Costel est originaire du sud de la Roumanie. Depuis environ trois ans, il fait la manche à côté d’un distributeur de billets sur l’une des grandes avenues de Paris, à deux pas de la place de l’Etoile. Il a sa place, au même endroit, au centimètre près. Un jour, je lui demande de m’aider pour porter plusieurs cartons de livres. Il le fait volontiers et lorsque je veux lui donner quelques euros, il refuse dignement : « Mais j’ai plein d’argent ! Regarde ! » Et il sort de sa poche une liasse de billets. « Là , tu vois, j’ai environ 3 000 euros, je vais envoyer une partie à la maison. Je gagne 100 euros par jour ! » Ebahi et méfiant à la fois, j’essaie d’en savoir plus. « Il ne faut surtout pas changer de place », me dit-il. « Les gens doivent vous voir au même endroit. C’est là qu’ils ont plus pitié et ils vous donnent de l’argent ». Pourquoi à côté d’un distributeur de billets ? C’est très simple. « Beaucoup oublient de prendre leur argent… surtout les vieux ». Costel est très content de son sort. Il n’a que 45 ans et il pourrait travailler (la Roumanie fait partie de l’Union européenne) mais il ne gagnerait jamais autant. Il vit à quelques mètres, dans sa tente Décathlon posée sur une palette. Il ne paye pas de loyer, ni de taxes. La police ne l’embête pas, il ne vole jamais. Seul inconvénient : les dizaines de « surmulots » (lui, ce n’est pas un vrai Parisien, il dit des rats, il les appelle même « les enfants ») qui la nuit entrent dans sa tente en quête de nourriture. Il ne peut garder de provisions qu’en petite quantité, dans un bocal en verre. Pour les toilettes, il y a les cabines publiques. Une organisation bien rodée ! Costel n’est pas un tsigane (Rom), il a une maison en Roumanie. Il ne dépense pas beaucoup. Il  « cuisine » dans sa tente, fait toujours une sieste l’après-midi (il est à son poste à 7h30 du matin), boit plus de vodka que d’eau (son seul péché mignon) mais sans trop d’excès. Il n’est jamais soûl. Il prend son « métier » très au sérieux, car il veut s’acheter un minibus pour faire du transport de passagers dans son pays. Il lui manque juste quelques milliers d’euros. En récoltant 100 euros par jour, il les aura bientôt.
On a recensé plus de 3800 sans-abris à Paris début 2026. Tous ne gagnent pas leur vie comme Costel. Néanmoins, il m’a parlé de certains « collègues » qui n’ont rien à lui envier. L’un d’ eux  « travaille » avec un petit chien dans les bras sur une autre grande avenue. Son chiffre d’affaire est presque le même, sauf qu’il a le virus du jeu dans le sang et que tout part au Loto et dans les jeux de grattage. Costel, lui, est plus avisé. Faire la manche, c’est pour économiser et investir : il a un avenir.
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11 réponses
Bon ce n’est pas de l’argent public, comparez le avec les RSA professionnels d’ici et d’ailleurs, avec de l’argent public, plus de 630 €/mois pour une personne seule + prime de vacances + prime de noël, logement gratuit, transports gratuits, soins gratuits, nourriture presque gratuite avec tous les resto X et Y sans compter les avantages locaux divers et j’en passe et en fin de carrière professionnelle au RSA le revenu vieillesse minimum de plus de 1100 €/mois !! Au final bien plus que bon nombre de ceux qui triment pour gagner un peu d’argent et qui cotisent à toutes les caisses pour gaver la fainéantise Républicaine bien organisée pour laquelle organisation il faut encore payer XX² fonctionnaires avec eux aussi des avantages hors normes face à ceux qui triment pour payer toute cette culture de la fainéantise Républicaine. Bien entendu pour payer tout cela il faut une autre organisation de voleurs et d’escrocs en bandes organisées pour gaver toute cette fainéantise et assistanat Républicain.
Un plan de carrière comme un autre, en somme…
Ça me rappelle beaucoup une nouvelle de Conan Doyle.
Bonjour,
Ce qui m intéressé au delà de votre article c est ce que vous ne dites pas. Car vous présentez la situation d une personne dont vous dites qu elle n est pas isolée. Mais qu en concluez vous ? Quel est le message ? Que doit on comprendre que vous ne dites pas ?
L’avantage de parler aux inconnus ! Indirectement, cela soulève la question : de quoi vivent ceux qui ne veulent pas du RSA et ses tracasseries voire plus ?
Cet homme a une sale mentalité, il épargne !
Ce papier est tellement ridicule, il faut vraiment être complètement ignorant de ces réalités pour penser que vivre à la rue serait un choix ou une promenade de santé … vous qui prétendez croire sur parole ce monsieur que vous présentez vous même comme alcoolique, avez vous essayé de lui demander si c’est ce qu’il rêvait de faire de sa vie ou si il ne préfèrerait pas pouvoir vivre autrement ? Etes vous vraiment certain qu’il ne se fait pas raquetter une partie de ces revenus de mendicité par des réseaux qui exploitent les personnes vulnérables ? Et même si il gagne vraiment 100€ par jour et n’est pas juste en train de fanfaronner pour obtenir votre respect, vous avez un idée combien ça coute de vivre à la rue ? Tout coute plus cher aux plus pauvres, et la vie à la rue se paie également en années de vies en moins. Même si il arrive à s’acheter le minibus dont il rêve pour rentrer chez lui gagner sa vie honnêtement, son destin est il vraiment si enviable ?
