles a cédé Wave Hub et les droits d’exploitation associés à la start-up suédoise Hexicon AB (conceptrice d’éoliennes flottantes jumelles) pour 2,4 millions de livres. Les Suédois ont ainsi acquis pour une somme dérisoire une infrastructure qui avait coûté 42 millions (de 2010) aux contribuables. Une fois de plus, les décideurs publics ont eu du flair !

Le projet a été rebaptisé TwinHub. Hexicon a ensuite négocié avec le gouvernement britannique une subvention pour l’électricité produite, sous la forme d’un Contract for Difference (CfD) à 87 £/MWh en tarif 2012 (soit environ 133 £/MWh actualisés pour 2026). Un CfD fonctionne de la façon suivante : la centrale vend son courant au réseau au prix instantané du marché de gros (wholesale market). Si ce prix est inférieur à 87£, le gouvernement paie la différence au fournisseur ; si le prix est supérieur, le fournisseur est supposé rembourser la différence au gouvernement. Le premier cas est bien plus fréquent que le second, puisque les prix s’envolent quand il y a pénurie de production éolienne et solaire, et que donc ces centrales n’ont rien à vendre au réseau.

Nouvel échec de l’acquéreur suédois, nouvelle revente à prix symbolique

Les Suédois n’ont finalement pas construit d’éoliennes flottantes : ils se sont aperçu que leurs prévisions financières étaient trop basses, et que même en ayant acquis l’infrastructure très en dessous de son prix de revient, le prix garanti via le CfD, même réactualisé, ne suffirait pas à assurer la rentabilité de l’investissement. Le contrat, non exercé, a été annulé. Tout cela en dit long sur la viabilité économique de l’éolien flottant.

Hexicon a donc récemment cédé TwinHub pour 1 £ symbolique à la société singapourienne Seatrium, qui s’engage à reprendre le passif de l’entreprise (estimé entre 3 et 3,5 millions de livres).

Pourquoi Seatrium peut-elle espérer réussir là où Hexicon a échoué ? La réponse est dans la manière dont ont évolué les CfD attribués par l’État britannique.

Seul moyen d’attirer de nouveaux investisseurs: toujours plus de subventions !

Les premiers CfD signés par le gouvernement prévoyaient qu’en cas de prix de gros négatif, le CfD était appliqué sur la totalité de l’écart ! Evidemment, cela incitait les détenteurs de centrale ENRi à produire trop d’électricité inutile, au détriment de la stabilité du réseau. Depuis plusieurs années, les nouveaux CfD ne prennent donc plus en charge la part de l’écart de prix en dessous de zéro. Résultat, les promoteurs de centrales ENRi ont menacé de ne plus faire d’offres. Pour ne pas perdre la face, le gouvernement britannique a dû, en compensation, relever considérablement le plafond acceptable pour les mises aux enchères de concessions éoliennes, notamment offshore. En contrepartie, le réseau peut imposer aux parcs éoliens de couper leurs éoliennes s’il y a trop de vent et une demande faible. Mais dans ce cas, les exploitants éoliens ou solaires peuvent, eux, prétendre à une compensation pour l’électricité non produite !

Rien ne garantit que Seatrium atteindra le plafond t à 271 £/MWh (soit un doublement par rapport au prix actualisé du précédent CfD) mais même un contrat conclu autour de 200 £/MWh (toujours indexé sur l’inflation) lui assurerait des revenus nettement supérieurs à ceux qu’Hexicon aurait pu obtenir. Les précédents appels d’offres lancés en 2025 par la Grande-Bretagne avec ce plafond ont finalement été attribués à 216£/MWh. Même si le CfD n’augmente « que » de 60% par rapport au précédent, Seatrium espère pouvoir rentrer dans ses frais. Cette société récupère ainsi, pour environ 3 millions de livres, une infrastructure de connexion qui a coûté 42 millions (70M  de 2026) et une concession jugée non rentable à 133 £/MWh, qu’elle espère rentabiliser quelque part entre 200 et 271 £/MWh.

Les ménages et industriels anglais vont payer la note

Là où la prudence aurait dû conduire à abandonner purement et simplement le projet, le gouvernement britannique a choisi d’augmenter considérablement le soutien public à des installations structurellement non rentables, que ce soit sur ce site ou ailleurs. Les ménages et les industriels britanniques, qui ont déjà dû financer un investissement revendu « à la casse », vont devoir payer au prix fort l’entêtement d’un gouvernement à soutenir une filière industrielle destructrice nette de valeur.

Le prix de gros moyen de l’électricité au Royaume-Uni s’établissait autour de 80 à 90 £/MWh en 2025 (environ 50 % de plus qu’en France). Ce chiffre masque d’importantes variations quotidiennes : certains jours, les prix sont négatifs ; d’autres, ils s’envolent, principalement lorsque le vent et le soleil font défaut et que les énergies renouvelables intermittentes ne produisent presque rien. Le prix de marché capturé par ces énergies est donc inférieur au prix de gros moyen. Admettons toutefois que le producteur éolien vende en moyenne à 80 £/MWh. Avec un CfD à 200 £, la différence moyenne garantie serait de 120 £/MWh (plus les jours de prix élevés, moins les jours de prix bas).

