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mercredi 21 octobre 2026

France Inter : le pluralisme sous surveillance

Temps de lecture : 3 minutes

Céline Pigalle avait placé la rentrée de France Inter sous une promesse : « Écoutons nos différences ». Charles Sapin aura tenu deux dimanches. Deux éditoriaux de deux minutes trente, consacrés aux déficits publics et à l’intelligence artificielle. Il n’en fallait pas davantage pour réveiller, dans la Maison de la radio, le spectre des « heures sombres ».

Après trois semaines de pétitions, de protestations et de menaces de grève, la direction a proposé à Charles Sapin de remplacer sa chronique par un débat. Il a refusé.

Cette censure préventive transforme le désaccord en soupçon et l’adversaire en intrus

On le comprend. Cette solution apparemment raisonnable consacrait la victoire des censeurs : Charles Sapin pouvait encore entrer dans le studio, mais à condition d’y comparaître. Sa parole devait voyager sous escorte, encadrée par un contradicteur chargé de contenir sa supposée dangerosité.

Voilà une étrange conception du pluralisme. Lorsqu’un éditorialiste de gauche prend la parole, il livre un point de vue. Lorsqu’un journaliste de Valeurs Actuelles s’exprime, il déclenche un dispositif de sécurité idéologique.

Ses deux chroniques ne contenaient pourtant ni injure, ni appel à la haine, ni manquement déontologique connu. Son véritable tort tenait à son journal, à ses convictions et surtout aux opinions que ses adversaires lui prêtaient. On ne jugeait plus ce qu’il avait dit, mais ce qu’il pourrait penser.

Le procédé mérite attention. Aucun dérapage n’a provoqué cette mobilisation : elle a précédé la faute qu’elle prétendait sanctionner. Les opposants de Charles Sapin ne combattaient donc pas ses propos, mais sa présence même. Cette censure préventive transforme le désaccord en soupçon et l’adversaire en intrus. Une démocratie adulte devrait pourtant supporter qu’une voix minoritaire trouble, cinq minutes par semaine, le confort intellectuel d’une rédaction.

La direction de Radio France croyait sans doute apaiser le conflit en proposant un débat. Elle a surtout créé une règle singulière : certains chroniqueurs disposeraient librement de leur éditorial ; d’autres devraient justifier leur droit à parler face à un contradicteur. Ce pluralisme sous tutelle ne corrige aucun déséquilibre, il l’officialise. La question ne porte donc pas sur un emploi du temps radiophonique, mais sur l’égalité de traitement des sensibilités politiques dans une institution financée par la collectivité.

Puisque tous financent le média, aucune opinion démocratique ne devrait y subir un droit de passage

Une radio privée choisit librement sa ligne éditoriale. Une radio publique financée par tous les contribuables ne peut, elle, devenir le territoire réservé d’une sensibilité politique. Ses salariés la font vivre, mais ils n’en détiennent ni les murs, ni les micros, ni la mission. Le pluralisme n’y constitue donc pas une faveur accordée à quelques invités : il représente une obligation.

Les défenseurs de France Inter répondront que des responsables de droite interviennent déjà sur les antennes publiques. L’objection manque sa cible. Inviter un élu pour l’interroger ne revient pas à confier un éditorial à un journaliste d’une sensibilité différente. Dans le premier cas, la rédaction choisit les questions et le cadre ; dans le second, elle accepte qu’une autre voix formule son analyse. Le pluralisme ne se mesure donc pas seulement au nombre d’invités. Il concerne aussi ceux qui sélectionnent les sujets et commentent l’actualité.

Personne ne réclame une comptabilité partisane des temps d’antenne. Une rédaction conserve son identité et sa liberté. Mais cette liberté n’autorise pas un service public à confondre indépendance journalistique et souveraineté idéologique. L’autonomie protège les journalistes contre les pressions du pouvoir ; elle ne leur remet pas la propriété de l’antenne. Puisque tous financent le média, aucune opinion démocratique ne devrait y subir un droit de passage.

L’affaire révèle un curieux renversement. Ceux qui redoutent qu’une nouvelle majorité menace demain l’audiovisuel public fournissent des arguments à ses adversaires. Comment défendre une institution commune lorsque certains refusent cinq minutes hebdomadaires à une pensée dissidente ? La meilleure protection de Radio France ne réside ni dans les pétitions ni dans les démonstrations syndicales, mais dans sa capacité à prouver qu’elle parle à toute la France.

En obtenant le retrait de Charles Sapin, cette gauche sectaire n’a pas seulement refermé une fenêtre : elle a fragilisé l’édifice tout entier. À sept mois de l’élection présidentielle, le projet de privatisation de l’audiovisuel public trouvera dans cet épisode un argument redoutable. Chaque défenseur du système actuel devra maintenant expliquer pourquoi une chronique conservatrice de 150 secondes paraissait insupportable sur une antenne financée par tous.