Vraiment, le constat posé par Jeremy Waldron dans les premières lignes de son « Homelessness and the issue of freedom » de 1991 reste toujours aussi pertinent : les considérations sur la situation des sans abris est un excellent indicateur pour savoir si quelqu’un se soucie vraiment de bonne foi de la liberté et du libéralisme, ou si elle n’emploi ces gros mots que comme de simples arguemnts rhétorique pour exiger des privilèges.
Quand au commentaire de monsieur Laurent, c’est affligeant … non il n’est évidemment pas possible de gagner plus en vivant à la rue ou en bénéficiant d’aides sociales qu’en travaillant. Si une personne a un logement son RSA est susbtentiellement réduit et n’est plus que d’environ 500€, et il faut en plus justifier aujourd’hui de 15h par semaine de travail obligatoire gratuit pour y avoir droit. Cela s’ajoute au fait que les personnes au RSA subissent un taux de taxation de base de leur revenu à 41% (sauf que ce n’est pas présenté comme un impôt, vu que ces citoyens de seconde zone devrait s’estimer heureux qu’on leur laisse quelque chose), avec en plus un grand nombre de sources de revenus taxés à 100% (si quelqu’un vous vire de l’argent, que vous louez une chambre chez vous, ou que vous vendez des affaires sur internet par exemple). Ajoutez à cela que l’application de ces sanctions passe par l’arbitraire de petits fonctionnaires territoriaux à la soldes d’élus départementaux, et que les recours sont jugés sans collegialité par des juges administratifs qui ont pour consigne la présomption de fraude … vraiment, quels privilégiés que les vas nus pieds !!!
L’état écrase tout le monde, et les plus pauvres, exclus, et fragiles subissent cet écrasement plus fort que les autres. Présenter les nécessiteux et les plus démunis comme des adversaires de la liberté, leur reprocher leurs efforts pour tenter d’améliorer un peu leur situation dramatique, tout ça décrédibilise complètement les critiques justes contre la caste de la haute fonction publique qui vie aussi au dépends de ces pauvres gens.
Chacun se souvient de la justesse de la répartie de Giscard répliquant à Mitterand lui qu’il n’avait pas le monopole du coeur .. souhaitons qu’un billet qui semble le contredire aussi frontalement tombe lui dans l’oubli au plus vite, et avec lui les idées fausses et idiotes qu’il colporte. C’est déshonorer le libéralisme, qui a déjà assez à subir d’insultes en France, que de présenter des formes d’aporophobie aussi crasses que celle de ce billet comme étant de quelque manière associée à lui.
Chère madame, croyez moi, je le connais et j’en connais d’autres comme lui. Et vous n’avez pas bien lu mon texte : il vit ici dans la rue, sinon, il a bien une maison et une petite camionnette en Roumanie…
Cdt
Cher Jacky, l’exemple du billet ne veut pas dire que tous les mendiants et sdf vont « assez bien ». L’autre versant ce sont des personnes en suicide lent que presque personne n’arrive à faire revenir en société. Le livre de référence « Les Naufragés » écrit par quelqu’un qui a passé des années à essayer d’en soulager des centaines. Plusieurs de mes relations poursuivent ce challenge … C’est très dur de les aider. Souvent ce sont des « caractères » qui ont, souvent sur un coup de tête, ont rompu avec leurs familles et relations et règles de la vie en société. Et se sont enfoncés, addictés, dans les pratiques de la rue Les Sdf ,c’est pas que la société, c’est aussi la nature humaine.
La mendicité est un métier comme un autre, c’est un moyen de gagner de l’argent. Cette façon de gagner de l’argent est publique, mais il existe bien d’autres manières cachées de gagner de l’argent comme des indemnités sociales bien au chaud au Sud de la méditerranée
Oui ; n’en déplaise aux « bonnes gens » des personnes choisissent de vivrent dans la rue et y trouvent leurs comptes.
Comme ceux qui décident de vivrent en marge de la société dans des « groupes » en dehors des règles de la société (ce qui pour certains s’ apparente certainement à des « sectes »).
Cela heurte certainement ces « bonnes gens » mais c’est comme ça.
Vous me faites penser à ces individus qui pensent que ceux qui choisissent un autre modèle de vie que le leur, décident à leur place que ce n’est pas bon….. Et les obligent à en changer….
Mais qui sont donc ces individus intransigeants, fermés et obtus ?
Mais qui sont donc ces individus réfractaires à tout ceux qui ne vont pas dans la même direction qu’eux ?…..
Cher Jacky, l’exemple du billet ne veut pas dire que tous les mendiants et sdf vont « assez bien ». L’autre versant ce sont des personnes en suicide lent que presque personne n’arrive à faire revenir en société. Le livre de référence « Les Naufragés » écrit par quelqu’un qui a passé des années à essayer d’en soulager des centaines. Plusieurs de mes relations poursuivent ce challenge … C’est très dur de les aider. Souvent ce sont des « caractères » qui ont, souvent sur un coup de tête, ont rompu avec leurs familles et relations et règles de la vie en société. Et se sont enfoncés, addictés, dans les pratiques de la rue Les Sdf ,c’est pas que la société, c’est aussi la nature humaine.