Le financement du CfD repose sur une augmentation des factures d’électricité des ménages et des entreprises. Le prix de l’électricité au Royaume-Uni comporte une part importante de taxes et de charges diverses, plus marquée encore qu’en France. Il y est d’ailleurs environ 50 % plus élevé que chez nous, où la part de l’éolien est moindre. De nombreux analystes estiment que ce prix continuera d’augmenter fortement dans les dix prochaines années en raison des coûts induits par l’intermittence des ENRi.

Ça ne marche pas en Angleterre, alors faisons-le en France !

C’est sans doute inspirée par ces « succès » britanniques que la France souhaite accélérer le déploiement de l’éolien en mer et de l’éolien flottant. Le gouvernement veut faire passer en force l’Appel d’Offres numéro 10 sur l’éolien en mer, comportant notamment 7 parcs éoliens flottants de 5 GW au total, soutenus par un CfD de 25 ans (!). A la différence de la Grande-Bretagne, l’infrastructure de connection des éoliennes ne sera pas payée par les exploitants mais par le transporteur d’électricité, RTE, qui socialisera les coûts via la « TURPE » (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), taxe qui ne dit pas son nom et qui représente un tiers des factures.

Grâce à ce tour de passe-passe, le gouvernement espère que des investisseurs proposeront des CfD autour de 100€. On ne peut que douter du réalisme de cette estimation, au vu de l’expérience d’Hexicon qui n’a pas pu, malgré l’acquisition à prix bradé de l’infrastructure de connexion, rentabiliser un projet avec un CfD correspondant à 133 £ (≈155€) d’aujourd’hui. En cas d’échec de l’AO, le gouvernement jettera-t-il l’éponge, ou s’obstinera-t-il comme le gouvernement anglais, en augmentant de façon déraisonnable le plafond du CfD ?

Le projet britannique, bien que financièrement en échec dès son lancement, va peut être accoucher d’une production électrique au prix très fort, et cela parce que le gouvernement a préféré augmenter les subventions au-delà de toute logique de marché plutôt que de reconnaître que son schéma initial était une pure bêtise. Nous risquons de nous engager sur la même voie.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


19 réponses

  1. Des que l etat intervient on peut s attendre au pire a un coût très élevé
    Par contre la ou il doit intervenir le regalien sécurité, justice, diplomatie il est aux abonnés absents si on retire les sempiternelles gesticulations pouvernementales

  2. Nos technocrates français sont bien trop intelligents pour s’inspirer d’exemples étrangers… Alors qu’ils ont en France une société qui produit une énergie propre (électricité et hydrogène) grâce à la houle, 24/24h. Seuls des pays étrangers ont mis ce système en production, car cela gêne sans aucun doute certains lobbies en France…
    Voyez : https://hacewaveenergy.com/index.html

  3. Ne cherchez pas, les petits moulins amusent les gamins qui nous gouvernent.
    …oh, regardez, ça tourne quand il y a du vent!

  4. Quand donc cette gabegie va t’elle cesser ? Et c’est pareil dans beaucoup de secteurs comme par exemple les sommes astronomiques données à certains pays d’Afrique pour n’avoir rien d’autre en retour que de la main d’œuvre non qualifiée sans désir de travailler.
    Alors que nous n’avons pas les moyens d’équiper correctement nos pompiers et policiers

    1. et policiers… Et la préservation de nos données auprès de l’état… Simple entrefilet sur France 2 hier soir au journal de 20h sur le vol de données de 670 000 imposables … D’autres chaînes sont accusées d’entretenir la peur… On préfère sur France 2 bercer les bébés que nous sommes, tout va bien dans le meilleur des mondes…

    2. Il ne s agit pas d un problème de moyens et de formation comme le dises tous les experts incultes, mais simplement un soucis de saine gestion en neutralisant la bureaucratie et le corporatisme

  5. « La bêtise c’est de faire toujours la même chose en espérant que le résultat sera différent » – attribué à (Einstein)

  6. La seule question qui vaille est « Que peut-on faire pour faire cesser cette gabegie ? » Commenter et/ou faire de l’humour ne sert à rien. De quel(s) moyen(s) le peuple Français dispose-t-il pour les empêcher de disposer des finances de notre pays ? Faudra-t-il attendre d’être en cessation de payement ?

  7. Orgueil de suffisance de nos dirigeants doués de la plus grande incompétence qui ne s’enrichissent même pas de l’expérience des autres !
    Ils sont agaçants, épuisants et démoralisants…

  8. Vu qu’ils se croient toujours plus malins et intelligents que les autres et qu’ ils aiment bien donner des leçons à la terre entière…. Et que l’argent ne sort pas de leurs poches…. En avant toute ! Ils s’en fichent. Ils passeront encore pour des cons mais c’est pas grave ! Ils ont l’ habitude !