Une privatisation soulèverait pourtant de lourdes difficultés techniques, juridiques et politiques. Mais le débat a changé de nature : hier cantonnée au registre des slogans, cette hypothèse vient de gagner en crédibilité par la faute du service public lui-même.

Car le véritable sujet dépasse Charles Sapin. Il concerne le divorce croissant entre une partie du paysage médiatique et un pays qui ne se reconnaît plus dans ses antennes. Chaque éviction de ce genre élargit la fracture. Ceux qui la creusent feindront ensuite de découvrir la colère lorsqu’elle s’exprimera dans les urnes.

Céline Pigalle invitait à « écouter nos différences ». Encore faudrait-il que certains, à Radio France, acceptent de les entendre.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

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12 réponses

  1. Une question : que pourrait réellement faire un régime de droite, une fois élu, pour remettre cette entité de Radio France sur les bons rails ? Privatiser, changer les dirigeants, étouffer en coupant des crédits, résister à une vague de grèves certaine, ou autre décision ? Je crois que la question est d’autant plus pertinente qu’elle a bien des chances de se poser bientôt.

    1. Il suffit de privatiser sans s occuper des pleureuses syndicales mais nos hommes politiques auront ils ce courage ????
      La marine a voile et son gendre ont des profils bien trop éloignés de celui de M Thatcher qui a su privatiser et mettre les syndicats au pas grâce à une redoutable stratégie faire voter une loi encadrant strictement le droit de grève puis en l appliquant avec force des que ces lois sont bafoués

    2. Si on voulait faire un parallèle avec le contrôle aérien, on se souviendrait qu’aux USA les contrôleurs trop gourmands avaient été virés et réembauchés quand ils étaient plus sages. Un courageux politique (mais en existe t il ?) pourrait faire de même avec les nôtres et les journalistes de Radio France, ces derniers étant orientés par les sbires Fli

  2. Ce n’est pas France Inter, mais  » France Insoumise  »
    Comment peut-on accepter des médias supposés s’adresser à tous les Français aussi partiaux et sectaires ?
    Le financement publique devrait être un gage d’équité et de non assujettissement à un homme politique riche, c’est le contraire qui s’est produit : la gauche y a pris le pouvoir.
    Comment se fait-il que le fameux ARCOM si prompte à fustiger le moindre dérapage de CNews ou soupçon partisan ne se préoccupe pas d’un tel scandale: même pas 2mn 30s d’ouverture à une heure d’écoute tellement dérisoire que j’avais cru à un gag !

    1. Tout a fait d’accord avec vous .. l’Arcom est en ligne directe et avec les syndicats de France Inter aux méthodes neo facistes .. mais que dire du silence assourdissant de la ministre de la culture ? Au fait qui se souvient de son nom ??

    2. L’affaire, en effet, ne constitue pas qu’un solide argument pour la privatisation du service public de l’audioviseul, mais aussi pour la dissolution de l’ARCOM !

      Ce n’est pas un fait nouveau que l’essentiel de ces autorités indépendantes se trouve noyauté par la gauche, car cette indépendance est la garantie du maintien de leur pouvoir contre le pouvoir politique qui, lui, n’est qu’éphémère. C’est ainsi que la gauche a pris le pouvoir en France, ainsi que partout ailleurs en Occident ; à perpétuité, en est-elle persuadée, et non sans raison.

  3. L’ARCOM n’a pas autant tergiversé lorsqu’il s’est agi de fermer la chaine C8. Il suffirait de prononcer une injonction assortie d’une peine de fermeture pour non exécution. Une interruption d’antenne du fait de la grève qui en résulterait avant fermeture ne serait rien au regard du non respect des principes fondamentaux de pluralité sur une antenne publique.

  4. Cette radio n’est plus France-Inter, mais RADIO-MELUCH.
    Cela fait des années que je ne écoute plus leur loghorée obsédéé léniniste.

  5. Le problème est le financement des médias dit publics. En fait ceux sont des syndicats politisée « extrêmes extrêmement gauche » qu’il faudra privatiser le plus tôt possible et pour éviter que ce soit mes impôts qui payent ces vendus.

  6. Image non-consensuelle : « Un organe génital féminin ou masculin, c’est plus de 8 000 terminaisons nerveuses mais ça reste toujours moins sensible qu’une personne ou un média de gauche exposé à un avis différent du sien. »

  7. la ligne rouge
    Un film de guerre de Terence malick
    Seule différence avec la situation de lutte frontale menée par les apparatchiks de lfi : la non utilisation d’armes lethales, ce dont nous devrions évidemment les remercier.
    So nous n’étions pas aussi ingrats vu le mal qu’ils se donnent pour bien nous éduquer !

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