  9. Les gros contrats, y’en a toujours une partie qui se perd. Pas perdu pour tout le monde. Alors, plus on en signe…peu importe quoi qu’il en coûte, c’est gratuit, c’est l’état qui paye.

  10. N’importe quel citoyen n’achèterait pas un produit qui ne lui fournirait une prestation que 25 % du temps, le gouvernement,l’État, si. Il faut dire qu’il n’y manque pas d’incompétents. Par contre pour les escrocs de l’énergie s’en mettent plein les poches, eux.

    1. Et pourtant… un champ de blé fournit une prestation moins de 25% du temps. Mais si ce n’était pas viable, depuis le temps on s’en serait redu compte. Pour qu’une éolienne soit viable, il faut lui trouver une production compatible avec son coté discontinu et aléatoire. J’en connais une : l’eau potable. Dans certaines région, on a installé d’énormes usines de dessalement (par osmose inverse), qu’il faut alimenter en électricité. Un poil d’analyse de la valeur permet de simplifier le système : au lieu de fabriquer de l’électricité avec une éolienne dans la mer, pour acheminer cette électricité par câble jusqu’à une usine dans laquelle on vient pomper de l’eau de mer, il est plus efficace de placer les osmoseurs directement dans l’éolienne, avec raccordement à la terre par un simple tuyau, ou remplissage de citernes « tampon » (l’eau douce, ça flotte). C’est l’enfance de l’art mais nos « gestionnaires à 2 balles », plongés dans leurs calculs financiers, sont incapables de toute pensée technique… Cerise sur le gâteau : si on remplit des citernes (vidées ou transportées périodiquement), on n’a besoin d’aucune infrastructure à terre : ces machines pourront être itinérantes, en fonction de la demande solvable. Mais ça, ça ne peut pas plaire à ceux qui « vendent » des emplacements.

  11. Nous « bénéficions » d’une oligarchie juste parasitaire ne se souciant que de ses multiples et copieux avantages à vie, aux dépens d’une France dont ils se fichent comme d’une guigne.
    Leur truc pour perdurer c’est d’endormir et détourner l’attention des mougeons avec le socialisme, puis le wokisme, … avec la menace extérieure, …
    puis maintenant « intérieure » …

  12. Il y a toujours des gagnants dans ce genre d’affaire, qui sont-ils ? Ce qui est sûr c’est que les perdants sont bien identifiés.

  13. Le cas Wave Hub est réel et instructif, mais il démontre autre chose que ce que l’article en conclut, et la distinction me paraît importante.

    L’infrastructure a été construite en 2010 pour l’énergie houlomotrice, une technologie qui n’a jamais atteint la maturité commerciale, puis reconvertie faute de clients vers l’éolien flottant. C’est un échec de spécification, pas un échec de la propriété publique : on a bâti un raccordement avant de savoir ce qu’il raccorderait. N’importe quel investisseur privé aurait produit le même résultat avec les mêmes hypothèses, et d’ailleurs aucun ne s’est présenté, ce que l’article relève à juste titre.

    Deux nuances factuelles, ensuite. D’abord, l’éolien flottant en 2010 et en 2026 ne sont pas la même technologie : Hywind Tampen et Kincardine fonctionnent, et les coûts ont baissé, sans être compétitifs pour autant. Ensuite, les CfD ne sont pas des subventions au sens classique mais des contrats de différence bidirectionnels : quand le prix de marché dépasse le prix d’exercice, le producteur reverse. En 2022 et 2023, les CfD éoliens britanniques ont effectivement reversé des centaines de millions au système. On peut critiquer le mécanisme, mais il faut le décrire correctement.

    Là où l’article a raison, et c’est le point sérieux : le coût système de l’intermittence est réel, il est payé par le consommateur via les tarifs de réseau, et il figure rarement dans les comparaisons de LCOE. C’est l’argument solide, et il n’a pas besoin des autres.

    Enfin, sur la conclusion générale : le nucléaire français, la mer du Nord britannique et les barrages suisses ont tous été financés publiquement. La question n’est pas de savoir si l’État investit dans l’énergie, il le fait partout et depuis toujours, mais s’il choisit bien. Wave Hub est un mauvais choix parmi d’autres, pas une démonstration.

  14. Il faut arrêter de penser que c’est par bêtise ou incompétence qu’ils prennent ces décisions. C’est du détournement de fonds publiques et du racket pour les pauvres idiots que nous sommes. On paye des impôts et on doit se taire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Contrepoints – Le média libéral de l’IREF

L’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) est une association indépendante, sans but lucratif, financée uniquement par des dons privés.

Faites un don et soutenez un journal 100 % libre, libéral et sans subvention publique.